iDealwine Changement climatique vignoble français saint emilion

Le 23 février dernier, dans le cadre du troisième plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC3), le ministre de la Transition écologique Christophe Béchu a déclaré « il faut préparer notre pays à 4 °C de réchauffement climatique », qui n’était alors qu’une hypothèse jusque-là. Et les conséquences pour la vigne sont déjà bien visibles. La question cruciale est alors : le vignoble français est-il menacé de disparition à cause du dérèglement climatique ? Fantasme ou vrai péril ? Quelles solutions apporter ?

vins en vente iDealwine

Réchauffement climatique, quels changements dans la vigne ?

Augmentation de la température moyenne, variabilité de la pluviométrie, modifications du climat (augmentation des épisodes climatiques extrêmes comme les canicules, la grêle, le gel, les inondations) et décalage du cycle végétatif : telles sont les conséquences du changement climatique dans tous les vignobles français. Comment est-ce que cela se manifeste concrètement dans les rangs et dans les vins ?

  • L’accélération du cycle végétatif de la vigne

Vous n’avez pas pu passer à côté de ces informations : tous les stades de développement de la vigne sont plus précoces que ce que l’on a connu il y a quelques années… Depuis l’éclosion de la fleur et des bourgeons – logiquement plus vulnérables au gel de printemps – jusqu’aux vendanges qui sont avancées en moyenne de 3 semaines par rapport aux années 1980.

  • La sécheresse et le stress hydrique

Selon les secteurs et les périodes, la pluviométrie est devenue beaucoup plus incertaine. Pour la vigne, c’est surtout le manque d’eau qui est néfaste, le stress hydrique de la vigne étant plus fort, ce qui limite les rendements et influe sur la maturation des raisins. Dans des cas extrêmes de sécheresse, cela peut même anéantir une partie non négligeable de la récolte.

  • Le déséquilibre chimique et organoleptique des vins

Les baies sont moins acides et plus sucrées en moyenne, ce qui aboutit en des vins plus alcoolisés, plus marqués par des arômes de fruits cuits. Par exemple, dans le Languedoc, le vin titre en moyenne à 14° depuis 2015, contre 11° dans les années 1980. D’autre part, vendanger sous des températures hautes peut s’avérer néfaste pour la qualité des raisins, notamment à cause de l’oxydation prématurée des vins blancs – c’est pourquoi, lors de fortes chaleurs, certains domaines ne vendangent que tôt le matin.

  • Chaleur et humidité augmentent la pression des maladies

Lors des années chaudes et humides, les maladies (oïdium et mildiou) et la pression des ravageurs peut être plus forte.

  • Augmentation des accidents climatiques

Les années sèches, ce sont les risques d’incendie qui menacent le vignoble. En raison du changement climatique, les accidents climatiques sont aussi plus fréquents : les périodes de canicule et de gel s’intensifient depuis quelques années, mais aussi les épisodes de grêle.

Réchauffement climatique et viticulture : voir le verre à moitié plein

La prudence incite à prendre un peu de recul sur ce phénomène et à voir ces conséquences sous un autre prisme. Toutes les influences du changement climatique sont-elles négatives ? Heureusement non, même s’il ne s’agit évidemment pas de nier la gravité du réchauffement climatique, pour le vin et pour tant d’autres choses…

Des raisins plus mûrs et équilibrés

Prenons par exemple le fait que les raisins gagnent en maturité plus vite, et soient plus gorgés de sucre et moins acides… ceci a plutôt contribué à améliorer les vins dans beaucoup de régions – plutôt les régions septentrionales, vous vous en doutez. Jusqu’à présent, le cabernet-sauvignon bordelais, le pinot noir bourguignon ou le cabernet franc de Loire présentaient plus souvent des arômes verts et végétaux que confiturés ou de pruneau confit… Aubert de Villaine, propriétaire de la Romanée-Conti y voit d’ailleurs une chance pour la Bourgogne puisque cela permet d’avoir moins de millésimes où la maturité est insuffisante, ce qui arrive assez régulièrement dans les vignobles français les plus septentrionaux (Champagne…). Les années chaudes (2005, 2009, 2010…) donnent tout de même les meilleurs millésimes, appréciés et reconnus par tous !

En fait, il s’agit de distinguer les vignobles français les plus septentrionaux des vignobles méridionaux qui pourraient être menacés à l’avenir. Les conséquences du réchauffement climatique se font terriblement sentir à Banyuls par exemple (+1° d’alcool tous les 10 ans depuis 30 ans) où de nombreuses expérimentations sont menées.

Et si la chaptalisation (ajout de sucre pour faire monter les degrés) se raréfie, personne ne s’en plaindra ! De manière générale d’ailleurs, un vigneron a plus de moyen d’action lors des millésimes trop chauds que trop froids.

