Le développement d'une viticulture populaire autour des grandes villes

Dans les précédents épisodes de l’histoire du vin, nous avions évoqué le déclin du vignoble français au Moyen-Age. Repartons cette fois-ci sur une note optimiste ! Place au développement des vignobles suburbains qui a accompagné l’accroissement de la population.

1ère partie : accroissement de la population et exploitation des vignobles suburbains

La lutte des classes sévit dès le Moyen Age sur le terrain agraire. Prolétaires du vignoble contre bourgeois des villes s'affrontèrent dans un conflit grave et durable, l'un des plus anciens connus en France, mené collectivement par des travailleurs manuels salariés.

Ces ouvriers vignerons, ou laboureurs de vignes – encore appelés marriers à Blois, du nom de la bêche vigneronne, et affaneurs à Lyon – exerçaient en fait un double emploi. Ces cumulards de la terre palliaient ainsi une condition difficile, et logiquement, travaillaient plus pour gagner plus. Outre leur travail rémunéré à la vigne d'un riche bourgeois, il cultivait à leurs heures perdues (en fait de moins en moins perdues et de plus en plus grignotées sur leur temps de travail, d'où le malaise) un lopin de terre qui leur appartenait et dont ils pouvaient tirer quelques subsides sous forme liquide.
Bien sûr, les « patrons » – gens d'église, nobles, bourgeois – se plaignent au Roi de ce que ces paysans profitent de leur pause déjeuner (entre midi et none) pour aller bêcher leur jardinet. Et avec un certain cœur à l'ouvrage, bien plus même que pour leur employeur. Forcément, cela déplaît.
Au cours du 14e siècle, ils sont en position de force après les ravages de la peste noire de 1348. Mais au-delà de ces calamités, le conflit perdure et s'amorce même antérieurement, dès le début du 13e siècle. Les marriers débutaient souvent leur journée en cultivant leur propre jardin, et s'occupaient après seulement de la vigne de leur bourgeois ; idem le soir où ils larguaient la marre avant la sonnerie de fin des cours pour rejoindre leur terre. Tout cela avec grand bruit et tumulte, d'où l'expression « faire du tintamarre » (tinter les marres).

Pourtant, les propriétaires de vigne n'ont, au cours des siècles, pas eu d'autre choix que d'embaucher ces ouvriers peu dociles, qui chapardaient de temps à autre – ah les gredins – quelque cep ou sarment pour leur utilité personnelle. De plus, ces ouvriers y trouvaient leur compte, tirant revenu de leur petit vin bon marché.

La vigne, premier patrimoine immobilier

A cette époque, posséder une vigne est non seulement du dernier chic lorsqu'on est bien né, ou ecclésiastique, mais surtout indispensable. Car un bourgeois ou un dignitaire de haut rang ne peut recevoir chez lui sans servir du vin de ses propres vignes. Il en allait de son honneur et de sa réputation.

Il fallait donc que le dit homme eût des vignes tout proche de son domicile, soit carrément dans la ville. A Paris par exemple, une noble dame qui habitait Saint-Germain l'Auxerrois (tout près du Louvre) possédait, outre une vigne à Goussainville, quelques arpents au lieu-dit Les Porcherons, soit le quartier actuel de Notre-Dame-de-Lorette et de la Trinité (dans le 9e arrondissement).

Pour entretenir ce bien viticole si précieux sis en pleine ville ou à ses abords immédiats, il fallait employer à temps complet bien souvent une famille de vignerons, logés, nourris et payés pour leurs travaux. En plus du logis, un pressoir était bien souvent adjoint. Ces gens appelés pour exploiter les vignes étaient appelés des « closiers » (clausarii) ; avec rang de domestique, ils étaient ainsi des gardiens, des serviteurs que les maîtres gardaient en leur demeure. Les closeries se sont raréfiées dans les abords des villes, la démographie rendant difficile l'extension des logements et des terres. En revanche, elles ont perduré en milieu rural jusqu'au début du 20e siècle, en particulier vers Blois et Tours.

Le closier, vigneron qualifié, peut avoir la fonction de régisseur ou de chef de culture et gérer lui-même d'autres ouvriers lorsque la charge confiée est trop importante pour lui et sa famille.

Pour aménager une closerie, il faut un minimum d'espace et de terre, pour faire vivre une famille de vignerons ; environ deux hectares est le seuil bas. Or, la croissance urbaine aidant au cours des 13e, 14e et 15e siècles, les pièces de terre de grande superficie deviennent difficiles à trouver et même à maintenir.

La closerie est alors devenue une exception et l'on a eu recours à des ouvriers journaliers, forcément moins « fidèles » à leur maître.Ces vignerons temporaires, payés à la journée, n'avaient bien évidemment pas la même sécurité de l'emploi que les closiers. Employés précaires, ils n'avaient pas d'autre choix pour s'assurer un petit bas de laine, que de cultiver un petit morceau de terre et d'y planter quelques rangs de vigne. Il choisissait bien sûr les plants les plus productifs et les plus faciles à cultiver, comme le gouais et le gamay.

Evidemment, ces ouvriers se serraient les coudes et se liguaient contre les affreux patrons exploiteurs de bras musclés. Le vin qu'ils produisaient, certes de piètre qualité, leur assurait tout de même quelque revenu qui améliorait leur sort. En somme, cela valait le coup de tordre un peu les règles du contrat de travail qui prévoyait de travailler du lever du jour au coucher du soleil.

Le petit vin qui peut rapporter gros

Les classes populaires des grandes villes, contrairement aux gens de la campagne, buvaient comme des trous. Une aubaine pour nos amis travailleurs qui trouvaient là un débouché local et rémunérateur.

Les bourgeois considéraient cette viticulture inférieure avec dédain et défendaient leurs crus avec force et moult recours devant le Roi. Mais surtout, ils déploraient l'introduction de cépages grossiers, très productifs.

Cela dit, cela répondait bien à un besoin tangible, celui des populations des villes, de plus en plus consommatrices de vin. Or la présence de vin comme aliment quotidien chez les manœuvres et les ouvriers ne va pas de soi : elle est un usage construit, calqué sur les classes supérieures.
Découvrez les épisodes précédents de l’Histoire du vin :

Le déclin du vignoble au Moyen-Age et l'influence hollandaise (06/02/2012)

Les batailles de vins au Moyen-Age (02/01/2012)

Le vignoble médiéval de Bordeaux (05/12/2011)

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  • Voir les commentaires (1)

  • Philippe MARGOT

    Très intéressant et merci d’avoir signalé l’origine vigneronne de « tintamarre » !

Les commentaires sont fermés.

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