Mas de Daumas Gassac : le « grand cru » languedocien

Plus de cinq ans après la disparition d’Aimé Guibert, les vins du mas de Daumas Gassac n’ont pas perdu de leur superbe et continuent de promouvoir le Languedoc vinicole. Il faut dire que ses fils ont adopté les principes qu’il leur a inculqués. Des principes qui parlent d’amour de la terre et de la nature. Zoom sur cette propriété longtemps dirigée d’une poigne de fer par un homme passionné et énergique.

Contrairement à de nombreux domaines qui font la fierté de l’industrie vinicole française, l’histoire du Mas de Daumas Gassac n’est pas une affaire de famille ancestrale. Celle-ci débute en effet relativement tard et de façon hasardeuse puisqu’Aimé Guibert ne travaillait pas la terre mais le cuir. En 1970, cet ancien gantier aveyronnais et sa femme Véronique sont à la recherche d’une maison de famille. En visitant l’arrière-pays de l’Hérault le couple découvre un vieux mas et son moulin qui longent la rivière « le Gassac ». C’est le coup de foudre, et même s’ils ne savent pas encore ce qu’ils vont y cultiver, Aimé et Véronique Guibert décident de s’y installer.

Rapidement, ils font venir le professeur Enjalbert qui, émerveillé, compare le terroir à celui de la Côte d’Or, paradis du pinot noir, terre des grands crus. Aimé Guibert et sa femme n’hésitent pas une seconde, abandonnent tout projet de culture d’olivier ou de maïs, et s’échinent à produire à leur tour un nectar exceptionnel sur ce sol où les vignes sont fécondes depuis plus de mille ans.

 

Les débuts sont difficiles, et dans les années 1970 les œnologues bordelais Denis Boubals et Emile Peynaud viennent en renfort partager leur expertise. Si le premier conseille de planter du cabernet-sauvignon, le second propose de le vinifier deux ans en fûts. Ces méthodes lui valent d’être placé hors AOC et le contraignent à commercialiser l’invendable : des vins sous la dénomination « vin de table de France ». Négociants et agents sont même frileux à l’idée de vendre des vins languedociens dont la région est à l’époque reconnue de faible qualité. Tout vient à point à qui sait attendre ; dans les années 1980 le vin est comparé à de grands crus bordelais : « un château Lafite du Languedoc » (Gault & Millau, 1982), « Actually more like Latour » (London Times, 1985).

Mais d’où vient ce succès ? Sans conteste au terroir et au climat exceptionnel dont bénéficient les sarments. Sous l’épaisse garrigue, on découvre un sol profond dans lequel les racines peuvent s’alimenter. Cultivées sur ces terres parfaitement drainées mais pauvres, les vignes souffrent pour créer leurs propres arômes rares. En hiver comme en été, les nuits sont fraîches et apportent une belle finesse aux vins. Un vin ne peut être grand sans la main de l’homme. Les vignes sont donc plantées en une multitude de petites surface afin d’apporter de la complexité mais aussi afin de respecter la beauté sauvage de la région et de ne pas détruire la forêt de garrigue.

Le mas Daumas Gassac se distingue par son refus de cultiver des clones au profit de vieux cépages aux rendements faibles. On retrouve donc le cabernet franc, le malbec, le merlot, le tannat, le petit verdot, le carménère, la syrah, le pinot noir pour les rouges et le viognier, le chardonnay, le petit manseng et le chenin pour les blancs.

La vinification préconisée par Emile Peynaud est donc la méthode médocaine qui se traduit par de longues fermentations et macérations (environ 3 semaines), ainsi qu’un élevage 12 à 15 mois en barriques bourguignonnes et bordelaises.

A l’origine de ce domaine, Aimé Guibert. Figure incontournable du monde du vin, qui, grâce à son caractère bien trempé et à sa volonté de fer, a participé au rayonnement des vins et du terroir languedociens. Ce grand homme aux idées à contre-courant s’est éteint à 91 ans en mai 2016, non sans avoir marqué les esprits du village d’Aniane où se situe le mas. L’homme s’est en effet battu bec et ongles contre ce qu’il appelait la « McDonaldisation du vin ». Pour cela, il s’est fermement opposé à l’implantation du californien Robert Mondavi et à son projet d’y construire un vignoble de marque. On le retrouve relatant cet épisode avec fougue dans le documentaire « Mondovino » de Jonathan Nossiter. Quelques images exceptionnelles ! Il faut dire que le vigneron était particulièrement attaché à la terre et à la protection des terroirs. On retient donc de ses vins une extrême finesse, de la profondeur et une grande complexité, que ses fils, Samuel, Gaël, Roman et Basile, s’attachent à respecter et à conserver. La fratrie soudée, à la tête du domaine depuis 2009, se sont concentrés sur la fraîcheur et sur l’élégance des vins qu’ils produisent. Une vraie réussite.

