Champagne | Larmandier-Bernier, un échange privilégié avec Sophie Larmandier

Champagne Larmandier-Bernier iDeawline

Vendredi dernier, nous avons fini la semaine en beauté le temps d’un entretien téléphonique privilégié avec Sophie Larmandier. Un échange passionnant au cours duquel nous l’entendions sourire et s’animer en évoquant son travail au domaine qu’elle gère de concert avec son mari Pierre depuis 1990.

En 2017, notre ancien stagiaire Pierre Renauld (qui a maintenant fondé son bar à vins 228 Litres en partenariat avec iDealwine) avait eu l’occasion de visiter cette maison champenoise et de vous faire le récit de son voyage en terre de Vertus. Aimant particulièrement ses champagnes, l’équipe iDealwine a souhaité en savoir plus sur le fonctionnement de cette figure bio du vignoble champenois.

Pouvez-vous nous parler de votre maison et des rôles que chacun occupe ?

Le domaine est une entreprise familiale, je travaille donc avec mon mari et mon fils. La culture biologique que nous avons adoptée est assez risquée, nous partageons donc beaucoup de tâches et prenons les décisions ensemble. C’est assez sympa car nous faisons le vin comme nous l’aimons, sans nous sentir obligés de plaire à tout le monde.

Donc, depuis peu, votre fils vous assiste au domaine ?

Tout à fait. Il a d’abord débuté, comme nous, par des études de commerce avant de revenir aux sources. Depuis deux ans il apprend la gestion de cette entreprise, des vignes et de la cave. La transmission définitive n’est pas pour aujourd’hui. Pierre et moi n’avons qu’une cinquantaine d’années… nous pouvons encore travailler !!

Vous nous parlez du bio. Quelles ont été vos motivations pour changer de méthodes de culture ?

J’ai toujours été répugnée par les champenois qui abreuvent leurs vignes de produits chimiques. Je ne voulais donc pas épouser un vigneron. Mais, j’ai rencontré Pierre, nous nous sommes mariés et, ensemble nous avons décidé de soigner son vignoble familial. Des visites de domaines bourguignons comme ceux de Leflaive et de Pierre Morey ont été un déclic. En 2003, nous avons obtenu la certification bio. Entre temps, et depuis 1999, nous avons commencé la biodynamie et des fermentations avec les levures indigènes. En somme, la décennie 90 nous a permis de retrouver les éléments essentiels de la vigne. Je dois dire que cette philosophie demande du temps et de l’investissement, mais elle est gratifiante et rend le métier tellement plus agréable !

Justement, pouvez-vous me décrire vos méthodes de culture ?

Cela va de soi, le sol est très important. Pierre, mon fils et moi souhaitons retrouver son équilibre afin d’avoir des plantes elles-mêmes équilibrées dont les fruits peuvent aller au bout de leur maturité. Cela fait des générations que la vigne est là. Elle a besoin de diversité, et notamment de champignons, pour se nourrir et se régénérer. Nous misons donc sur un bon compost.

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Vos vinifications se démarquent-elles de vos voisins ?

Tout à fait car nous récoltons et vinifions séparément chaque terroir. Nous portons une attention particulière aux levures indigènes qui symbolisent un terroir. Elles apportent une énergie à notre chardonnay qui doit avoir le caractère de sa terre et de son millésime originels. Dans cet esprit, nous intervenons peu, et nous ajoutons peu de sulfite aux vins que nous ne filtrons pas. Vous savez, la nature créée elle-même un équilibre que nous perdrions si nous filtrions.

Concernant le dosage (étape ô combien importante dans la vinification du champagne !), nous n’ajoutons quasiment rien. Ainsi, notre « Terre de Vertus » n’est pas dosé et dévoile un profil très salin, voire iodé. Les autres sont dosés entre 3 et 4g. Ce qui est très peu car nous ne souhaitons pas changer le goût final de notre vin.

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En parlant de goût, comment définiriez-vous vos vins ? En quoi expriment-ils le terroir dont ils proviennent ?

Nous avons la chance d’avoir de beaux terroirs et nous aimons les vins purs et énergiques. Ceux-ci expriment donc la belle maturité de nos raisins ainsi que la minéralité du sol crayeux où ils ont été cultivés. Afin d’apporter de la structure et du goût à la fraîcheur de notre vin, nous effectuons un élevage légèrement oxydatif dans des fûts qui ne marquent pas. En bref, nous recherchons de la complexité sans alourdir les vins.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?

Nous essayons régulièrement différentes choses. L’équilibre des sols est notre préoccupation n°1, nous améliorons donc notre compost. Nous comptons aussi sortir de nouvelles cuvées. Quant à notre fils, il s’essaie à des macérations et à des élevages en amphore. Nous verrons ce que cela donnera avant de juger s’il faut commercialiser ces vins ou non.

Depuis vos débuts, y a-t-il un millésime que vous avez particulièrement apprécié ? Si oui, pourquoi ? 

2002. Je me souviens de la météo que nous avons eu lors des vendanges. Le vent du nord soufflait, asséchant le raisin, gardant son acidité et concentrant ses sucres. Il est rare d’avoir de telles conditions. Les vins produits cette année-là sont particulièrement équilibrés et complexes, riches sans être lourds. Bref, ce fut un beau millésime.

Avez-vous des conseils de garde à nous prodiguer ?

Nos trois grands terroirs Vertus, Cramant et Avize sont taillés pour la garde. Ainsi, nous ne commercialisons Cramant qu’après 10 de vieillissement prolongé au domaine, mais il gagne à vieillir plus longuement. De leur côté, Longitude et Latitude sont des assemblages que vous pouvez savourez dès aujourd’hui et jusqu’à leurs 10 ans.

Sachez que le chardonnay cultivé sur la craie vieillit merveilleusement. A Vertus, il se décline dans un registre épicé et poivré étonnant, tandis qu’à Cramant il se livre avec richesse et opulence en déployant des notes miellées, voire de cacao et de café selon les millésimes.

Ces descriptions chatouillent nos papilles, avez-vous des conseils gastronomiques à nous suggérer ?

J’aime l’apéritif. Ce beau moment de partage où le champagne à toute sa place et que j’aime marier avec un comté et un parmesan longuement affinés dont les cristaux de sel relèveront le fruit du vin… !

Nous remercions chaleureusement Sophie Larmandier pour le temps précieux qu’elle nous a consacré. Il nous tarde de goûter prochainement ses vins et de vous en donner un avis de dégustation au sein d’une vidéo. Si par bonheur, ce récit vous a convaincus, vous pourrez retrouver les champagnes Larmandier-Bernier en vente sur iDealwine 😉

  • Voir les commentaires (1)

  • Philippe PETIT

    c’est toujours un grand moment de déboucher une bouteilles de Larmandier-Bernier !
    On oublie trop souvent que le champagne est un vin et Larmandier Bernier sublime le vin
    Quel bonheur … dommage que je ne puissse m’en offrir plus souvent ….

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