Michel Bettane, Kyriakos Kynigopoulos : impressions croisées sur le millésime 2010 en Bourgogne

Michel Bettane et Kyriakos Kynigopoulos
Michel Bettane (© Guy Charneau) et Kyriakos Kynigopoulos

 

 

Grand par la qualité, petit par le volume, le millésime 2010 continue sur la lancée de l’excellent 2009, mais dans un tout autre registre. Explications et impressions de dégustation avec Michel Bettane et Kyriakos Kynigopoulos, tous deux grands connaisseurs des terroirs bourguignons.*

 

 

 

Michel Bettane et Kyriakos Kynigopoulos ont dégusté il y a quelque mois une grande série de bourgognes 2010, l’occasion pour nous de recueillir à cette époque leurs impressions sur ce millésime dont les grandes cuvées n’avaient pas encore, à l’époque, été ensuite mises en bouteille. Retour sur leurs impressions.

 

Le retour de l’esprit bourguignon

Premier enseignement : 2010 est un très grand millésime, aussi bien en blanc qu’en rouge. Sauvé in extremis par sa petite récolte (moitié moins de volume qu’une année normale), il affiche des textures très serrées, beaucoup d’extrait sec, des acidités bien présentes qui maintiendront sa fraîcheur et sa jeunesse. La faible charge des raisins et leur très bonne concentration ont même permis d’obtenir des maturités plus raffinées que dans certaines années exceptionnelles. Michel Bettane le rapproche volontiers du 1978 qui, au vieillissement, est devenu l’un des plus grands millésimes et l’un des plus représentatifs de ses terroirs. Ce millésime très tardif, où l’on avait vendangé quasiment en novembre a donné une petite récolte, tout comme celle de 2010. Il a développé par la suite un parfum et une élégance extraordinaires ; 2010 s’en distingue seulement par un peu plus de matière et de concentration.

 

Kyriakos Kynigopoulos

Le millésime s’efface derrière le terroir

De toute évidence, 2010 est un millésime où l’expression de chaque terroir ressort, où chaque vin livre son origine. Et c’est là le deuxième enseignement. Le terroir l’emporte sur le millésime. C’est pourquoi Kyriakos Kynigopoulos le considère à ce stade comme un millésime de grands connaisseurs, comparé au 2009, d’un abord plus consensuel et se goûtant très bien quel que soit le moment. Aujourd’hui, les 2010 sont encore sur la réserve, mais ils en gardent sous le pied… !

Dans l’ensemble, blancs comme rouges affichent une concentration énorme, en raison des petits rendements ; les producteurs qui étaient ordinairement autour de 35hl/ha sont tombés à 28 hl/ha. Cette petite récolte n’est pas due à des maladies, il n’y a pas non plus eu de tris sévères comme en 2011où l’on a écarté jusqu’à 20% des raisins parfois. Le printemps a été relativement maussade et la récolte, malgré le soleil, a été peu généreuse.

Le comparant à 2005, Kyriakos ajoute : « On a la structure du 2005 mais pas la classe ». Ce à quoi Michel répond malicieusement « il est vrai qu’en 2005, on a eu le raisin le plus parfait qui soit de ces vingt dernières années. Mais le canon de beauté parfait n’est pas forcément le plus émouvant ! »

Et en effet il y a de l’émotion et de la sensibilité dans ce 2010. Avec une meilleure acidité dans l’ensemble que les 2009, on y trouve de l’énergie, de la finesse, une grande pureté, mais aussi des matières mûres, du fruit, des tanins bien ourlés.

 

Côte de Nuits et Côte de Beaune à égalité

Autre enseignement de ce millésime fastueux : la qualité équivalente en Côte d’Or, bien qu’il y ait une variété de styles entre les vins, et c’est heureux. Mais il n’y a pas véritablement de grande différence entre les deux côtes comme à l’ordinaire. Seuls ceux qui recherchaient des vins puissants sont allés à contre-courant du millésime, où la finesse et la fraîcheur l’emportent. Par exemple, Clos Vougeot, Chambolle, Vosne-Romanée, tous ces grands terroirs ont parfaitement réussi leur millésime. Les blancs de la Côte Chalonnaise sont concentrés, avec cette fois-ci une belle acidité qui leur augure une bonne garde.

