Quels sont les (vrais !) millésimes du siècle ?

bouteillesCertaines régions viticoles revendiquent presque chaque année avoir produit un grand millésime, voire le millésime “du siècle” ! Au-delà de cette inflation un peu mercantile, il y a tout de même de véritables très grands millésimes, ceux qui intéressent le plus les amateurs, en particulier dans les ventes aux enchères. En voici un rapide aperçu.

 

Au fait, c’est quoi un très grand millésime ? Commençons par rappeler une constatation de bon sens. Si un vigneron peut arriver à produire un vin très moyen avec de superbes raisins, aucun producteur ne pourra élaborer un grand vin avec des raisins moyens… Un grand millésime, c’est donc un millésime dont les conditions générales ont permis d’amener en cuverie des raisins parfaits.

Et un raisin parfait c’est un raisin qui a bénéficié tout au long de sa vie de conditions équilibrées, sans gros à-coups climatiques et sans maladies trop pressantes. La floraison a été homogène (pour éviter des disparités de maturité en bout de cycle), les apports de pluie réguliers au printemps, l’été a été plutôt chaud et ensoleillé mais surtout sans excès, avec quelques pluies de temps en temps pour éviter tout stress hydrique (qui bloque la maturité, la vigne se mettant alors en situation de survie en négligeant son fruit), le fruit mûrissant alors lentement jusqu’aux vendanges, une maturité lente et progressive étant plus “profonde”, allant jusqu’au cœur des pépins. Bien entendu, les vendanges doivent se dérouler dans de bonnes conditions climatiques, sans qu’il ait plu les jours précédents.

Il reste ensuite à faire un bon vin, mais là on ne parle plus de bon millésime mais de bon vigneron et ce serait une autre histoire !

Même si la technologie et une meilleure maîtrise des méthodes culturales et des manipulations en cave permettent de sauver certains millésimes, qui auraient été bien moins acceptables il y a quarante ou cinquante ans, l’histoire du vin retient quelques années exceptionnelles qui sont parfois exceptionnelles pour la quasi totalité du vignoble français (citons 2010 pour prendre un exemple récent) ou qui sont spécifiques à une région en particulier. Essayons de lister ces années d’exception pour trois des plus grandes régions françaises.

 

Les millésimes exceptionnels à Bordeaux

Les méchantes langues – sans doute bourguignonnes ! – prétendent que le cabernet-sauvignon, le cépage emblématique des grands crus de la rive gauche, ne mûrit réellement qu’une fois tous les dix ans… Derrière toute caricature, il a une part de vérité et il est vrai que les seuls vrais grands millésimes bordelais sont ceux où ce cépage atteint une maturité profonde en évitant tout arôme herbacé. En nuançant également un peu les choses pour la rive droite où le merlot est roi et arrive un peu plus facilement à une maturité acceptable. Quelles sont alors les années qui ont laissé une marque indiscutable à Bordeaux, du moins pour les rouges, ultra dominants dans la production ?

 

Avant 1900 

Mentionnons pour mémoire quelques années mythiques, mais vous n’en trouverez pas tous les jours sur le marché (même sur iDealwine) : 1858, 1864, 1865, 1870 et 1875.

 

De 1900 à 1939 

Le siècle commence en fanfare avec un 1900 de légende (et pourtant le marketing qui entourera le futur millésime 2000 n’était pas encore dans les mœurs !). Il faudra attendre ensuite l’exceptionnel duo 1928/1929 pour retrouver des années aussi grandes, 1928 possédant même une longévité sans doute supérieure.

 

De 1940 à 1970

Comme pour fêter la fin des horreurs de la guerre, 1945 est considéré comme un des meilleurs millésimes de tous les temps à Bordeaux, mais peu abondant… Après un 1947 à peine moins illustre, 1949 complète ce trio exceptionnel avec une année d’un équilibre magistral… La grande année suivante sera 1953, d’une élégance et d’un charme rare… 1959 a été qualifié de “millésime du siècle” par une presse qui commençait à entrer dans la mode du sensationnalisme. Mais il est vrai qu’il y avait des raisons pour le faire, mais pas plus que pour les autres grands millésimes du passé… Les années soixante seront pauvres en belles années, à l’exception remarquable de 1961 qui restera comme un des meilleurs millésimes d’après-guerre à Bordeaux.

