Millésime : le point sur les vendanges 2011

Hétérogène, compliquée, en demi-teinte : 2011 ne va pas se la couler douce dans les chais. Il a fallu trier, bâtonner, remuer et bien piger (comment cela se passerait !). Région par région, les premières impressions du millésime se dessinent.

Jean-qui-rit et Jean-qui-pleure

Le Bordelais, la Bourgogne accusent de fortes disparités selon les terroirs d’abord, les cépages ensuite. On ne va pas ici vous ressortir la vieille rengaine du « ce sera un millésime de vigneron« , mais quand même un petit peu car cette année plus que jamais, il va falloir travailler du chapeau et piger (avec la tête). En somme, tourner le dos au « laissez-faire, laissez-fermenter » et mettre le paquet sur le contrôle et les élevages.

 

Stéphane Toutoundji

Stéphane Toutoundji, oenologue-conseil sur Bordeaux, confirme. « C’est l’hétérogénéité totale ! Mais cela ne veut pas dire pour autant qu’il n’y a rien d’intéressant, bien au contraire. Il y aura de très beaux vins. Je suis d’ailleurs assez surpris de certains résultats, notamment sur les terroirs limoneux et graveleux de la rive droite, qui s’en sortent plutôt bien. » Celui qui suit de près les châteaux Laulerie, Latour-Laguens, Richelieu et Tournefeuille insiste sur l’importance du tri qu’il a fallu pratiquer. Mais aussi sur les pratiques culturales au moment des chaleurs du printemps : « Il ne fallait pas trop effeuiller à ce moment-là, ni faire une vendange verte trop précoce« . Quant aux vendanges, les premiers coups de sécateurs de la fin août n’étaient sans doute pas les plus avisés. Récoltés autour des 20/30 septembre, les merlots et les cabernets francs de la rive droite s’en tirent avec les honneurs, mieux que le Médoc, contraint de vendanger plus tôt.

Selon le consultant, la rive droite prend l’avantage sur sa voisine, avec des vins friands, pas trop tanniques, plaisants, qui rappellent par leur acidité de très bons 2004 ou des 2008, toutefois un cran au-dessous. Stéphane Toutoundji conseille des extractions douces, des températures de fermentation assez basses afin de conserver le fruit.

Quant aux vins liquoreux, les grains botrytisés donneront d’excellents crus ; là encore les différences de terroir ont joué.

Des vendanges exténuantes

Kyriakos Kynigopoulos

« Tout était bien parti, on pensait même à une année précoce comme 2003. Et puis la pluie de juillet est venue gâter la vendange« . Kyriakos Kynigopoulos, qui conseille des domaines prestigieux de Roumier…) parle lui aussi de contrastes forts. « En définitive, ceux qui ont démarré les vendanges le plus tôt, vers la fin août, ont été perdants ; la bonne fenêtre de tir, selon moi, était à partir du 1er septembre. Avec ce millésime hétérogène, les vins rouges en ont plus pâti que les blancs. Les maturités sont moins élevées que les années précédentes, de l’ordre de 12,8%-13% : il va falloir chaptaliser. D’une façon générale, on peut dire aussi que la Côte-de-Nuits s’en tire mieux que le sud de la Bourgogne. [n’oublions pas la grêle qui a touché Rully et Mercurey en mai dernier, ndlr]. Les blancs ont de bonnes acidités, avec des structures tendues, qui rappellent les 2007, mais avec plus de matière. L’élevage va être déterminant : il faudra être patient, revenir au bâtonnage, élever les vins sur lies. Quant aux vins proprement dits, déjà il y en aura moins que d’habitude, étant donné le tri important (certains domaines ont laissé 10% à 20% des raisins sur la table de tri, parfois autant dans les vignes) et ces vins ne seront pas forcément des vins de garde ». Kyriakos conclut : « Je n’ai jamais autant été fatigué que par ces vinifications ! »

Observation et nerfs d’acier

La Loire est en demi-teinte : qualité, fraîcheur aromatique mais petits rendements et donc faibles volumes. Se confiant à l’un de nos confères de la Nouvelle République, Jacky Blot résume bienl’esprit de ce 2011, avec « une récolte totalement inespérée, qui va au-delà de nos espoirs les plus fous au regard des précipitations de début septembre. Ce sera une grande année pour les vins blancs secs. En rouge, c’est un millésime assez hétérogène avec de l’excellent et du moins bon pour ceux qui ont vendangé trop tôt. » En résumé, des vins plus ligériens, avec davantage de tendresse que de démonstration.

Les vignerons de la Vallée du Rhône sont satisfaits, avec une récolte prometteuse et abondante, qui rappelle les excellents 2000 et 2009. Le Nord est marqué par des vins élégants, fins et généreux, comme à Côte-Rôtie, avec de belles intensités colorantes comme à Cornas ou Saint-Joseph. Le Sud brille notamment par ses syrahs et ses grenaches.

En Alsace, les vendanges 2011 ont été marquées par des températures chaudes et un bon ensoleillement, notamment dans le Haut-Rhin, comme témoigne le Domaine Ernest Burn sur son blog. Les raisins ont tous été rentrés avec une très bonne maturité, dans un bon état sanitaire. Un peu plus au nord cependant, quelques épisodes de grêle ont compliqué la donne. Là encore, le tri le tri le tri !

Dans les autres régions viticoles, le Beaujolais offre des vins riches, puissants, grâce à une récolte parfaitement mûre et saine.

Le Roussillon explose de joie : un millésime exceptionnel est annoncé, et abondant. Merci la tramontane. Les stratèges du Languedoc auront su déjouer les pièges de la météo ; le mois de septembre, très bien ensoleillé, a permis une bonne maturation des baies, et les syrahs sont paraît-il assez prodigieuses. Fruit, finales fraîches, finesse sont annoncés. En Provence, le moral est aussi au beau fixe, avec des volumes en légère augmentation et une qualité globale très satisfaisante. Il y a aura donc de bons vins rosés pour cet été, et l’on ne devrait pas mourir de soif. N’est-ce pas là l’essentiel ?

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  • Voir les commentaires (2)

  • BEAUDOU JEAN MARIE

    Chez nous (Entre Fronsac et Pomerol) le 2011 est vraiment supérieur au 2010 et quand meme inférieur au 2009.Je compare a date égale et les 2008 et 2004 dont vous parlez sont inférieurs au 2011.
    Le 2011 est deja tres interessant, nous nous régalons de suite.
    Ce commentaire ne concerne qu’une propriété et ne saurait résumer la situation générale de la rive droite.
    Attendons maintenant la suite de l’élevage car le 2010 se boit deja bien.

  • Véronique Raisin

    Merci Jean-Marie de votre témoignage. Effectivement il faut se garder des généralités car les nuances peuvent être sensibles entre deux terroirs, même très proches. Nous avons ici tenté de donner un éclairage global, de toute façon à adapter par la suite en fonction de l’évolution des vins ! Bonne continuation.

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