Château Le Puy, l’outsider bordelais

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Le château le Puy est un nom bien connu du vignoble bordelais, une signature qui semble avoir été totalement épargnée par la crise du Bordeaux bashing, et pour cause : ce domaine a une histoire et une philosophie assez uniques. Il a toujours tracé son chemin comme il l’entendait, souvent à contre-courant ou de manière pionnière et a su convaincre un public d’amateurs de plus en plus nombreux. Tentons d’y voir plus clair sur cette success-story bordelaise.

1610, c’est la date à laquelle la famille Amoreau a acquis le château le Puy, soit une histoire vieille de 430 ans et 14 générations. Et on y produisait déjà du vin en 1610, même s’il s’agissait à l’époque d’un complément de revenu. Cette histoire très riche, avec le rôle prépondérant de la famille Amoreau explique peut-être en partie cet esprit d’indépendance et de liberté qui a toujours guidé cette propriété.

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Le vignoble est situé à Saint-Cibard sur un point culminant de la région, à 107 mètres d’altitude, sur le plateau calcaire de Saint-Emilion et Pomerol. La propriété totalise une centaine d’hectares, mais seule la moitié est dédiée à la vigne (54 hectares pour être précis), afin de conserver des espaces à l’état naturel : forêts, étangs, prairies, pâtures pour les vaches et les chevaux (ces derniers assurant la traction animale) mais aussi des vergers. L’idée étant bien sûr de créer un véritable écosystème équilibré et une diversité biologique favorisant une symbiose entre la vigne, l’homme et son environnement.

Depuis 2013, la famille Amoreau a également repris un autre domaine, la Closerie Saint Roc, une aventure très prometteuse, qui semble d’ailleurs rencontrer un franc succès dès la sortie de son premier millésime (2015).

S’il y a encore quelques années, ce château jouissait d’une moins large notoriété et était surtout connu des amateurs pointus, depuis, leur apparition dans le manga Les gouttes de dieu – ou le château le puy (Emilien) 2003 est présenté comme le meilleur vin au monde -, a contribué à accroître leur renommée mondiale. Bien sûr, ce n’est qu’un élément parmi d’autres ayant contribué à la reconnaissance de la propriété qui est très active dans la promotions de ses vins via de nombreux déplacements, dégustations… Surtout, le domaine s’est appuyé de longue date sur les prescripteurs de la grande restauration en cultivant des liens étroits avec de nombreux chefs qui apprécient leurs vins. Une démarche logique étant donnée leur vision épicurienne des vins.

Une sensibilité très forte à la nature et aux écosystèmes

La famille Amoreau peut se targuer de n’avoir jamais amené la chimie contemporaine dans ses vignes. En effet, ils n’ont jamais franchi le pas, contrairement à beaucoup d’autres vignobles dans l’entre-deux guerres, « surtout par souci d’économie et parce qu’ils n’en ressentaient pas le besoin » précise Frédérique Roine, responsable commerciale de la propriété. Plus tard, les générations suivantes ont poursuivi sur la même voie, cette fois par véritable choix militant.

Le Puy est pensé comme un écosystème ou chaque élément peut apporter quelque chose à la vigne, de manière plus ou moins directe. L’agroforesterie, la permaculture, les arbustes qu’ils ont replantés près des vignes apportent par exemple grâce à leur floraison des insectes nécessaires à l’équilibre dans les vignes. « On sait que l’ennemi de la viticulture, c’est justement la monoculture qui a tendance à épuiser les sols, à n’attirer qu’un seul type d’insectes… » explique Frédérique, « On ne lutte pas contre la nature, on s’appuie au contraire sur elle pour qu’elle apporte sa richesse et sa diversité. ». Cela passe par exemple par les insectes de l’étang qui peuvent aider dans la lutte contre certains prédateurs de la feuille, les pollinisateurs qu’on essaient de faire revenir dans les vignes… Un écosystème très complexe, qui va bien au-delà des plantes et préparas utilisés dans le cadre de la biodynamie et ce sont tous ces éléments qui contribuent à stimuler les défenses naturelles de la vigne.