 

De 1970 à nos jours

Une période qui part très fort avec un 1970 magnifique et abondant, deux caractéristiques rarement compatibles ! La suite est globalement moins brillante (à part un bon 1975) jusqu’au mythique 1982, excellent sans être au-dessus des plus grands, mais qui marque aussi l’arrivée d’un nouveau monde, celui de la critique internationale avec la révélation d’un Robert Parker qui sera un des premiers à dire tout le bien (réel) de ce millésime alors qu’il n’était pas considéré comme excellent par la place bordelaise…

Le duo 1989/1990 fait partie des très rares années consécutives de très haut niveau, 1990 surpassant légèrement 1989.

Les millésimes les plus récents sont bien entendu plus difficiles à juger quand il s’agit d’essayer d’imaginer s’ils resteront dans les mémoires à la hauteur de leurs aînés. Peuvent sans doute être “nominés”, le 2005 et le 2010, probablement plus taillé pour une très longue garde que le 2009. Réponse en 2050…

 

Les Sauternes

Un petit mot quand même sur les sauternes, vins quasi éternels s’il en est, et dont les grands millésimes ne sont pas toujours les mêmes que pour les vins rouges de Bordeaux. Pour les très, très vieux millésimes on peut citer – essentiellement pour mémoire ! – 1847, la star des millésimes pré phylloxériques, mais aussi 1848, 1858, 1864, 1865, 1874, 1875 et 1878. Après 1900, la première très grande année à Sauternes sera 1921, absolument superbe ! Viendront ensuite 1929, 1937 et 1945, décidément un millésime “national” ! Après guerre et jusqu’à aujourd’hui on peut citer : 1947, 1955, 1959, 1975, 1983, 1989, 1990, 1996, 1997, 2001 et probablement 2005.

 

 

Les millésimes exceptionnels en Bourgogne (rouges)

Le pinot noir est un cépage très fin qui retranscrit merveilleusement les subtiles différences des terroirs qui l’accueillent mais également tous les aléas climatiques qui ont accompagné sa vie de raisin. Autant dire que les années peuvent être très marquées dans les grandes appellations bourguignonnes… Sans oublier que les millésimes apparemment parfaits (très chauds et très ensoleillés) ne conviennent pas forcément à sa majesté le pinot qui exige beaucoup de délicatesse du climat pour offrir lui-même de la finesse dans les verres…

 

De 1900 à 1945

Le siècle devra attendre 1911 pour atteindre des sommets qui seront retrouvés quelques années plus tard en 1915. Le 1911 prouve encore aujourd’hui qu’il était d’une remarquable longévité. La Bourgogne réalise ensuite une belle série dans les années vingt avec trois millésimes exceptionnels : 1920, 1923 et 1929. Les 1920 sont encore bons aujourd’hui, les 1923 aussi, mais ils sont très rares, la récolte ayant été exceptionnellement peu abondante… 1929 est probablement le plus beau millésime de la décennie avec une richesse de tannins de très longue garde.

 

De 1945 à nos jours

Les années trente et le début des années quarante (avec pour ces dernières une explication évidente…) n’ont pas fourni de très grands millésimes. Il faudra attendre 1945 (très rares bouteilles) et 1947 pour retrouver l’exception, une année comparable au légendaire 1929.  Nouvelle longue attente avant 1959 et un millésime à la fois riche et abondant, fruit de l’année la plus ensoleillée jamais connue à Dijon. Le retour à l’excellence sera cette fois plus rapide avec un 1961 peu aimable dans sa jeunesse mais qui s’est vite révélé magistralement équilibré et taillé pour une longue garde. On peut noter ensuite 1971 et surtout 1978 qui restera sans doute comme un des plus grands du siècle, sans usurper son qualificatif ! Un millésime qui a toujours été bon et qui sera encore bon dans vingt ou trente ans ! Après de bons 85 et 89, on n’atteindra l’exceptionnel en Bourgogne qu’avec le millésime 1990 d’un équilibre superlatif, à la fois très riche et merveilleusement tendu. Pour les millésimes plus récents, comme pour Bordeaux, difficile d’être encore sûr que certains arriveront au niveau d’un 1978 ou d’un 1929. Ceux qui peuvent l’espérer sont sans doute 2005 et 2010. Mais sans garantie…