Sur la montée des degrés d’alcool – une réalité dans la plupart des vignobles français – la volonté de produire des vins avec des raisins plus mûrs (notamment sous l’influence d’une certaine critique internationale…) et en baissant les rendements, a mécaniquement fait monter les degrés. Le réchauffement climatique n’est donc pas seul en cause !

Enfin, si les millésimes extrêmement chauds se multiplient, il existe encore quelques millésimes qui se signalent plus par une maturité minimaliste, voire une sous-maturité comme 2004, 2007, 2008, 2012, 2017, 2021…

Une solution : changer l’encépagement de nos régions

Si la menace est réelle et sérieuse, il est nécessaire pour la viticulture de s’adapter rapidement à ces changements. Par exemple en faisant évoluer l’encépagement, ce qui est déjà en cours dans de nombreux vignobles français. Prenons un exemple flagrant : les responsables des AOC du sud de la vallée du Rhône, qui ont systématiquement poussé à planter de la syrah, pourraient retourner leur veste et remettre en avant des cépages plus traditionnels de cette région comme le carignan, la counoise, ou le vaccarèse, plus adaptés à un climat très chaud. Les AOC Côtes-du-Rhône et Côtes-du-Rhône Villages ont, eux, autorisé l’essai de quatre nouvelles variétés en 2022 dans un cadre expérimental. Par exemple aussi en faisant progressivement remonter la vigne sur les coteaux et se retirer des plaines (un ou deux degrés de moins de température moyenne serait fondamental). Mais de là à faire “monter” tous les cépages d’un cran vers le nord (la syrah en Bourgogne – certains le font, comme le domaine Bernard Millot à Meursault – ou le pinot noir en Norvège), il y a une sacrée marge !

C’est aussi le cas en Champagne, où, depuis 2016, les viticulteurs étudient la possibilité de créer quatre à cinq nouvelles variétés de raisins pour anticiper les futurs besoins, car les cépages actuels ne seront plus assez résistants au nouveau climat. « Il s’agit de croiser les cépages autorisés en Champagne avec des variétés naturellement résistantes à certaines maladies ou présentant des particularités intéressantes, comme une maturation tardive par exemple, afin d’obtenir une résistance naturelle ou une aptitude culturale mieux adaptée à de nouvelles conditions climatiques« , précise le Comité Champagne dans un communiqué.

Dans les vignobles bordelais, le risque est plus qu’une réalité avec des cépages qui souffrent déjà du dérèglement climatique. En effet, le merlot, le cépage régional le plus répandu, mûrit de plus en plus tôt, détériorant la qualité du vin qui perd en fraîcheur et voit son degré alcoolique s’élever. Pour s’adapter à ces changements, l’assemblée générale du syndicat des AOC Bordeaux et Bordeaux Supérieur a adopté en 2019 une mesure autorisant les viticulteurs à planter et vinifier sept nouveaux cépages dans la région. Ces quatre cépages rouges et trois blancs présentent un développement tardif ou profil organoleptique plus adaptés (l’arinarnoa, l’alvarinho, le touriga nacional ou le liliorila), sont moins sensibles aux maladies cryptogamiques (le marselan et le petit manseng) ou sont autochtones (le castets).

Changer les cépages de toutes nos régions semble une solution trop radicale… L’INRAE (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) travaille ainsi sur des solutions de viticulture et de vinification pour tenter d’abaisser le niveau d’alcool. Ceci était tout simplement impensable il y a encore 30 ans. 

Au-delà de l’encépagement, de nombreux essais sont également menés dans les méthodes culturales, visant à favoriser la rétention d’eau de la plante.

Ne pas oublier l’Homme

Pour conclure – provisoirement – ces quelques pistes de réflexion, il ne faut pas oublier un élément essentiel : l’Homme. L’histoire de la vigne depuis plus de cinq mille ans est en effet celle d’une perpétuelle adaptation. Par des choix culturaux ou par des techniques, nos ancêtres vignerons ont toujours su s’adapter à ce qu’ils ne peuvent pas maîtriser, comme le climat. Alors, certes, les changements climatiques actuels sont d’une ampleur et d’une gravité sans précédent, mais il est permis d’espérer que les vignerons sauront s’adapter. Ce qui évidemment, ne doit pas nous détourner de l’objectif de faire évoluer aussi notre mode de vie et nos modes de consommation pour sauver notre planète…Et nos vignes !

Chers lecteurs, amateurs, vignerons, nous savons que ce sujet est un véritable débat qui nous concerne tous et que vous avez des témoignages à nous apporter. N’hésitez pas à nous les faire part en commentaire pour enrichir cet article.

Lire nos articles de blog :

Tous nos vins en vente

Nos vins bio et biodynamiques en vente

Laisser un commentaire