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Des pionniers de la viticulture bio et biodynamique

Le domaine est certifié en bio depuis le début des années 1990, ainsi qu’en Demeter et il est également l’un des tous premiers à avoir rejoint l’association Renaissance des Appellations. Mais on peut remonter bien plus loin, avec une première certification biodynamie Nature et Progrès dès 1963, on peut donc sans mal parler de pionniers en la matière, dans le Bordelais mais plus globalement aussi ! Si aujourd’hui, ces démarches bio et biodynamiques sont très répandues, cela n’a évidemment pas toujours été le cas et la démarche du château le Puy rencontrait beaucoup moins d’échos, voire suscitait de nombreuses critiques, aujourd’hui ce discours que la famille a toujours prôné est plus audible. « Aujourd’hui, on peut vraiment parler de terroir, c’est un discours audible. » ajoute Frédérique ; cela explique sans doute en partie le succès grandissant et impressionnant qu’a rencontré la propriété ces dernières années. La vendange est triée sur pieds (il n’y a pas de table de tries), par des vendangeurs formés et souvent réguliers, ce qui permet d’avoir des baies irréprochables sanitairement (et donc de ne pas ajouter de soufre), bien mûres.

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Les vignes, âgées entre 35 et 50 ans, sont travaillées en bio et biodynamie et les sols le sont par traction animale (griffage superficiel). Les rendements sont bas, de l’ordre de 30hl/ha (lissés sur les 10 dernières années), mais parfois ils peuvent être plus élevés. « On reste humble vis-à-vis de la nature, on prend ce qu’elle peut nous donner chaque année, nous n’avons donc pas de rendements de référence mais des rendements naturels. » précise Frédérique. Ils laissent chaque année le millésime s’exprimer pleinement, avec toutes ses caractéristiques.

La propriété compte une vingtaine de salariés, dont une 15e consacrées à la vigne. Le travail en biodynamie réclame du temps, de l’énergie et beaucoup d’observation en plus de la main d’œuvre.

Des vinifications naturelles

La démarche du château le Puy est cohérente, donc le travail n’est pas seulement propre et naturel dans les vignes, il est aussi naturel et non-interventionniste au chai et suit le calendrier lunaire. Là aussi, aucune technique œnologique correctrice n’a jamais été utilisée « c’est un vocabulaire totalement étranger à la famille » ajoute Frédérique. La récolte est entièrement éraflée et la cuvaison est longue. Les fermentations, spontanées, se font en cuves ouvertes, en chapeau immergé, pour éviter les pigeages et apporter une respiration, un apprentissage de l’oxygène. Les malolactiques se font dans les mêmes cuves ouvertes. Aucun intrant n’est utilisé et pour les cuvées qui ont un peu de soufre ajouté, cela se fait au moment de l’écoulage, mais les doses sont minimes, avec des vins se retrouvant sous le seuil des 20mg/l de SO2.

Les fermentations naturelles : ça bouillonne et il y’a de la vie là-dedans ! 

Les élevages se font en barriques ou foudres, en décantation (Emilien) ou dynamisation (Barthélémy) et peuvent durer jusqu’à 24 mois selon les cuvées. Les bois sont avinés, aucun bois neuf n’est utilisé puisque l’équipe recherche uniquement une micro-oxygénation, et ce depuis toujours. Les vins ne sont ni collés, ni filtrés.

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Des vins uniques dans le Bordelais

Qui a déjà goûté les vins du château le Puy sait à quel point ils sont uniques. Ils conservent bien sûr certaines des caractéristiques emblématiques des bordeaux – les meilleures – : des vins structurés, avec des tanins fondus, mais aussi un très grand potentiel de garde ; mais ils les allient avec les avantages des vins naturels et biodynamiques, à savoir un fruité éclatant et une texture, un toucher de bouche incroyable.

Parlons un peu du potentiel de garde des vins du Puy justement, car le fait qu’il soient produits avec très peu voire pas du tout de soufre pourrait poser question. Pourtant les vins du domaine vieillissent extrêmement bien, comme les meilleurs crus bordelais. La propriété organise d’ailleurs régulièrement des verticales en remontant très loin dans le temps, sur une cinquantaine de millésimes et les vins sont irréprochables, précis, évolués bien sûr, mais sans déviance. Le résultat d’une maîtrise parfaite des vinifications mais également d’une certaine intransigeance.

Ces caractéristiques organoleptiques particulières ont conduit la propriété à quitter l’appellation en 2017, car comme beaucoup des fers de lance des grands vins naturels, ils ne rentraient pas dans les  canons édictés par l’INAO et ont donc décidé de quitter l’appellation. Un comble quand on songe à la notoriété qu’il aurait pu apporter à l’appellation Francs Côtes de Bordeaux… et qui n’est pas sans rappeler de nombreuses autres histoires similaires dans tout le vignoble français. Ce n’est évidemment pas l’inscription « Vin de France » qui va rebuter les fidèles amateurs et œnophiles curieux. Surtout, cette nouvelle liberté le convient bien mieux pour de nombreuses raisons, comme l’adaptation au changement climatique par exemple. Le domaine a en effet planté de nouveaux cépages plus résistants aux hausses de température, comme la pardotte, vieux cépage bordelais en voie de disparition ou le castets, cépage introduit sur la rive droite de Bordeaux vers 1870 et aujourd’hui lui aussi oublié.

