Interview BFM | Le vin rosé : vin d’été ou vin de placement ?

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Chaque mois, dans l’émission BFM Patrimoine, Angélique de Lencquesaing dresse un état des lieux du marché des grands crus, en répondant aux questions de Cédric Decoeur. Période estivale oblige, elle s’est penchée il y a quelques jours sur le marché des vins rosés. Décryptage.

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Cédric Decoeur : – Allez, l’été est (normalement) là, autorisons-nous un petit tour d’horizon des vins rosés… A-t-il sa place dans une émission consacrée au placement ? C’est ce que nous allons vérifier aujourd’hui avec vous, Angélique.

A de Lencquesaing : – Le rosé véhicule une image à la fois festive, joyeuse, estivale, mais pas toujours de grande qualité, en tout cas c’est notre perception à nous, Français. Car en réalité, le marché des vins rosés est protéiforme. Bien sûr, vous trouvez des rosés à tout petit prix mais parfois, ces derniers peuvent grimper très haut, jusqu’à tutoyer le seuil des 100€. Voire le dépasser !

C.D : La France est un acteur majeur du marché mondial des vins rosés, c’est bien cela ?

A. de L. : Absolument, la France est non seulement le premier producteur du vin rosé dans le monde (une bouteille sur trois est produite dans l’Hexagone) mais aussi le premier consommateur. Le Français engloutit 35% de la production mondiale, soit en moyenne 15L de vin rosé par an et par habitant ! C’est d’ailleurs pour cela que nous sommes également le premier pays importateur de vin rosé au monde (29% des volumes).

C.D : Vous avez évoqué des prix élevés pour certains rosés, pourtant, le prix moyen du rosé que l’on trouve sur les étals des supermarchés est très bas…

A. de L. : Ce qui mérite d’être souligné, c’est que la France produit des vins rosés de qualité. Les tout premiers prix émanent de rosés souvent importés, d’Espagne en particulier. Le prix moyen des vins rosés vendus dans le monde atteint 1,57€. Ceux produits et vendus par la France coûtent près du triple, 3,57€.

C.D : Nous sommes encore loin du seuil des 100€ que vous évoquiez…

A. de L. : Oui, bien sûr, certains vins sont destinés à des marchés bien spécifiques. Prenez les Etats-Unis, dans ce pays, le rosé véhicule l’image d’un certain art de vivre, élégant, c’est un produit de qualité, qui se vend parfois très cher et se consomme à l’apéritif. Prenez celui du Château d’Esclans et sa fameuse cuvée Garrus… Mais en France, les amateurs ont bien compris que les grands rosés peuvent passer quelques années dans la cave sans rien perdre de leurs qualités, bien au contraire. Le caractère vif et acidulé d’un rosé jeune laisse progressivement la place à un jus apaisé, subtilement épicé, qui gagne en profondeur et peut se révéler un beau vin de gastronomie, parfait pour accompagner un repas composé de mets délicats et légers.

C.D : Quels ont été les effets de la pandémie sur le marché du rosé ?

A. de L.  : Il est encore un peu tôt pour consolider, à l’échelle mondiale, les données du marché pour 2020. La Provence elle, dispose déjà de ses chiffres pour l’année dernière, et ils sont impressionnants. Car la région phare des grands vins rosés exporte 43% de sa production ! Et, fait notable, alors que les exportations de vin ont dans l’ensemble reculé (de 1,7% en volume et 6,1% en valeur), les vins rosés de Provence ont eux, vu leurs exportations croître de 6% en 2020. Les périodes de confinement ont certes pesé sur l’activité des domaines, mais l’été a ensuite permis de rattraper la situation.

C.D  : Aux Etats-Unis, donc ?

A. de L. : A vrai dire, la pandémie, conjuguée à l’instauration des taxes Trump, a ralenti les exportations vers les Etats-Unis l’année dernière. Mais cette situation a été largement compensée par le dynamisme de l’Europe, et tout particulièrement du Royaume Uni (+51%), aux Pays-Bas, en Belgique ou en Allemagne. Une situation que nous avons aussi observée sur les ventes de vin chez iDealwine, au passage 😉. Ajoutons que, si les vins rosés sont majoritairement bus l’été, en France, la consommation est beaucoup plus étalée durant l’année dans les autres pays.

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C.D : Vous dites que les vins de Provence véhiculent une image haut de gamme. Ce sont également eux qui tiennent le haut du pavé dans les ventes aux enchères que vous observez sur iDealwine ?

