Interview BFM | Quels effets sur le marché des grands crus d’une crise sanitaire qui n’en finit pas ?

Interview-Angelique-BFM-investissement-vin-crise-covid

Chaque mois, Angélique de Lencquesaing, co-fondatrice d’iDealwine, présente sur BFM Business les dernières tendances du marché des grands crus aux enchères. Il y a quelques jours elle répondait ainsi aux questions de Cédric Decoeur dans l’émission 100% Patrimoine. Interview.

Cédric Decoeur : « Nous pensions en avoir fini avec le virus à l’été 2020, puis en fin d’année, et nous voici désormais confrontés à l’assaut des variants du Coronavirus… La crise s’étire, et avec elle les effets qu’elle induit sur l’économie, le commerce, le e-commerce… Penchons-nous aujourd’hui sur le marché bien spécifique des ventes aux enchères de grands crus à l’issue de ce premier trimestre 2021. Les tendances que vous y observez, Angélique, servent de baromètre pour l’amateur qui constitue une cave patrimoniale. »

A. de L  – Absolument, et nous mettons d’ailleurs la dernière main au Baromètre iDealwine des enchères de vin, qui nous livre tous les enseignements de l’année passée dans les ventes aux enchères. Un socle précieux, et solide, pour dresser les perspectives de ce qui nous attend durant l’année en cours et identifier les tendances qui émergent.

De confinement en couvre-feu, la crise sanitaire a pour effet de doper le e-commerce. Est-ce le cas aussi pour les ventes aux enchères électroniques, spécialité d’iDealwine ?

L’activité de vente aux enchères est bien spécifique, en ce que l’essentiel des vendeurs ne sont pas des professionnels – producteurs de vin – mais des particuliers, qui, pour diverses raisons, et pas toujours les plus joyeuses, sont amenés à se séparer de leur cave. Or, je ne vais pas vous apprendre que nous avons tous été soumis à de fortes restrictions de mouvement et de circulation ces derniers mois, pour contrer la pandémie.

En 2020, les deux mois de confinement du printemps ont gelé la possibilité d’aller chercher les caves, ou, pour les vendeurs, de nous déposer leurs vins. Dans le même temps, les amateurs confinés se sont montrés ardents dans leur envie d’acquérir de beaux flacons.

C.D – Ça c’est pour l’année 2020. La tendance se poursuit ?

Pour ce qui concerne le sourcing, après le trou d’air du printemps 2020, la mise en place de gestes barrière a permis à tout le monde de retrouver une activité normale depuis l’été dernier. Les vendeurs ont pu proposer leurs caves aux enchères, et nous avons ainsi achevé l’année 2020 avec une progression de 4% des volumes échangés (+9% en valeur). Progression bien inférieure à nos anticipations, certes, mais progression tout de même.

Depuis le début de l’année 2021, les volumes de vin vendus aux enchères progressent de 15% au premier trimestre. C’est surtout la part de l’e-commerce classique de notre activité qui poursuit sa forte croissance : +55% en volume, et surtout +85% en valeur par rapport au premier trimestre 2020.

C.D – Les amateurs achètent pour consommer rapidement les vins, ou, pour ce qui nous intéresse particulièrement ici, dans une perspective patrimoniale ?

Les deux ! L’un n’étant d’ailleurs pas exclusif de l’autre. Lorsque vous choisissez de beaux vins que vous espérez boire un jour, vous constituez un magnifique patrimoine.

Si l’on considère le prix moyen d’une bouteille acquise en achat direct – hors enchères – : il s’élève à 50€ depuis le début de l’année. Aux enchères, c’est infiniment supérieur ! Plus du double (104€) dans le cas d’une vente aux enchères classique et même plus de 300€ sur la vente d’une belle collection particulière achevée ces derniers jours.

