Les questions qui se posent après le rachat du domaine des Lambrays par LVMH

 

 Clos_des_Lambrays

On s’y attendait depuis quelque temps, mais l’officialisation de la nouvelle a créé l’événement dans le monde du vin : le groupe LVMH de Bernard Arnaud vient de racheter un des plus prestigieux domaines de Bourgogne, le domaine des Lambrays. Avec quelques conséquences probables à la clé…

Autrefois les grands capitaines d’industrie adoraient acheter des journaux. Aujourd’hui ils préfèrent collectionner les plus grands domaines viticoles. Le phénomène n’est pas nouveau. Il a commencé dans le Bordelais, notamment avec François Pinault (Latour), Bernard Arnault (Cheval Blanc avec Albert Frère, Yquem), Clément Fayat (La Dominique), Daniel Cathiard (Smith Haut Lafitte), Martin et Olivier Bouygues (Montrose). D’autres grands patrons ont également investi dans des régions parfois moins cotées comme Olivier Decelle (Picard) au Mas Amiel, Paul Dubrule (Groupe Accor) et Jean-Louis Descours (Chaussures André et Weston) dans le Luberon ou Alain-Dominique Perrin (Richemont) à Cahors.

Depuis peu, c’est la Bourgogne qui devient une terre d’élection pour ces grands entrepreneurs. François Feuillet, le patron de Trigano a sans doute été un des premiers à investir ici, dès 1991. L’arrivée de François Pinault à Vosne-Romanée en 2006 en rachetant le domaine Engel (rebaptisé domaine d’Eugénie) a donné un véritable retentissement à ce nouveau phénomène.

Aujourd’hui l’acquisition de Bernard Arnault via LVMH braque de façon encore plus forte les projecteurs sur ce phénomène.

Car en dehors de la transaction elle même, forcément très chère, probablement autour de 100 millions d’euros pour les 9 hectares que compte le domaine (* voir note en fin d’article), ce sont les conséquences de cet achat spectaculaire qui vont alimenter l’actualité dans les mois et années à venir.

Première interrogation : quid du prix de la bouteille de Clos des Lambrays, l’appellation très majoritaire produite par le domaine ? Aujourd’hui proche de la barre des 100 euros (dépassée depuis un an ou deux), il va forcément grimper très vite. D’une part pour amortir l’achat du domaine, mais surtout parce qu’aux yeux des spécialistes, il y avait un véritable différentiel entre la qualité et la notoriété du vin et son prix. Une analyse faite quelques années plus tôt par les propriétaires du Clos de Tart voisin qui ont tout simplement doublé le prix de leur vin en très peu de temps. Il est donc probable que d’ici peu le Clos des Lambrays dépasse allègrement le seuil des 200 euros, voire plus si opportunité…

La seconde conséquence sera sans aucun doute les discussions enflammées que cet achat impressionnant ne manquera pas de provoquer au sein des familles possédant des domaines de notoriété en Bourgogne. Des discussions, voire même des zizanies… La tentation de toucher le “gros lot” risque en effet de travailler de nombreux esprits en Côte de Nuits… Le prix du foncier, déjà extravagant dans les grandes appellations bourguignonnes, ce qui crée de grandes difficultés dans les successions, risque de s’enflammer encore plus et de n’offrir comme porte de sortie à de nombreuses familles que la seule vente à de gros porteurs financiers de type LVMH.

La troisième conséquence touche à l’image même de la Bourgogne. Jusqu’ici, on opposait volontiers le Bordelais à la Bourgogne : du côté de la Gironde, de grands propriétaires “capitalistes”, peu au fait du travail de la vigne et du vin et surtout ravis de pouvoir marier leur fille dans un grand château mondialement connu en servant à des invités de la haute société “leur” vin à foison. De l’autre, la Bourgogne se complaisait dans une image de vigneron paysan, certes aisé, mais qui reste proche de sa terre et de ses vignes et qui fait goûter ses vins la pipette à la main dans ses chais. Les récents achats bourguignons brouillent évidemment cette image et la rapprochent en partie de celle du Bordelais. On y perd certainement en folklore en espérant ne pas perdre en qualité : un domaine géré de loin, avec des impératifs de rendements financiers pressants, peut rapidement être tenté de sacrifier certaines pratiques qualitatives coûteuses… Cela dit, il ne faut tout de même pas oublier que le domaine des Lambrays était possédé jusqu’ici par une riche famille allemande qui connaissait plus le vin du domaine pour le consommer à raison d’une caisse par semaine, comme le prétend la rumeur, que par sa présence dans les chais de la propriété … Mais que deviendra Thierry Brouin, le directeur technique des Lambrays depuis près de vingt-cinq ans et à l’origine des formidables progrès du cru pendant son “règne” (grâce aussi aux investissements de la famille Freund depuis 1996) ? Un départ précipité serait un mauvais signe…