 

Les blancs très anciens, même de Bourgogne, sont relativement rares et, à notre avis, réservés à des palais avertis. Pour mémoire notons, avant les années cinquante, les 1921, 1928, 1947 et 1949. Dans la seconde moitié du XXe siècle on peut également citer 1955, 1962 et 1971 (superbes !), 1989, 1990, 1995 et, dans les plus récents, 2002 se détache sans contestation en attendant (peut-être) 2010.

 

Les millésimes exceptionnels dans le Rhône

Même s’il y a parfois d’évidentes disparités entre les vignobles du nord et du sud de la vallée du Rhône, la plupart des millésimes exceptionnels sont communs à des appellations aussi différentes que Côte Rôtie ou Châteauneuf-du-Pape.

 

De 1900 à 1945

Les informations (et les vins encore en circulation) étant bien plus rares que pour la Bourgogne ou le Bordelais, il est plus difficile d’être aussi affirmatif et précis pour le Rhône que pour ces autres régions. Néanmoins, plusieurs millésimes semblent faire l’unanimité : 1911 et 1929, comme en Bourgogne, et, dans une moindre mesure, 1928, 1933, 1934 et 1945.

 

De 1945 à nos jours

On a ici plus d’informations, mais il ne faut pas oublier que certaines appellations, comme Côte Rôtie, étaient moribondes avant de renaître depuis la fin des années soixante. La période commence bien avec une belle série de très beaux millésimes de 1947 à 1950. Il faudra ensuite attendre 1961 et surtout 1978 qui mérite sans doute le niveau d’un véritable “millésime du siècle” ! Belle série un peu plus tard avec 1988, 1989 et surtout 1990, sans doute proche du niveau exceptionnel de 1978. Dans les millésimes plus récents le deux qui pourront peut-être se hisser à ce niveau sont probablement 2005 et 2010.

 

Quelques ouvrages intéressants :

The great vintage book – Michael Broabant

Un siècle de millésimes en Bourgogne – Jacky Rigaux.

 

 

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  • Voir les commentaires (7)

  • Claude C

    2005, 2010, à boire dans vingt ans, alors régalons nous avec tous ces millésimmes mésestimés par ces élites critiques (et criticables !!) .
    1988,1989, 1995,1996,2001,2004,2008 en Bordeaux. 1999, 2002 en Bourgogne et tant d’autres

  • Blue M

    Et voilà, merci, et qu’en est-il des vins du Languedoc ? Les vignobles ont changé, n’y a t-il pas quelques millésimes de garde ?

    • Victor Koulmann

      2011 est très bien taillé pour la garde. Sur des Corbières Boutenac ou Minervois la livinière

  • Guy C

    à mon humble avis de buveur de vieux millesimes , deux oublis majeurs
    1955 en Bordeaux rouge et 1962 en Bourgogne rouge , tous deux exceptionnels

  • Guy C

    par contre , je ne suis pas sûr que 1970 est tenu le temps à Bordeaux

  • Lalande

    Je suis producteur de Barsac, mon père m’a toujours dit que le millésime 1961 est le plus grand du 20 ème siècle car tous les vins d’Europe ont été réussi.
    pour les Barsac -Sauternes je rajouterai à votre liste les millésimes 1961,1979,1982,1991,2009,2010,2011,2013 du moins pour mes vins et ceux de quelques confrères ; et que certains crûs non classés sont souvent supérieurs à certains crûs classés et c’est très souvent le cas pour des millésimes antérieurs à 1989.

  • Lalande

    J’ai oublié le millésime 1970 somptueux en Barsac -Sauternes du moins pour ceux qu’ils ont réussis.

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