A suivre à la loupe : ces appellations qui montent

Il y a dans le vignoble français bon nombre d’appellations emblématiques aux noms qui font rêver, mais malheureusement de plus en plus inaccessibles financièrement… Heureusement, à côté de ces icônes, plusieurs appellations connaissent depuis quelques années une progression parfois spectaculaire. Des noms qui vont devenir prioritaires pour tous les amateurs “pointus”.

Il y a plus de vingt ans, alors que les prix des grands bordeaux comme leurs homologues de Bourgogne ou du Rhône n’avaient pas encore atteint les sommets d’aujourd’hui, l’amateur “malin” commençait à faire ses emplettes dans des régions encore un peu sous-cotées, voire méprisées, comme le Languedoc, le Roussillon ou la vallée de la Loire. Et il était tout fier de faire déguster à l’aveugle un Mas Jullien, une Muntada du domaine Gauby, une Grange des Pères ou une cuvée de Peyre Rose et de recueillir les louanges de ses amis goûtant ces vins pour la première fois. Ces domaines, aujourd’hui devenus des icônes, en étaient alors à leurs débuts. Dans la Loire, au début des années 1990, le Clos Rougeard n’était encore connu que d’une poignée de fans, les Roches Neuves de Thierry Germain existait à peine, Philippe Alliet faisait également ses débuts. Mais quel plaisir pour l’amateur d’être un des premiers à faire découvrir les qualités de ces domaines avant que toute la presse ou le milieu du vin en parlent.

Aujourd’hui, avec l’accélération de l’information (même si elle est plus ou moins fiable…) avec la multiplication des blogs, il devient de plus en plus difficile de “découvrir” un domaine inconnu. Nous n’avons en tout cas pas cette prétention ; cet article souhaite simplement vous indiquer quelques régions ou appellations où il existe à notre avis des vins de plus en plus intéressants à des prix en général raisonnables et des régions qui “bougent”, où la concurrence ou l’émulation va probablement tirer l’ensemble vers le haut.

Cahors

Les vins du sud-ouest en général ont une image un peu confuse dans l’esprit des amateurs, de vins un peu rustiques destinés à une cuisine roborative. La faute en revient sans doute à certains vignerons, parfois installés dans leurs habitudes, mais aussi à une disparité incroyable des appellations et des cépages dans cette région, ce qui est à la fois un atout (des vins avec des personnalités très différentes) et une limite (on a du mal à s’y retrouver parmi la dizaine d’appellations parfois très petites qui se touchent souvent en quelques kilomètres). Parmi celles-ci, Cahors est sans doute aujourd’hui la plus dynamique et la plus susceptible d’intéresser l’amateur en quête de vins bien faits, à forte personnalité et d’un abord financièrement raisonnable. Pendant longtemps cette appellation a un peu végété faute d’un nombre significatif de vignerons talentueux (comme Jean-Luc Baldès au Clos Triguedina), et sans doute aussi un peu “plombée” par l’image grande distribution du cahors “Carte Noire”, un vin médiocre produit par la grosse coopérative locale. Comme toujours dans l’histoire d’une appellation qui “bouge”, il y a d’abord les pionniers, les premiers à se lancer dans la production d’un vin de qualité. À Cahors il s’agit essentiellement du Château du Cèdre des frères Verhaeghe et du domaine Cosse-Maisonneuve qui ont sorti le vin local de son image de rusticité. Et comme toujours, ils ont suscité des vocations ou créé une émulation qui commence à porter aujourd’hui ses fruits avec l’arrivée de plusieurs domaines ou celle d’une nouvelle génération à la tête de propriétés familiales : le plus connu est sans doute Fabien Jouve au Mas del Périé dont la gamme des cuvées est vraiment remarquable, mais on peut compter aussi sur le Clos Troteligotte, le Château Les Croisilles, le Château Combel La Serre (Jean-Pierre Ilbert) et Jeremy Illouz (Parlange et Illouz). L’occasion de découvrir des vins aux tannins civilisés et qui, pour certaines cuvées, vont pouvoir vieillir avec profit une bonne dizaine ou quinzaines d’années. Ne manquez pas le renouveau à Cahors !

Le Jura

Cette région et ses appellations majeures (Arbois, Côtes du Jura et Château-Chalon) est longtemps restée enfermée dans sa tradition marquée essentiellement par la production de vin oxydatif de type vin jaune. Un vin particulier qui avait et a toujours ses fans, mais dont le caractère exclusif le confine à un marché de niche. Et puis, depuis une vingtaine d’années, sous l’impulsion d’une nouvelle génération, le plus souvent en culture bio, plusieurs vignerons ont souhaité sortir de ce style en proposant des vins de savagnin non oxydatifs, de jolis chardonnays bousculant leurs homologues bourguignons, ainsi que des rouges friands et pleins de personnalité à base de cépages autochtones comme le poulsard ou le trousseau. En quelques années, ces domaines se sont multipliés et l’amateur a aujourd’hui un choix nourri pour mettre en cave des vins allant de la gourmandise immédiate a de grandes cuvées de garde et, bien entendu, des vins oxydatifs “immortels” comme les grands jaunes de Château-Chalon.

