Marché britannique du vin : questions autour du Brexit

Le Royaume-Uni a toujours joué un rôle majeur dans les importations mondiales de vin. En effet, le vin représente un tiers de l’alcool, en volume, consommé au Royaume-Uni. Le vin français s’y exporte depuis bien longtemps. Au XIIème siècle Bordeaux était britannique et grâce aux chemins maritimes, de nombreuses barriques s’exportaient vers l’Angleterre. Les Britanniques ont toujours apprécié les grands vins, surtout lorsqu’ils sont français. Mais le Brexit pourrait bien venir troubler ce plaisir historique.

L’impact du Brexit sur le commerce du vin

D’un point de vue macro-économique, le Brexit réduit le revenu réel britannique en dévaluant la livre sterling. Dans le cadre de la vente  des primeurs 2016, les acheteurs britanniques ont subi une hausse mécanique de 10 à 15% des prix, liée à la dévaluation de la livre. Dans une étude publiée par UK Trade Policy Observatory, University of Sussex, au mois de mai dernier, Kym Anderson and Glyn Wittwer ont imaginé l’un des pires – et malheureusement des plus probables – scénarios pour 2025. Ce dernier met en avant un Royaume-Uni qui appliquerait aux membres de l’UE les droits de douane externes à l’UE, sans avoir négocié d’accord de libre-échange avec d’autres pays du monde. Ainsi, le prix du vin serait dans ce cas 22% plus élevé qu’il ne l’aurait été sans le Brexit. Avec, pour conséquence une consommation qui s’affaisserait de 28% en volume. Par ailleurs, d’autres activités, comme l’embouteillage, le transport, l’entreposage, la grande et la petite distribution de vin, les restaurants et les pubs, devraient également être touchés par la diminution de la vente de vin au Royaume-Uni. iDealwine est évidemment concerné, les Britanniques représentant environ 4% des ventes totales d’iDealwine et 14% de nos exportations. Il va sans dire que le Brexit aura des conséquences plus importantes sur le marché du vin domestique que sur les marchés mondiaux du vin, même si on doit leur porter une attention toute particulière. Sur la période 2010-2015, le marché britannique comptait pour près de 14% des importations mondiales de vin, en valeur, tandis qu’avec le Brexit, il n’en représentera plus que 10%. En considérant les principaux pays exportateurs de vin, on remarque que l’Australie exporte pour 43% de son volume au Royaume-Uni et que la Nouvelle-Zélande pour 31% de sa valeur. Près de 15% des exportations de vins français se dirigent vers le Royaume-Uni, ce qui représente 19% de la production du vin français en valeur.

Par ailleurs, les accords de libre-échange avec le Chili et l’Afrique du Sud ne tiendront plus pour le Royaume-Uni. En 2025, les importations globales de vin devraient diminuer de 240 millions de litres, car la hausse des importations de vin des autres pays (192 millions de litres) ne compensera pas la réduction des importations britanniques (432 millions de litres). Les grands crus seront plus touchés que les effervescents et les plus modestes.

La plupart des vins vendus sur le site d’iDealwine au Royaume-Uni sont des grands crus et souvent de vieux millésimes. Le Brexit influence, bien évidemment, la croissance rapide de notre site internet dans le pays, mais malgré un marché tendu, les ventes d’iDealwine au Royaume-Uni continuent de croître par rapport aux années précédentes. Le prix moyen d’une bouteille vendue là-bas est de 120€, un prix supérieur à la bouteille vendue en France (80€). En effet les clients britanniques d’iDealwine sont principalement des négociants ou des collectionneurs particuliers, à la recherche des bouteilles rares ou de millésimes anciens.

La dévaluation de la livre bénéficie toutefois à certains acteurs : les producteurs anglais de vin devraient voir leurs exportations progresser de 5% grâce au Brexit. Le marché domestique, pour autant, ne devrait pas croître. Et ce au grand désespoir du Wine and Spirit Trade Association, qui aurait aimé voir les consommateurs britanniques se tourner vers les produits locaux. En effet, le rapport mentionné précédemment dans cet article souligne une tendance à la baisse généralisée dans la consommation de vins et d’alcool au Royaume-Uni.

Par ailleurs, la taxation de l’alcool, déjà moins avantageuse au Royaume-Uni qu’en France, continuerait de s’alourdir. En effet, pour le moment, un consommateur britannique doit débourser environ 2,46€ de taxes pour une bouteille de vin, alors qu’un consommateur français n’en paye que 0,03€. Cette tendance devrait s’amplifier avec l’inflation, d’après le Chancelier de l’Échiquier, Philip Hammond.

Une bonne nouvelle pour les vendeurs particuliers britanniques

En considérant la dévaluation de la livre par rapport à l’euro et le dollar, il pourrait être intéressant, dans le sillage de l’augmentation des exportations de vin anglais, de considérer la revente des vins de particuliers en euro. Une fois les vins vendus sur le site d’iDealwine (en euro), la conversion vers la livre joue en faveur des Britanniques, car elle est financièrement plus intéressante que s’ils avaient simplement vendu leurs vins en livres sur place. Pour le moment, les vins proposés sur le site ont à 95% une provenance française. De notre bureau londonien, Arthur de Lencquesaing, responsable du développement international reçoit un nombre croissant de demandes de collectionneurs britanniques cherchant à revendre leur cave via iDealwine. Les vendeurs sont en effet séduits par la position de leader d’iDealwine sur le marché de la vente aux enchères en ligne, via sa plateforme qui attire des acheteurs de plus de 50 pays. Les récents succès de la vente de caves d’Anglais laissent entrevoir des perspectives prometteuses. Le Royaume-Uni pourrait alors devenir un fournisseur important de collections de vins d’ici quelques années.

Un nouveau monde pour le vin après le Brexit

Le déclin de la consommation britannique de vin pourrait avoir un effet domino sur le commerce du vin dans le reste du monde. En effet, certains pays habituellement largement consommateurs de vins australiens, argentins ou néo-zélandais, constateraient une inondation de leur  marché par des vins européens, chiliens et sud-africains. Ces derniers ne trouvant plus les débouchés nécessaires sur le marché britannique. Du fait de cette saturation, les pays européens verront leurs exportations de vin diminuer de 151 millions de litres (soit 1.2 milliards de dollars) d’ici 2025. De même, le reste du monde exportera 90 millions de litres de vin (soit 630 millions de dollars) de moins qu’actuellement.

Si on imagine un scénario moins catastrophique, le Royaume-Uni pourrait trouver des accords de libre-échange avec des pays du Commonwealth (Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud) ou d’autres (Etats-Unis, Amérique Latine : Argentine, Chili) afin de faciliter les échanges, pour le plus grand bonheur des Britanniques, qui adorent de tels vins. En effet, le Parti Conservateur avait dans son programme pour les élections générales de 2017, prévu de négocier des accords commerciaux avec d’autres pays dans le monde, ce qui pourrait faciliter leur entrée sur le territoire de la perfide Albion, aux dépens des vins français et européens.

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