Le domaine a été pionnier par sa démarche, mais aujourd’hui il intéresse de plus en plus et de grands châteaux bordelais viennent leur rendre visite, même si Jean-Pierre Amoreau avoue avoir plus de relations avec des vignerons bourguignons comme Prieuré-Roch ou alsaciens comme Pierre Frick que dans le Bordelais. « Il y a vraiment un manque d’ouverture d’esprit à Bordeaux, ajoute-t-il avec regrets, et j’ai peur que dans 50 ou 100 ans Bordeaux ne soit plus une région référente pour le vin, à cause de l’obscurantisme d’une certaine partie de la caste bordelaise. C’est vraiment terrible ce qu’il se passe depuis plusieurs années, le nombre de grands restaurants à Paris, New-York ou dans d’autres grandes capitales, qui n’affichent plus de vins de Bordeaux à leur carte. Je m’interroge vraiment sur l’avenir de Bordeaux, les organismes qui détiennent le pouvoir et dirigent la France du vin sont très en retard sur les vignerons. »

Les nombreuses cuvées du château Le Puy

La cuvée historique du domaine est Emilien, qui s’appelait autrefois simplement château Le Puy. Ensuite, en 1994, Pascal Amoreau a mis au point Barthélémy, une cuvée dynamisée et sans soufre. Au début des années 2000, il a aussi voulu faire un rosé de saignée de merlot sans soufre ajouté, Rose-Marie. Il y a aussi Marie-Cécile, un 100% sémillon sans soufre. Le domaine produit également un rare liquoreux lorsque le millésime le permet, comme en 2011 et 2019.

Vous vous demandez peut-être d’où proviennent tous ces noms de cuvées qui sonnent aujourd’hui tout à fait dans la tendance ? Il s’agit des prénoms des ancêtres de la famille Amoreau. Emilien était par exemple le 2e viticulteur de la famille répertorié dans l’arbre généalogique de la famille ; Barthélémy est le premier à réévoquer la possibilité de faire des vins sans soufre à la fin du XIXe siècle. On voit là encore l’importance et le poids de l’histoire familiale, mais qui n’empêche pas pour autant la modernité et la créativité, puisque le domaine a créé de nombreuses nouvelles cuvées ces dernières années.

La cuvée historique du domaine, déjà délicieuse à boire jeune et qui aura aussi beaucoup de choses à vous raconter après plusieurs années !

L’une des grandes cuvées du domaine, parcellaire et particulièrement bichonnée, il s’agit d’un vin dynamisé et sans soufre ajouté. Son toucher de bouche exceptionnel vous laissera bouche bée !

Ce vin a été élevé sur un voilier de 32 mètres qui a navigué 10 mois à travers l’Atlantique ! Un procédé unique conférant au vin une texture et des arômes uniques.

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La philosophie du domaine ? « Donner du bonheur aux gens », Jean-Pierre Amoreau

Nous avons également eu la chance de nous entretenir avec Jean-Pierre Amoreau, dont la philosophie nous a bien plu !

« La philosophie du domaine, c’est de donner du bonheur aux gens, ce n’est pas de produire un vin pour produire un vin. C’est essentiel de donner du bonheur aux gens. On vit tous pour le bonheur de vivre et on essaie de remplir nos fonctions vitales le plus agréablement possible. Evidemment, nous n’avons pas les mêmes goûts, certains préfèrent la bière, d’autres les vins effervescents… Et chacun a raison pour lui-même, il n’y a pas de règle. Et c’est justement dommage de vouloir mettre le vin dans des cases, dans des normes. Moi, je ne sais pas ce qu’est un grand vin. Il y a des vins simples et des vins avec plus de complexité. Mais on peut trouver énormément de bonheur dans les vins simples aussi, il n’y a pas de règles, les vins complexes ne sont pas forcément des grands vins. Nous on produit les vins tels qu’on sait le faire et il y a des gens qui les apprécient, mais on ne peut pas plaire à tout le monde. »

Notez d’ailleurs que M. Amoreau a écrit un livre qui pourrait vous intéresser, Plus pur que de l’eau.

Voir tous les vins du château le Puy

 

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