Contrairement aux – finalement – rares achats chinois dans le Bordelais (et encore plus rares en Bourgogne), cette transaction aura sans doute bien plus d’influence sur le marché. Et malheureusement sans doute aussi pour les passionnés des vins de Bourgogne qui vont voir leurs vins favoris s’éloigner un peu plus des cordons de leur bourse…

A surveiller dans les mois et années à venir.

* Pour être précis, le domaine des Lambrays ne possède pas la totalité du grand cru du Clos des Lambrays puisque sur les 8,84 ha du Clos, 420 m2 appartiennent au domaine Taupenot-Merme qui produit 200 à 300 bouteilles chaque année. Malgré toutes les tentatives la famille Taupenot-Merme n’a jamais voulu céder ces vignes. Mais résistera-t-elle maintenant aux moyens de persuasion de Bernard Arnault ? …)

 

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  • Voir les commentaires (5)

  • Castafiore

    Le Clos de Tart a triplé plus que doublé puisque, grosso-modo, il est passé de 100 Euros à 300 Euros.

    Vous dites que « La Bourgogne se complaisait dans une image de vigneron paysan » et vous parlez de « folklore », ce qui donne à vos propos un côté condescendant. C’est dommage !
    La Bourgogne s’est en effet construite depuis les années 30 sur la propriété des familles, la mise en bouteille au domaine et la défense de l’origine avec les Climats. C’est plus qu’un folklore, et le sens de l’accueil des vignerons, le contact avec l’exploitant, font partie intégrante de l’image de la région. C’est un atout. Pas un folklore.

    Mais comme vous le dites, ces rachats spectaculaires vont avoir un impact sur la région qui risque de se « bordeauïser » avec chais d’apparats et châtelains qui passent faire un tour en hélicoptère. Les prix vont aussi inexorablement monter car c’est la condition sine qua non pour que les terres restent aux mains des familles. Espérons que les domaines sauront garder le sens de l’accueil pour leur clientèle particulière, forcément limitée, mais il est inévitable qu’une partie des amateurs soient obligés de se détourner des vins de Côte d’Or à cause de l’inflation.

    Si on espère que les prix des appellations régionales et communales resteront à peu près sages, il est évidement qu’une partie des 1er crus et l’ensemble des grands crus vont désormais être réservés à une élite très argentée.
    D’ici à ce que des milliardaires pakistanais s’arrosent au Clos de Tart dans les boîtes de nuit, il y a un pas qui n’a pas encore été franchi… mais qui pourrait finir par l’être… Pas sûr que ça soit un progrès !

    • Rédaction iDealwine

      Merci pour votre long message intéressant. Je reconnais bien volontiers que l’emploi du mot « folklore » est plutôt maladroite car je n’avais évidemment pas l’intention d’être condescendant vis à vis de ma région préférée ! Mettez le mot « authenticité » à la place et vous comprendrez mieux ce que je voulais dire. Cela dit j’apprécie aussi le vrai folklore bourguignon, les soirées de paumées et les « bans » amicaux ! Pour le reste, je ne puis évidemment qu’être d’accord avec vous…
      Philippe Barret

  • Boellmann

    Bonjour,

    MERCI pour l article…je ne comprends pas ou sont vos questions et où sont vos réponses.
    Mais le groupe fait ici une très belle acquisition.
    M

  • Barnasson

    Moi qui trouvais déjà le clos du Lambrays surcoté….vous pouvez faire confiance au groupe LVMH , qui saura transformer un produit d’exception en un produit de gamme moyenne supérieure vendu finalement comme un produit d’exception… c’est la toute leur force ! (et la source de mes craintes..)

  • Claude C

    Il n’est pas surprenant que certains groupes du luxe viennent faire leur marché en Bourgogne. Une hirondelle ne fait pas le printemps, nous verrons bien.
    Quand aux prix il y a déjà quelques lunes, que certains domaines ont bien augmentés leur prix, avec toujours une bonne raison.

    Quand au sens de l’accueil des vignerons, il y aurait beaucoup à dire….
    Ce n’est pas toujours un long fleuve tranquille …..

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