Tout savoir sur la Côte Chalonnaise – Partie 2

Givry Cote Chalonnaise

Au sein d’un première article consacré aux mystères de la Côte Chalonnaise nous avions détaillé les appellations Rully, berceau du crémant, et Bouzeron, royaume de l’aligoté. Descendons maintenant au sud et explorons Mercurey, Givry et Montagny. Un vaste programme nous attend.

Mercurey

S’étendant sur plus de 640 hectares, le vignoble de Mercurey est le plus important en termes de surface viticole en Côte Chalonnaise. Produisant presque 90% de vins rouges issus du pinot noir et seulement 10% de blancs avec du chardonnay, le village de Mercurey doit sa renommée à ses rouges puissants, corsés, et destinés à la très longue garde.

Sise entre Rully au nord, Fontaines à l’est et Saint-Martin-Sous-Montaigu au sud, la commune de Mercurey a connu des remembrements successifs au cours de la seconde moitié du 20ème siècle, agrandissant considérablement la taille de son vignoble.

Dans sa partie historique, Mercurey offre un formidable amphithéâtre de vignobles où se côtoient les parcelles de grande qualité du finage. En son centre, une zone de beaux premiers crus regarde le sud. Ils sont situés au pied d’un bois qui leur permet de mûrir idéalement en limitant les variations de température. La parcelle de premier cru la plus à l’ouest est les Croichots qui donne des blancs d’une grande longueur, ciselés, au toucher de bouche crayeux particulièrement élégant et appréciable à table. Dans son prolongement vers l’est se trouve les Champs Martin, complanté en pinot et en chardonnay, qui livre, chez les meilleurs, des mercureys charpentés, capables d’affronter la garde et livrant de fines notes de venaison en rouge tandis que les blancs offrent des arômes plus exotiques, avec une bouche pleine et équilibrée. Goûtez-les chez Bruno Lorenzon, vigneron haut en couleur et exigeant de l’appellation qui sait tirer le meilleur de ses parcelles et offre une lecture claire et précise des différents terroirs de Mercurey. Un véritable cours de dégustation du finage de Mercurey. Enfin, dans le prolongement des Champs Martins se trouve le Clos des Barraults, incarnation des grands blancs de la commune. Très bouqueté, il offre d’innombrables variations aromatiques autour des fruits exotiques et un côté crayeux, proche de la roche, extrêmement appréciable. Aussi long que large en bouche son équilibre est fort appréciable et offre à ce grand blanc de la commune, une richesse d’expression peu habituelle.

Sur la commune de Mercurey les rouges du Champs l’Evêque forment un formidable 1er cru, aux notes animales et de roses fanées dont la garde lui donnent une élégance rare dans la commune. Nous ne pouvons que recommander celui du domaine de Belleville dont le récent rachat par un investisseur Canadien n’a fait que confirmer et affiner la qualité du domaine.

Au sud-est, sur la commune de Saint-Martin-Sous-Montaigus, se trouvent quelques très beaux finages. Evoquons d’abord La Mission, monopole du célébrissime domaine de Chamirey qui a la carrure des très grands blancs de la Côte d’Or…. A prix toujours doux. Les sols argilo-calcaires mêlés à de nombreuses marnes blanches offrent un équilibre et une sensation de plénitude magistrale. Le domaine de Chamirey est de ceux qui réussissent le mieux à concilier la puissance naturelle du finage de Mercurey à l’élégance florale et à la finesse gustative du Pinot.

Si le finage de Mercurey a encore l’image de vins durs, peu avenants, aux tannins rugueux, il faut bien avouer que cela peut correspondre à une certaine réalité. En effet, suite aux agrandissements successifs de la commune accordés par le législateur certains vins ont obtenu l’appellation Mercurey mais leur expression différait beaucoup. A cet, effet il convient d’être vigilant dans leur sélection. Toutefois, la puissance de Mercurey peut, chez les plus grands domaines, se combiner à une élégance rare qui saura donner, à l’image des nuits-saint-georges, des vins de longue garde s’exprimant au bout de quelques décennies en cave sur des notes d’épices, de venaison, de sous-bois à nul égal sur la côte. Avec les années, les mercureys perdent de leur rusticité et se révèlent d’excellents compagnons autour du gibier. Un grand vin à petit prix à mettre en cave pour les anniversaires 😉.

