Marché aux vins d’Ampuis : syrah, viognier et petits pépés

 Ampuis

S’il y a bien un salon viticole historique et traditionnel, c’est indiscutablement celui d’Ampuis, dont c’était cette année la… 86e édition ! Une occasion unique de faire le tour des producteurs de Côte Rôtie et de Condrieu dans une ambiance unique…

Ampuis, c’est un petit village sans prétention ni charme particulier, tout proche des berges du Rhône, un peu au sud de Lyon, presqu’en face de Vienne. Un village qui serait sans doute resté dans l’anonymat s’il n’avait pas été situé au pied de coteaux qui figurent parmi les plus célèbres de France, ceux de l’appellation Côte Rôtie. Par la force des choses, Ampuis est donc devenu une sorte de capitale de la Côte Rôtie, célèbre dans le monde entier, du moins dans le monde des amateurs de grands vins et plus particulièrement du cépage syrah.

Chaque année, Ampuis accueille un salon des vins où l’on peut rencontrer une très belle palette de vignerons locaux (et de maisons de négoce), une bonne soixantaine au total et, à déguster, plus de 400 vins des appellations Côte Rôtie, Condrieu, Saint-Joseph, Cornas, Hermitage, Saint-Péray et Croze-Hermitage. A déguster et à acheter ce qui fait de ce salon un rendez-vous particulièrement prisé des amateurs comme des professionnels.

Le marché aux vins d’Ampuis, c’est avant tout une ambiance unique chaque année vers la mi-janvier. Du vendredi au lundi, dans la salle dite “polyvalente”, au centre du village, se presse (au sens propre) une foule extraordinairement bigarrée et haute en couleurs. Une sorte de melting pot improbable où se mêlent ruraux locaux déguisés en ruraux locaux (chemises à carreaux, casquettes en laine, bleus de travail, joues rouges), bourgeois lyonnais venus faire leurs emplettes (velours côtelé, Visa Platinium, Audi A6) et professionnels du vin (mines affairées, air entendu, complicité affichée avec les vignerons). Une foule compacte, bruyante, gaie, avec une large majorité de millésimes mûrs, et qu’il faut fendre en permanence, verre en avant tel une épée, pour accéder aux stands et obtenir sa micro dose de syrah ou de viognier…

Plus sérieusement, au bout d’une journée studieuse, et en évitant d’aller passer trois heures pour déjeuner dans un des bons bistrots du village comme ne manquent pas de le faire de nombreux visiteurs, on arrive à faire le tour d’une bonne partie des vins présentés et se faire une idée des millésimes présentés et de l’évolution éventuelle du style des vins. Pour notre part nous nous sommes concentrés sur les rouges, et essentiellement sur ceux de la Côte Rôtie, les vedettes du jour.

Pour les millésimes, les vins présentés se partageaient entre 2011 et 2012 avec de rares 2013 pris sur fût et quelques millésimes plus anciens dans quelques domaines ou négoces.

Comme un peu partout en France, 2011 paraît ici un millésime “entre deux”, facile à aborder, relativement dense, mais manquant un peu de niaque, d’énergie. 2012 est clairement assez léger, agréable, bien fruité, plus “vibrant”, facile et délicieux à boire, mais, à de rares exceptions près, les amateurs de syrahs denses et très vineuses ne seront pas à la fête. Les quelques 2013 dégustés, avec toutes les réserves d’usage quand il s’agit de vins loin d’être finis, semblent sensiblement plus denses que les 2012 avec un beau potentiel. On en reparlera l’an prochain !

Petit tour d’horizon de quelques domaines :

– Stéphane Othéguy : on est sur 2012, donc pas de grosse cavalerie (de toute façon ce n’est pas le style du bonhomme), des syrah fines et délicates, sans boisé, très digestes, mais avec une belle concentration dans la cuvée Les Massales (vieilles vignes de serine de cinquante ans). Des prix raisonnables pour la qualité.

– Villard : rien à reprocher aux rouges mais pas de véritable émotion. Bien faits mais un peu linéaires peut-être ?

– Stéphan : le générique 2012 est plein et dense, velouté, très digeste, joli fruit, facile. La cuvée Tupin 2011 offre une belle densité de matière, des tannins très soyeux, c’est délicat, ça n’en met pas plein la vue mais d’une belle élégance. La cuvée Vieilles Vignes 2011 est toujours dans ce même style délicat, fin, en dentelle, presque « bourguignon », avec une finale offrant une belle longueur florale. Les prix, par contre, n’ont aucune tendresse…

– Jasmin : assurément le bon rapport plaisir/prix sur 2011 !

– Gérin : Champin 2011 est gourmand et épicé et Vallière est plus dense mais reste un vin facile à aborder, sans aucune austérité, très ouvert

– Bernard Faurie : les deux rouges d’Hermitage sont superbes (beaucoup moins les saint-joseph). Ce ne sont pas des vins faciles à aborder, un peu sévères, mais ils vieillissent tellement bien ! Et en plus les prix sont « raisonnables »

– Clusel-Roch : mention bien pour la CR Les Grands Places 2011 mais le prix n’est pas donné…

– Guigal : boisé toujours un peu marqué (mais les vins sont encore très jeunes…). Les CR 2010 (Côte Brune et Blonde et surtout Château d’Ampuis) sont sensiblement au-dessus des 2009 dont le boisé est un peu saturant. Château d’Ampuis offre vraiment un très beau jus !

– Fayolle Fils et Filles : un très beau Crozes-Hermitage “Clos des Cornirets” 2012 avec une belle profondeur pour un millésime généralement « en dentelle »

– Domaine du Tunnel : un vrai style, des vins (2012) concentrés mais pas sur extraits, puissants sans être fatigants, que ce soit le Saint-Joseph, le Cornas ou le Cornas Vin Noir particulièrement intéressant avec une finale « granitique », vraiment minérale.

– P. et C. Bonnefond : bel ensemble plutôt sur la rondeur mais sans excès, des vins faciles à aborder, mais une vraie marche pour Les Rochains 2011, profond, salivant, là aussi on a une sensation de sol typé, très granit.

– Ogier : une belle série qui est faite pour plaire au plus grand nombre… Un petit côté “techno” tout de même, des vins presque trop bien élaborés, avec application mais un manque de spontanéité, de personnalité

– Coursodon : des vins assez “modernes” puissants et plutôt marqués par le bois, mais qui devraient s’affiner avec quelques années de repos

– Vidal-Fleury : pas la grande émotion, un côté vieux style, un peu désuet, mais un certain charme. Des vins pas saturants, pas fatigants, la cuvée La Chatillonne 2010 est vraiment intéressante, à la fois dense et délicate et bien placé en termes de prix

– Duclaux : en 2011, la cuvée La Germine est dans un style un peu “light” pour l’appellation, plutôt bon et agréable, mais manquant légèrement de profondeur. Par contre le Maison Rouge est d’un très haut niveau, dense, soyeux, matière tonique, bel équilibre et longueur. Très beau.

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