Sur le secteur de Chassagne, la concentration est une fois encore au rendez-vous ; ces vins se profilent magnifiquement, et vieilliront très bien. Les expressions aromatiques sont aussi très bien en place. Puligny a connu la même réussite, voire plus grande encore, quant aux meursaults, il faudra attendre encore un peu qu’ils se fassent car pour le moment ils sont encore sur la réserve, un rien austères, mais terriblement prometteurs.

Chablis par ailleurs réalise une très très belle année, avec des vins qui, selon Michel Bettane, sont les meilleurs de ces vingt dernières années.

 

Nature et progrès

Michel Bettane
© Guy Charneau

Si 2005 fut un millésime fait par la nature, à peu de chose près, où il suffisait de mettre les raisins en cuve, les années suivantes ont montré que la patte du vigneron pouvait faire ou défaire un millésime. Après 2006 et 2007, de bonnes années sans plus, 2008 a fait un peu mieux, puis 2009 est arrivé, couronnant une décennie d’efforts. Durant toutes les années 2000, on peut dire que le travail des vignerons a payé. Les techniques de vinification, le bâtonnage, le pressurage surtout ont fait de larges progrès, allant de pair avec la modernisation des chais. Les tendances oxydatives du passé sont un mauvais souvenir, désormais les débourbages bien conduits conjugués aux vinifications en raisins entiers ou avec le moins de manipulations possibles des raisins permettent de tendre vers plus de pureté.

 

Seul bémol sur ce millésime excellent, selon Michel Bettane, les erreurs d’appréciation ça et là, dans les prises de bois. « Les arêtes sont parfois plus vives dans ces 2010, avec un bois qui sèche davantage. Car certains bois qui convenaient en 2009 ne vont plus du tout pour les 2010. Certains se sont laissé piéger. En raison de l’élégance et de la finesse de caractère des jus et des moûts, les prises de bois étaient très sensibles. Mais je reconnais que c’était difficile à maîtriser, par conséquent, certains bois peuvent à ce stade un peu trop marquer par leur élevage. Peut-être cela va-t-il s’estomper, comme le prédisent les producteurs concernés, l’avenir nous le dira ». Autre risque pour 2010 : la date de vendanges. « Il ne fallait pas récolter trop tôt » poursuit Michel Bettane « certains blancs, sur Chassagne notamment, ont été récoltés trop tôt, donnant des matières un peu neutres ».

 

Les riches heures de la Bourgogne

Rappelons que, à l’époque de cette dégustation, les mises en bouteilles n’étaient pas encore terminées. Michel Bettane préconise de se montrer encore un peu patient, mais il prédit quand même que ce 2010, à la garde, devrait dépasser le 2009.

Toujours est-il que les acheteurs, étrangers notamment, ne s’y sont pas trompés : les réservations vont bon train et il sera difficile d’avoir des bouteilles. « La Bourgogne vit de beaux moments, comme dans les années 90 » se réjouit Kyriakos. « Tout se vend, les commandes vont bon train, on n’arrête pas ». Du côté des acheteurs, il va falloir d’une part, accepter d’être rationné, d’autre part, se préparer à payer plus cher ! Car avec une telle réussite et de petits volumes, les prix ne vont certainement pas se tasser.

 

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* Michel Bettane est coauteur avec Thierry Desseauve du Grand Guide des Vins de France. Expert mondialement reconnu, il est un des plus grands connaisseurs de la Bourgogne.

Kyriakos Kynigopoulos est oenologue conseil, directeur du Laboratoire d’oenologie Burgundia, www.burgundia.fr. Il accompagne de nombreuses propriétés en Bourgogne et à l’étranger.

 

 

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