Histoire du vin : la vigne en Gaule jusqu’à Domitien (Ier siècle)

Suite de notre saga ! Allez, on pousse jusqu’à Domitien, empereur romain qui régna de 81 à 96 ap. J.C. C’est lui qui réforma l’administration romaine, embellit Rome de plusieurs édifices (Palais Flavien, Temple de Jupiter , Arc de Titus, Forum de Vespasien) et favorisa la viticulture italienne par un édit. Pas très sympa et un peu mégalo, il meurt assassiné.

Bordeaux sans vignoble

Au cours des premiers siècles de notre ère, le vignoble méditerranéen progressa vers le nord. Or pour s’acclimater à ces climats plus froids, une seule solution pour la vigne : changer de nature ou bien venir d’autres latitudes. C’est ainsi que sont apparus de nouveaux cépages mis au point par la technique du greffage ou de l’hybridation, notamment par les Allobroges dans la région de Vienne. Ces nouveaux plants pouvaient alors fructifier sous des latitudes plus fraîches. Le plus connu fut l’allobrogica, ancêtre certainement de notre pinot actuel.

La région de Bordeaux, au début de l’époque impériale, ne comportait pas de vignes, seulement des terres marécageuses appelées palus (c’est Strabon qui le dit, on peut lui faire confiance, de toutes façons on n’y était pas alors…). Les habitants, les Bituriges (à ne pas confondre avec ceux de Bourges malheureux ! Je vous y vois déjà !), étaient des commerçants très actifs. Eux aussi ont voulu implanter la vigne sur leur territoire et en tirer de substantiels subsides… Ils importèrent d’Espagne Occidentale – un pays qui bénéficiait de conditions climatiques proches de celles de l’Aquitaine – un plant, appelé le biturica, vraisemblablement un parent de notre cabernet actuel. Les innovations agricoles et la culture de la vigne sont à cette époque-là un signe de civilisation. « Civiliser, c’est, pour les Romains, en même temps qu’assurer l’ordre, propager la vigne et l’olivier, créer ce décor de plantations hors duquel il leur semblait difficile qu’on pût goûter la joie de vivre » écrit Roger Dion.

Dès lors, Bordeaux devint un important port de commerce, exportant ses vins vers le Nord de l’Europe. Car le vin, pour ces peuples nordiques (Irlandais notamment) était un fort symbole de prestige (une bonne aide aussi pour s’envoyer des baffes et se taper dessus à coup de bouclier en bronze).

L’édit de Domitien

Les progrès techniques et les inventions qui permirent, au cours du Ier siècle, l’implantation d’une viticulture de qualité sur le cours du Rhône et aux abords de l’estuaire de la Gironde firent du tort, on le comprend, aux grands vignobles italiens, notamment ceux de Campanie, mais aussi grecs, qui exportaient beaucoup vers la Gaule et le Nord de l’Europe. Le prix de ces vins baissa et les profits des possesseurs de vignobles avec eux. En quelque sorte, les vins gaulois passaient pour des vins « du nouveau monde » (si vous me permettez l’anachronisme) qui concurrençaient sérieusement les vins méditerranéens. Les vins de Gaule étaient désormais importés en Italie, et notamment à Rome, où parvenaient aussi ceux des vignobles espagnols créés par la colonisation romaine.

C’est pourquoi l’Empereur Domitien, soucieux de protéger la viticulture italienne, interdit en l’an 92 toute plantation nouvelle en Italie et ordonna l’arrachage d’au moins la moitié des vignobles des provinces de Gaule. Plus tard, on le verra, Probus fit exactement l’inverse (comme quoi faire le contraire de son prédécesseur, on n’a rien inventé…)

Cela ne réduisit pas le vignoble gaulois à néant ; entre le règne de Domitien et celui de Probus, le vin de Vienne continua d’être très demandé et le vignoble bourguignon autour de Nuits et Beaune fut exploité avec continuité.

Dans les faits, Domitien avait ôté à une bonne partie de la population gauloise la possibilité de planter la vigne et de s’enrichir par elle (vous avez compris, à l’époque, c’était mieux qu’un livret A). Mais en réalité, Domitien n’a jamais voulu détruire le vignoble. On prête souvent de mauvais desseins aux tyrans sanguinaires, c’est vraiment trop injuste.