Pour sortir des sentiers battus nous pouvons vous conseiller le domaine du Clos Moreau, à Saint-Martin-Sous-Montaigu, dirigé par l’excellent Pascal Massenot dont les mercureys, épurés et accessibles financièrement séduiront les amateurs de pinots délicats. En outre, l’accueil y est excellent et il n’est pas rare de goûter de vieux- voire de très vieux millésimes- en sa compagnie.

Partons au sud, direction Givry,

 

Givry

C’est le bourg le plus peuplé de la Côte-Chalonnaise : près de 4.000 âmes y vivent. Située entre les communes de Saint-Désert au sud, Jambes au sud-ouest, Mellecey au nord-ouest et Dracy-le-Fort au nord. Le vignoble de Givry s’étend sur les communes de Jambles et de Dracy-le-Fort et sa notoriété dans l’histoire. D’abord, fort appréciée par la cour papale d’Avignon, une grande porte au milieu de Givry nous rappelle qu’elle fût admirée par le roi Henri IV puisque nous pouvons lire, sur son frontispice : « vin préféré du roi Henri IV ». En réalité, cette légende sans fondement historique a été fondée par Courtépée, en 1770, historien de la Bourgogne viticole. C’est aussi à cette époque et par le même auteur que Givry était considéré comme le Volnay de la Côte Chalonnaise. Très rapidement, cette cité médiévale, parsemée de châteaux, s’est faite la place forte du vin chalonnais, en accueillant des négociants tels Millard qui firent construire d’importantes caves.

Si le poids de l’histoire a aidé Givry à s’inscrire dans la légende bourguignonne viticole, il ne faut minimiser ni l’importance du matériel végétal qui a su rester de belle qualité, ni l’importance d’un certain nombre de producteurs qui ont su œuvrer à sa renommée comme François Lumpp, le domaine Joblot, le Clos Salomon, Sarazin, Ragot, et l’ancien domaine du Clos Marceaux.

Les vins de Givry délivrent peut-être les expressions les plus fruitées et équilibrées et de toute la Côte Chalonnaise. En bouche, certains secteurs sont marqués par un toucher de bouche d’un soyeux inégalable ici, et, pour cause, le sous-sol ressemblerait fortement à celui de Chambolle-Musigny, expliquant peut-être cette finesse.

Sur la commune de Dracy-Le-Fort se situe certainement le meilleur cru de tout Givry, le Clos Jus, qui se caractérise par des terres rouges chargées en oxyde de fer qui donnent un vin dense, complet, avec une élégance et une finesse d’expression rappelant les plus beaux terroirs de la Côte d’Or. On doit en partie son renouveau à l’excellent domaine François Lumpp qui livre, année après année, des vins capables d’affronter le temps et de délivrer un plaisir difficilement égalable à table. Ses vins d’une très grande qualité sont parmi les plus recherchés de la commune. Cet excellent climat est aussi produit par le moins médiatique domaine Ragot, qui offre ici une superbe cuvée confidentielle à un tarif très acceptable. Chez iDealwine ce domaine et cette cuvée font partie de nos incontournables et sont entrés dans la cave de certains d’entre nous.

Sur Jambles, au sud-est, on trouve le cru Creusot, qui donne des chardonnays souvent plus pleins, aux accents exotiques. La maturité optimale convient très bien à ce cru capable de délivrer avec élégance une légère sucrosité. Goûtez-le chez Christophe Drain, vinificateur adroit de blanc sur la commune de Jambles : à des prix imbattables vous aurez des vins garantissant un superbe plaisir. Du côté du Hameau de Rusilly, sur la commune de Givry et derrière le bois se trouve le confidentiel cru les Galaffres, souvent planté en chardonnay, qui livre un vin droit, fin et élancé, aux surprenants accents mentholés et à la longueur intéressante. Ce même domaine en livre un exemplaire abouti, dans un registre cristallin.

A mi-côteaux, sur Givry, une langue de terre- partant du Cellier aux Moines et allant jusqu’au Clos Salomon- forme la languette la plus aboutie et qualitative de Givry. Les vins y sont d’un soyeux sans égal, exhalant des notes de fruits rouges intenses. Tandis que le Cellier aux Moines de l’excellent domaine Joblot livre un vin compact dense, aux tannins nombreux mais élégants, le Clos du Cellier aux Moines du domaine éponyme joue dans un registre plus fin et élégant, conservant une texture soyeuse, tout en préservant le sérieux propre au climat. Au sud, Petit Marole et Grand Marole, complantés de pinot noir et chardonnay, révèlent d’excellents vins, accessibles jeunes mais aussi taillés pour la longue garde. Continuons notre descente et atteignons Les Bois Chevaux, qui livre, chez Joblot, des vins de garde charnus et denses, issus de nombreuses vieilles vignes. Clôturons enfin cette superbe série de crus par le Clos Salomon, monopole de plus de 7 hectares détenus par la famille Du Gardin depuis 1632. Ce clos très pentu vers le haut, à la terre calcaire, procure des vins denses et élégants, que le domaine décline sur des arômes de cerise.