Nous surveillons de près ce prix moyen. L’année dernière, durant les deux mois de confinement strict, il avait nettement baissé en achat direct (entre 41 et 42€ en avril-mai 2020). Nous pouvons en déduire que, les amateurs strictement confinés acquièrent non seulement des vins à ouvrir sans attendre, mais aussi des flacons qui seront placés dans leur cave.

C.D – Ce prix plus élevé aux enchères ne freine pas les acheteurs ?

Non c’est plutôt l’inverse ! Je précise que ce prix de 104€– calculé sur une seule vente, donc susceptible de variations d’une vente à l’autre – est inférieur au prix moyen constaté aux enchères pour l’ensemble de l’année dernière. Il s’était en effet établi à 134€ (+4% par rapport à 2019). Le cas des collections particulière est très spécifique, il recelait un vin activement recherché en ce moment (Domaine Bizot). »

C.D – Les cours baissent dans les ventes aux enchères ? N’est-ce pas le signe d’une désaffection des amateurs ? 

Non, les prix sont actuellement stables pour les grands domaines, et plutôt à la hausse sur certaines signatures pointues. La baisse du prix moyen reflète plutôt la typologie des vins proposés à la vente.

Aucune désaffection comme je le disais, c’est plutôt l’inverse ! La dynamique est très forte sur le marché des grands crus actuellement. Ce qui frappe, c’est le succès d’une part de l’achat direct – pour une consommation plus courante – mais aussi, aux enchères, des taux d’exécution qui continuent à croître, ils se situent entre 80 et 100%. Une cave est aujourd’hui quasiment intégralement vendue dès sa première présentation. Notre dernière vente, une belle collection particulière, s’est achevée sur un montant vendu en hausse de 30% sur la valeur de la mise à prix pour l’ensemble de la cave.

C.D – Vous êtes donc confrontés à une pénurie d’offre ? Que recherchent plus particulièrement les amateurs actuellement ?

Aujourd’hui, c’est bien simple, aucune région n’est à l’abri de l’appétit des amateurs. Font-ils des réserves en cette période de confinement dont nous ne semblons pas voir la fin ? Je ne le pense pas, je crois que c’est plus la fermeture des restaurants, les restrictions diverses et variées de voyages, de restaurants qui suscitent des phénomènes de compensation.

C.D – Peut-on tout de même établir un TOP 10 des vins les plus prisés ? Quel est LE vin de chaque région ?

Oui, bien sûr. Enfin, un seul vin par région, l’exercice est difficile ! Tout dépend l’angle par lequel vous considérez le sujet. Nous établissons dans le Baromètre des palmarès des domaines les plus échangés, en valeur, aux enchères, nous avons aussi des indications de volumes, et de progression. Et aussi, en creusant encore un peu plus loin dans les abysses de nos résultats de vente, une foison de surprises qui méritent le détour !

C.D – On commence par le trio classique Bordeaux – Bourgogne – Rhône ?

Oui, commençons par Bordeaux, qui reste la première région en volume (36%) dans les enchères même si elle a été distancée en valeur par la Bourgogne au cours de l’année 2020.

Le trio de choix compte Petrus pour la valeur, Mouton Rothschild pour les volumes échangés, et Cheval Blanc pour la progression au sein du palmarès. Bon, j’ai envie d’ajouter Figeac, qui passionne les amateurs depuis longtemps, et connaît un succès fulgurant depuis quelques années.

C.D. : Donc on continue à mettre du Bordeaux dans sa cave ?

Oui, bien sûr, il s’agit de ce que l’on appelle les valeurs « père de famille », des marques de notoriété mondiale. D’ailleurs, nous attendons avec impatience la mise en vente primeur du millésime 2020, je vous en reparlerai une prochaine fois mais il est prometteur.

C.D Et en Bourgogne, cette région est toujours la coqueluche des amateurs ?

Absolument. Elle a représenté 37% de la valeur des échanges en 2020, ce qui donne une bonne indication des choix à opérer en matière patrimoniale.

