La réglementation européenne des vins bio : un vrai progrès ?

Une nouvelle réglementation européenne sur le vin bio s’appliquera en août prochain. Pour obtenir le label bio européen, il faudra désormais justifier non seulement de raisins bio, mais aussi d’une vinification respectant ce nouveau règlement. Une avancée qui ne convainc pas tout le monde…

Comme chacun sait, jusqu’à présent on ne pouvait pas parler de “vin bio” mais de “vin issu de raisins répondant aux normes de l’agriculture biologique”. Autrement dit, après avoir produit des raisins bio, on pouvait utiliser toutes les poudres de perlimpinpin du monde dans son chai ! C’est pourquoi les experts du comité permanent de l’agriculture biologique de l’Union européenne ont longuement discuté entre eux pour aboutir en février dernier à une réglementation incluant les pratiques œnologiques qui devront dorénavant suivre un cahier des charges précis. Celui-ci interdit certaines substances, limite l’utilisation d’autres… et en autorise encore beaucoup d’autres.

Comme pour toute les décisions communautaires, il s’agit bien entendu d’un consensus (diront les plus positifs) ou d’un compromis (ajouteront les autres) entre des pays aux types de vins ou aux exigences qualitatives très variées. Les pratiques œnologiques sont forcément très différentes entre des vignobles aussi opposés climatiquement que, par exemple, les coteaux du Rhin en Allemagne et ceux de l’île de Santorin en Grèce !

Certains observateurs, même s’ils reconnaissent que ce texte a le mérite de fixer un cadre minimum, ont tout de même la sensation que la montagne a accouché d’une souris. Et ils citent aussitôt le nombre incroyable de produits d’esprit pas vraiment bio qui continuent à être autorisés dans cette nouvelle réglementation. Citons-en quelques-uns pour l’exemple :

  • le phosphate diammonique et le chlorhydrate de thiamine pour favoriser le développement des levures
  • le charbon activé pour décolorer le vin
  • la gélatine alimentaire, la colle de poisson, l’ovalbumine, la caséine, le caséinate de potassium, le dioxyde de silicium, la bentonite, les enzymes pectolytiques, l’alginate de potassium, et le sulfate de calcium pour le clarifier
  • des tanins pour l’enrichir
  • l’acide lactique et l’acide tartrique pour l’acidifier
  • l’acide ascorbique et l’acide citrique, l’acide métatartrique, la gomme d’acacia (gomme arabique), le bitartrate de potassium, pour le stabiliser
  • des copeaux de chêne pour enrichir le goût et la couleur

Bien entendu ces différents ingrédients devront provenir de matières premières d’origine biologique… mais seulement « si elles sont disponibles »…

En outre la nouvelle réglementation autorise des techniques discutables comme le chauffage des moûts (jusqu’à 70°) ou l’osmose inverse.

Reste le cas du soufre pour lequel, si les doses autorisées dans la réglementation bio sont revues à la baisse, elles restent très élevées, bien plus en tout cas que celles des organismes certificateurs bio comme Nature et Progrès ou Demeter.

Bref, on reste très loin de l’exigence des “vrais” vignerons bio qui, du coup, perdront de la “visibilité” dans l’esprit du consommateur moyen. C’est toute la limite d’une réglementation qui vise bien plus le vin “industriel” que le vin artisanal. Le vrai problème c’est que sous l’étiquette “vin bio” on trouvera désormais des vins “un peu bio” et des vins “très bio”. Aux consommateurs avertis, comme ceux d’iDealwine, de savoir faire la différence !

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