Enfin, pour conclure cette belle balade dans Givry, citons son climat central : A Vigne Rouge. Climat partagé depuis le millésime 2012 entre le domaine François Lumpp et l’excellent mais confidentiel domaine des Moirots à Bissey-Sous-Cruchaud. Il est très intéressant de pouvoir comparer la production de ce givry par ces deux domaines de haut-niveau. Alors que le domaine des Moirots tenu par Christophe Denizot livre un vin soyeux, porté par une belle acidité minérale et des arômes de pains d’épices (épices amenant ce vin à être placé aisément du côté de Chambolle-Musigny à l’aveugle), le domaine François Lumpp livre un vin avec une matière plus présente, un supplément de finesse et de précision dans les arômes et toujours ce bouquet de Côte de Nuits entêtant qui placent ce climat parmi les plus grands de l’appellation.

Si nous ne pouvons que vous conseiller les domaines Joblot et Ragot qui font partie des plus grands de l’appellation, le domaine de la Ferté, détenu par la famille Devillard, produit, dans la droite ligne des vins de la famille des cuvées d’une grande élégance et d’une très belle accessibilité.

Achevons maintenant notre balade en descendant encore plus au sud pour y découvrir le terroir de Montagny.

Montagny

Montagny fait figure d’exception dans l’histoire viticole récente de la Bourgogne. Son appellation est née au milieu des années 1930 de la coalition de vignerons qui ont créé une coopérative : la cave de Buxy. La cave gère désormais près de 60% de l’AOC Montagny, c’est dire son importance. Cette organisation sociale de la production n’est guère présente en Bourgogne sinon du côté des Haute-Côtes et de la cave Nuiton-Beaunoy. Ensuite, étendue sur 4 communes : Saint-Vallerin, Jully-Lès-Buxy, Buxy et Montagny, l’AOC Montagny décline plusieurs types de chardonnay. Alors que les vins du côté de Buxy sont marqués par le calcaire Kimméridgien (sol chablisien) et évoquent, dans leur tension, les vins du Nord de Chablis. L’AOC située au centre de Montagny, sur les Coères dont le domaine Aladame livre un superbe vin tendu, sagement élevé et à la fraîcheur sagement contrebalancée par une grande tension rappelant plus les vins de la Côte de Beaune.

Enfin, tout au Sud, du côté de Saint-Vallerin, la parcelle Le Cloux, détenu par le Clos Salomon livre un vin plein, aux arômes citronnés, avec une chair pulpeuse mais finement acidulée en bouche. Superbe à l’apéritif par fortes chaleurs 😉

L’excellent domaine Berthenet livre aussi sur Montagny un excellent saint-morille, rappelant largement les voisins du nord de Chablis, tendus, marqués par de légères notes d’hydrocarbure.

Mais, sur Buxy demeure une exception à Montagny : l’excellent climat Le Vieux Château, produit par le domaine des Moirots et Laurent Cognard. Ici, il livre un des vins les plus aboutis de la Côte Chalonnaise : on y retrouve pêle-mêle, au domaine des Moirots, une très belle floralité, des accents de maturité fournis par le miel, de la fraîcheur apportée par un-je-ne-sais-quoi rocailleux, et en bouche, une attaque d’une grande élégance et d’une rondeur, qu’un milieu de bouche tendu et frais prolonge jusque dans une finale désaltérante qui a peu d’égal dans la commune.

Si le style des vins de Montagny est proche du chablisien par endroit, cela peut être expliqué par le sous-sol kimméridgien mais aussi par des élevages majoritairement sous cuve béton ou inox, qui apportent fraîcheur et tension.

On ne saurait que trop vous conseiller les excellents domaines Berthenet, Aladame ainsi que le confidentiel domaine des Moirots, produisant, pour le premier dans un style Chablisien, le second Beaunois, et le troisième dans le registre de l’élégance, d’excellents Montagny.

Nous achevons ici notre périple en Côte Chalonnaise. Si vous avez manqué la première partie de ce guide, n’hésitez pas à consulter l’article Tout savoir sur la Côte Chalonnaise – Partie 1.

Retrouvez les vins de Givry, Montagny et Mercurey en vente sur iDealwine.

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