En réalité, l’empereur avait prescrit d’arracher la moitié des vignes, et notamment celles de piètre qualité, qui prenaient le pas sur les terres à blé. Le vin produit jusque-là sur ces vignes n’était pas terrible, il faut bien le reconnaître, destiné aux classes populaires des grandes villes (car moins cher). Domitien s’en est donc pris aux vignobles de plaine, pour favoriser la viticulture de qualité.

A lire également :

Histoire de la vigne : le vin en Gaule à l´époque romaine (22/04/2011)

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En savoir plus sur la vinification

Pour aller plus loin :

Roger Dion, Histoire de la vigne et du vin en France, des origines au 19e siècle, CNRS Editions.

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  • Voir les commentaires (1)

  • Doudou

    Attention votre article est partiellement faux. Baser l’edit de Domitien uniquement sur la baisse du prix du vin est une grosse erreur.

    Il faut revenir à 79 quand Pompéi, capitale du vin très réputée (si bien, que certaines hypothèses que de fausses estampilles imitant le logo de Pompéi expliqueraient l’organisation du premier marché de contrefaçon de l’histoire) mais légèrement tombante malgré un marché en croissance de consommation, a été engloutie. D’ailleurs cette légère chute descendante est l’une des hypothèse au fait que l’empire n’est rien fait pour reconstruire Pompéi (rappelons qu’en 62 il y avait aussi eu un très puissant tremblement de terre, qui ravagea une première fois la ville)

    L’edit de Domitien fait donc suite à 3 variations de prix alimentaires brutales en moins de 3 ans. L’une sur le vin très cher, une autre sur les céréales très chères, et la dernière sur le vin très bas.

    En effet quand le prix du vin a monté suite à l’éruption du Vésuve près de la capitale viticole romaine, puisque l’organisation, les hommes, le savoir faire et le patrimoine étaient désormais plus accessibles. S’en est donc suivi une pénurie de vin en 80. (Mauvaise année pour les saoulots)

    Alors les agriculteurs des environs de Rome ont commencé à planter de la vigne à la place des céréales, il y avait pas besoin de calculette pour voir qu’il y avait du business à faire. (je vous passe les détails)

    Très vite a suivi un affaissement de la production de céréales, qui a fait monter leurs prix et grogner la foule. Par ailleurs les marchands de vins locaux ne s’en sortaient plus car le vin Gaulois arrivait moins cher, et l’inéluctable mondialisation et spécialisation des régions faisaient son chemin.

    Marseille et la vallée du Rhone étaient les principaux producteurs. Pas la Garonne, ni Bordeaux… Transporter le vin depuis le port du Bordeaux est une hérésie, et la route beaucoup trop cher et pas assez sûre pour une cargaison aussi fragile que des amphores en terre. Donc pas question de prendre l’Océan mais seulement la mer. Et c’est ainsi que le vin gaulois le plus répandu en Italie durant le 1er siècle est du vin issu de Marseille et le second du Rhone.

    Dire que le vin français s’en sortait mieux grâce au gout c’est un peu présomptueux, surtout vu l’époque et le standard des vins. Il semble que l’intérêt vienne du cout de la main d’oeuvre, avec la crise de l’esclavage en Italie. Comme quoi rien a changé.

    Donc l’edit de Domitien est venu pour contenter les marchands de vins de Rome qui voyait en les vins Gaulois une mauvaise concurrence mais surtout du peuple qui trouvait le prix des céréales trop cher.

    Rappelons que l’édit a changé la face de la politique local car les prix des céréales ont baissé en remplaçant les vignes romaines par des céréales, mais n’a que très peu changé le prix du vin car cette édit qui prônait un arrachage vu comme un crime à l’époque (et c’est toujours vrai aujourd’hui) n’a pas été respecté dans les provinces éloignés comme en Gaule. Et le vin Gaulois a continué à affluer.

    Désolé je ne suis pas un spécialiste ni du vin ni de l’histoire, mon truc c’est la politique économique, mais j’espère que ça vous ira quand même.
    A+

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