Les vins du Mas de Daumas Gassac actuellement en vente :

IGP Pays d’Hérault Mas Daumas Gassac Famille Guibert de La Vaissière (blanc)

Elevé sur des sols calcaires, ce vin blanc est un assemblage de viognier, de petit manseng, de chardonnay et de chenin. Après une macération pelliculaire pendant 5 à 7 jours, le vin est élevé entre 2 et 4 mois en cuve inox. Il peut être bu aussi bien jeune pour découvrir ses arômes frais et fruité, que vieux (entre 5 et 10 ans) pour savourer ses arômes tertiaires. Sa texture grasse requière un service pas trop frais (environ 12°C) avec des mets savoureux. Saumon frais ou autre poissons en papillotes, omelettes, viandes blanches ou même des pâtes fraîches lui siéront parfaitement.

IGP Pays d’Hérault Mas Daumas Gassac Famille Guibert de La Vaissière (rouge)

Ce vin à majorité de cabernet-sauvignon est composé d’autres cépages typiquement bordelais comme le merlot, le cabernet-franc et le malbec. Elevé entre 12 à 15 mois en fûts de chêne, il mérite d’être ouvert au moins trois heures avant son service à température ambiante. Les palais fins le dégusteront avec des gratins de légumes ou des légumes du soleil farcies. Les amoureux de viandes l’apprécieront autour de viandes rôties parfumées aux herbes aromatiques.

Mas Daumas Gassac, ce qu’en disent les guides :

La Revue du Vin de France (1* sur 3)

Aimé Guibert fut l’un des pionniers de la quête de l’excellence dans le Languedoc. Il a révélé, à la fin des années 1970, ce terroir calcaire de la haute vallée du Gassac, dans ces contreforts cévenols où les nuits fraîches sont propices à l’épanouissement du cabernet-sauvignon. Outre sa production personnelle, il a su mettre en valeur le travail des vignerons locaux au travers d’une activité de négoce à grande échelle, qu’il faut considérer comme une production bien distincte de celle du Mas. Les fils d’Aimé, Samuel, Gaël, Roman et Basile, ont pris les rênes de l’exploitation. Peut-être davantage que tout autre rouge languedocien, Daumas Gassac a la capacité de résister au temps. Comme un médoc, dont il partage le cépage dominant, il lui faut souvent une dizaine d’années pour s’exprimer. Désormais, les meilleurs domaines languedociens multiplient les grandes cuvées alliant rigueur du travail vigneron et conscience stylistique affirmée ; aussi la comparaison peut s’avérer difficile pour ce vin rigoureux qui conserve son originalité, envers et contre tout.

Bettane + Desseauve 2021 (3* sur 5) :

On a beaucoup écrit sur le mas de Daumas-Gassac. Aimé Guibert – disparu en 2016 – avait su identifier, sur Aniane, des terroirs qualitatifs aptes à porter un cabernet-sauvignon non autorisé par les appellations locales. En blanc, il a également choisi de vinifier un assemblage de chardonnay, viognier et petit manseng qui lui interdisait également l’accès à l’appellation. Son domaine produit donc un rouge (assemblage à 80 % de cabernet-sauvignon non cloné accompagné d’une vingtaine d’autres cépages, rares pour la plupart) et un blanc (multi-cépages également) en IGP de l’Hérault, qu’il a su imposer à un niveau de prix inconnu dans cette catégorie. Le blanc reçoit un élevage en cuve inox alors que le rouge est partiellement élevé en barrique. Les vins, tant en blanc qu’en rouge, sont d’une pureté, d’une précision et d’une complexité inégalables, et vieillissent remarquablement bien. La gamme est complétée par des igp agréables, conçues pour être bues rapidement. Une valeur sûre de la région.

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  • Voir les commentaires (2)

  • Delcourt

    Daumas Gassac 1998. Puissant et tannique, très long en bouche, parfum animal. Peut-être trop marqué avec le saucisson brioché qu’il accompagne. Serait parfait sur du gibier.

    • iDealwine

      Bonjour,
      Merci pour cette belle proposition d’accord mets-vin !
      Excellente journée,
      Bastien

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