Les premiers domaines à avoir émergé sont, dans un premier temps, celui de Stéphane Tissot suivi au début des années 2000 par Jean-François Ganevat. Ces deux locomotives ont entraîné ensuite tout une nouvelle génération comme, par exemple, les domaines Labet, Pignier, de La Tournelle, Buronfosse et, plus récemment encore, les domaines Les Bottes Rouges (Jean-Baptiste Ménigoz), La Borde (Julien Mareschal), Ratapoil (Raphaël Monnier) ou celui des Cavarodes (Étienne Thiébaud). Autre signe de montée en puissance du Jura, l’arrivée de gros investisseurs comme les bourguignons du domaine du Marquis d’Angerville qui a créé le domaine du Pélican en reprenant plusieurs petits domaines autour d’Arbois et qui vinifie également depuis un peu plus d’un an une majorité des parcelles d’un domaine historique du Jura, celui de Jacques Puffeney. L’autre investisseur est le très gros groupe bourguignon Boisset qui a pris récemment le contrôle d’une des plus importantes maisons historiques du Jura, Henri Maire.

Le Muscadet

S’il y en a qui sourient au fond de la classe lorsqu’on évoque le muscadet comme région d’avenir, nous leur conseillons de goûter les meilleures cuvées de producteurs déjà bien connus comme Jo Landron, le domaine de l’Écu ou le domaine Luneau-Papin ou celles de vignerons “montants” comme Vincent Caillé (Le Fay d’Homme) ou Jérôme Bretaudeau (domaine de Bellevue). On a là des vins denses et pleins, très très loin des muscadets à l’acidité agressive qui ont été trop longtemps l’image de marque de la région, et des vins qui surprendront tout le monde par leur aptitude au vieillissement au cours duquel les meilleurs d’entre eux prennent parfois de faux airs de meursaults. Cette région du muscadet, si elle “se bouge” au travers de vignerons de talent, évolue également en travaillant sur ses terroirs qu’elle met de plus en plus en avant en les hiérarchisant clairement (en créant des crus comme Gorges, Clisson ou Monnières Saint-Fiacre) et en édictant des règles plus sévères pour mieux les mettre en valeur. Le tout à des prix restés vraiment très sages pour une qualité qui ne cesse de monter dans les meilleurs domaines. Là non plus, ne manquez pas le train muscadet !

Les “satellites bordelais”

À Bordeaux, sans doute encore plus qu’ailleurs, la notoriété des grandes appellations de la rive droite et de la rive gauche met sous l’éteignoir les noms d’appellations au pedigree plus modeste, mais qui font le bonheur des amateurs sachant « fouiner ». Soumises à la concurrence des vins d’autres régions comme la Loire, le Rhône sud et le Languedoc ou le Roussillon, ces appellations “satellites” de Bordeaux ont dû faire des efforts qualitatifs et faire progresser le profil de leurs vins en les rendant plus aimables dans leur jeunesse. Le but ? Répondre aux attendes des consommateurs qui avaient tendance à délaisser le bordeaux au profit d’autres régions “montantes”. Dans ces appellations moins médiatisées de Bordeaux, ce sont sans doute Côtes de Castillon, Fronsac et Canon-Fronsac qui ont le mieux réagi, avec peut-être une petite avance pour la première citée. C’est à Castillon (appellation qui touche Saint-Émilion) que l’on trouve par exemple le Clos Puy-Arnaud, un des domaines favoris d’iDealwine, le Domaine de l’A, propriété personnelle de Stéphane Derenoncourt ou le Château d’Ampélia (même propriétaire et style que Grand Corbin-Despagne). Des vins charnus et gourmands qui damnent le pion à l’image du bordeaux austère trop souvent encore présente dans la mémoire des amateurs. Plus à l’ouest, mais toujours sur de très beaux terroirs (ceci expliquant sans doute en partie cela…) plusieurs domaines ont hissé les appellations Fronsac et Canon-Fronsac à un niveau vraiment intéressant pour l’amateur qui recherche de beaux vins de garde à des prix raisonnables. À Fronsac, le Château de Carles et en particulier sa grande cuvée Haut-Carles est ainsi un vrai grand vin de Bordeaux. Dans la même appellation, ne pas oublier le Château Fontenil, propriété personnelle de Michel Rolland, ou le Château Les Trois-Croix. À Canon-Fronsac, privilégier le Château Moulin Pey-Labrie, le Château Vrai Canon Bouché ou le Château Canon-Pécresse. Dans l’ensemble, des vins peut-être plus sérieux et moins gourmands qu’à Castillon, mais un bel esprit bordelais à la portée de tous les amateurs dans des appellations qui ont bien progressé ces dernières années et dont les progrès devraient se poursuivre tant ce profil de vins est dans l’air du temps en termes de style et de rapport plaisir/prix.

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A lire également dans le blog d’iDealwine :

La percée des vins du Jura

Languedoc : notre guide des vins

Conseils d’achat : quelle appellation choisir selon le style de vin que j’aime ?

Mieux comprendre les vins blancs allemands

Sud-Ouest : des vins à (re)découvrir !

Ces « petites » appellations qui ont la cote

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