En 2020, si l’on parle de la valeur totale des vins adjugés, la Romanée Conti a dominé le jeu avec pourtant seulement 443 bouteilles échangées en 2020. Pour autant, la suprématie de ce domaine mythique est entamée par le domaine Leroy, qui s’impose avec les adjudications au flacon les plus élevées, parmi les vins rouges, avec son musigny 2001, vendu 17 499€.

En revanche, le domaine Bizot, en Côte de Nuits, explose dans les enchères, c’est vraiment LA révélation de l’année. Il est rentré dans nos radars en 2020, et ses échézeaux de la famille « nature » s’envolent ! l’un d’eux a été adjugé cette semaine, un magnum 2009 qui s’est vendu 5 034€ (+63% par rapport à sa mise à prix).

C.D – Dans la vallée du Rhône, la situation est plus stable…

Attention à l’eau qui dort ! Au sommet la région offre un trio inchangé : à Châteauneuf du Pape, Château Rayas, vainqueur toutes catégories, volume, valeur, engouement. Le domaine de Jean-Louis Chave, en Hermitage, dépasse les 2 000 flacons vendus, ce qui, compte tenu de la difficulté à se procurer ses vins, constitue une performance.
Ce trio de tête compte enfin une institution de la région, Guigal, qui produit les fameuses La-La-La de Côte-Rôtie (La Mouline, La Landonne et La Turque). Mais je dois vous en citer un 4ème qui ne peut être ignoré, le domaine l’Anglore, à Tavel, qui illustre à lui tout seul ce qu’une appellation discrète peut receler…Ce domaine nature se place en 5ème position des propriétés les plus vendues, une ascension fulgurante !

C.D – Bon, nous nous égarons, indiquez-moi pour chaque région un grand classique et un domaine qui peut surprendre …

Dans la vallée de la Loire ?

Le Clos Rougeard pour les classiques, les Jardins Esméraldins pour le phénomène.  Tous deux à Saumur.

Dans le Beaujolais ?

Yvon Métras pour la star, et Mee Godard pour l’élégance.

En Alsace ?

Deiss pour le nombre de flacons échangés (dont les vins de son fils Matthieu Deiss, très prometteurs) et Bott Geyl pour l’excellence dans la discrétion.

En Languedoc ?

Grange des Pères pour le mythe et Mas Cal Demoura pour la délicatesse.

En Champagne ?

Selosse pour la surprise (on ne l’attendait pas en #1 des signatures les plus échangées) et Roederer pour la progression (la maison passe du 5ème au 3ème rang).

Dans le Jura ?

Overnoy, passé en #1 devant Ganevat, pour le mythe, et le domaine Les Granges Paquenesses pour la rareté.

Vins du sud ?

Trévallon pour l’institution, et Vacelli en Corse pour l’évasion.

L’Italie ? Rinaldi pour la dentelle du Piémont, Franck Cornelissen pour explorer la Sicile.

Les autres vignobles étrangers ? Vega Sicilia pour le mythe, Marie-Thérèse Chappaz pour l’émotion.

 

Voici de bonnes idées de flacons à choisir pour se reconfiner….

Consultez les ventes de vin sur iDealwine

Demandez une estimation pour vos vins

En savoir plus sur la revente de votre cave via iDealwine

 

  • Voir les commentaires (0)

Your email address will not be published. Required fields are marked *

commentaire *

  • name *

  • email *

  • website *

Vous aimerez aussi

Champagne : la sélection iDealwine plébiscitée dans la presse

Si vous n’aviez pas encore réalisé que Noël approche, regardez donc les devantures des magasins… ou celle des kiosques à ...

Que boira l’équipe d’iDealwine à Pâques ?

Confinés ou non, Pâques approche à grands pas ! Notre équipe vous propose ses accords mets & vins pour célébrer malgré tout cette fête comme il se doit... en cuisine ...

Nos 6 idées de cadeau pour la fête des pères

A quelques jours de la fête des pères, iDealwine vous aiguille pour dégoter LE cadeau qui fera de vous un enfant reconnaissant, donc… iDéal.