A. de L. : La Provence produit 38% des rosés français. Et on y trouve l’un des plus grands vins rosés, peut-être le plus grand, le plus recherché des amateurs pointus, en tout cas. Il s’agit du Château Simone, à Palette, qui produit des vins dans les trois couleurs, mais notamment de très beaux rosés de garde, dotés de magnifiques arômes poivrés de rose ancienne… Des vins pourtant encore très abordables, car les plus chers adjugés ces derniers mois se vendent autour de 40€. En Provence, vous avez des vins très recherchés à Bandol (Tempier, Pibarnon, Terrebrune), aux Baux de Provence (Domaine Hauvette) ou encore dans la minuscule appellation de Bellet, que la spéculation immobilière menace d’extinction en raison de sa situation, sur les hauteurs de Nice. Tous ces domaines, et d’autres encore comme La Bégude ou la Tour du Bon à Bandol, ou encore le Clos Cibonne, cultivent des cépages singuliers et/ou expérimentent des techniques de vinification qui les amènent à produire des vins passionnants. Leur capacité de garde dépasse de loin le premier été…

C.D : De l’autre côté du rivage, la Corse aussi offre de grands vins rosés ?

A. de L. : La Corse offre de grands vins, tout court, et les rosés s’inscrivent bien dans le paysage. Les plus grands vignerons proposent des vins rosés, je pense à la fameuse cuvée Faustine de Jean-Charles Abbatucci, près d’Ajaccio, au joli Unu de Vaccelli, ou aux vins du Clos Canarelli à Figari. Au nord, à Patrimonio, Yves Leccia aussi produit de magnifiques vins rosés, mais pour autant, ils ne se retrouvent qu’occasionnellement aux enchères. Les amateurs les gardent, et les savourent….

C.D : Revenons en France, on y produit du rosé dans nombre de régions ?

A. de L.  : Oui, et ce n’est d’ailleurs pas en Provence ni en Corse que l’on trouve le vin rosé le plus cher dans les ventes aux enchères, c’est, je vous le donne en mille… Dans la vallée du Rhône que se cache le Graal du vin rosé. A Tavel une AOC entièrement dédiée à cette couleur de vin. Le minuscule domaine de l’Anglore est devenu une icône. 5ème domaine de la vallée du Rhône en termes de montant adjugé dans les ventes aux enchères en 2020, il figure parmi le TOP 50 des producteurs les plus vendus, toutes régions confondues, à la 37ème place ! C’est dire s’il est plébiscité. Un magnum de 2011 a frôlé les 500€ sur la plateforme d’iDealwine en 2020.

C.D : Comment s’explique un tel succès ?

A. de L. : Ce petit domaine de 7 hectares, géré par Eric Pfifferling, un ancien apiculteur, est devenu l’un des fers de lance de la viticulture « nature », aujourd’hui recherchée par les amateurs du monde entier. Les vins sont aujourd’hui à peu près introuvables dans les circuits traditionnels, les amateurs viennent les rechercher aux enchères, en les payant au prix fort. Mais attention, les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, les prix se stabilisent depuis quelques mois.

C.D : Dans les autres régions, voyez-vous passer de beaux vins rosés dans les ventes ?

Interview BFM Angelique de Lencquesaing vins roses-4A. de L. : Attention, les flacons de rosés occupent une part minime des vins adjugés aux enchères (un peu plus de 1000 flacons en 2020 sur les quelque 176 000 passés sous le marteau). Les enchères permettent de mettre la main sur une autre cuvée du Rhône, une signature tout aussi prisée puisqu’il s’agit de celle d’Emmanuel Reynaud (le propriétaire de Château Rayas), avec son savoureux Parisy, un rosé profond, intensément coloré d’ailleurs, qui se vend 90€ aux enchères, tout de même ! Sinon, en vallée de la Loire, nous avons adjugé récemment les sancerres de François Cotat, ou le Rosé d’un jour de Mark Angeli à la Ferme de la Sansonnière, en Bourgogne, la jolie cuvée Fleur de Pinot de Sylvain Pataille…. Toutes les régions, le Languedoc aussi, ont leurs belles cuvées de rosé, rarement adjugées au-delà de 30€ gageons qu’elles pourront être dégustées un peu plus tard dans l’année, si d’aventure nous avons la joie de vivre un été indien….

Sans oublier que, tout au long de l’année également, les grands effervescents rosés sont la quintessence des grands champagnes millésimées, qu’il s’agisse des rosés produits depuis plusieurs décennies par les maisons Dom Pérignon (5 526€ le millésime 1959), Roederer avec sa rare cuvée de Cristal rosé, ou plus près de nous, et non millésimé mais délicieux, chez Bollinger… C’est peut-être là que se nichent les grands rosés de placement… Voilà de quoi achever cette saison sur une note joyeuse : qu’ils soient effervescents ou tranquilles, les vins rosés ont toute leur place dans la cave d’un amateur hédoniste ! A bon entendeur…

 

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