La saga des cépages – Episode 2 – Les cépages bordelais (2ème partie)

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Deuxième épisode de notre saga consacrée à l’histoire, la généalogie et les caractéristiques principales des cépages. Aujourd’hui nous terminons les cépages historiques du bordelais avec le petit verdot et le sémillon et deux cépages qui ont presque disparu du vignoble : le malbec (ou le cot) et le carmenère.  

 

Comment identifie-t-on les cépages ?

Il existe trois techniques qu’utilisent les spécialistes pour déterminer l’origine et la parenté d’un cépage.

  • L’étymologie. Comprendre le nom d’un cépage c’est également comprendre son histoire, retrouver la langue qui a donné cette dénomination etc. Cette méthode est peu fiable puisqu’il est rare d’avoir des écrits précis sur le sujet et pour chaque nom plusieurs possibilités se dessinent. Cette approche est donc surtout utilisée pour faire des conjectures vérifiables ensuite par des analyses plus scientifiques
  • L’étude de la plante. En étudiant l’ampélographie, la forme du pied, la taille de ses feuilles, ses baies, leur date de maturité etc., on peut étudier les différentes espèces et les rapprocher, voire les regrouper en famille.
  • Les analyses ADN. Ces dernières sont souvent très compliquées et onéreuses à mettre en place et reposent sur des conjectures. De plus, les analyses ADN peuvent prouver que deux cépages sont très proches génétiquement mais peinent à prouver les liens de parenté. C’est-à-dire que deux cépages de familles différentes peuvent être très proches génétiquement par le jeu des croisements (il existe des milliers de cépages et pas loin de 1400 sont encore cultivés aujourd’hui).

Il est donc très compliqué d’établir de manière certaines la parenté de certains cépages très anciens, comme vous le constaterez ci-dessous et de grands débats persistent malgré les moyens techniques à notre disposition aujourd’hui.

 

La famille des carmenets

La famille des carmenets, dont l’arbre « généalogique » ci-dessus raconte une brève histoire, comprend les cépages suivants : arrouya, arrufiac, cabernet sauvignon, carmenère, castets, fer, gros cabernet, gros verdot, lercat, merlot, merlot blanc, hondarribi beltza, pardotte, petit verdot  (voir précisions dans « histoire »).

Ces cépages possèdent des caractéristiques ampélographique communes et proviennent tous du sud-ouest de la France et du nord-ouest de l’Espagne. Ces cépages ont probablement voyagé avec les pélerins de Saint-Jacques de Compostelle. Il se trouve par exemple que la superposition du cépage « fer » ou « fer servadou » avec le chemin de Compostelle est tout à fait étonnante.

Comme le petit verdot, le carménère et le malbec sont des cépages à maturité relativement tardive. Ils ont donc besoin de beaucoup de chaleur pour atteindre leur maturité. Ceci nous amène donc à penser qu’avec le réchauffement progressif de la planète, ces cépages pourraient être cultivés à nouveau en France alors qu’ils avaient progressivement disparu.

 

Le cot (ou malbec)

MalbecHistoire : Le cot tient probablement son nom de la région dont il est originaire, Cahors et possède pas loin d’une vingtaine de noms différents selon les régions (cos, cau, cor, cors, nuar de Pressac, pied de perdrix, prunelat …) . Le nom malbec proviendrait de Malbeck, nom de la première personne l’ayant cultivé à Saint-Eulalie-d’Ambarès qui le propagea à travers tout le Médoc. Il a été récemment établi qu’il est le résultat d’un croisement entre la magdeleine noire des Charentes et le cabernet franc, prouvant ainsi sa naissance quelque part entre le Tarn et la Charente (donc près de Cahors). Comme vous l’aurez compris après le premier épisode. Le malbec est donc le demi-frère du merlot car ils possèdent un parent en commun, la magdeleine noire des Charentes.

Géographie : Plus réputé pour les vins argentins que pour ceux de Cahors, le malbec a pris une importance considérable dans les nouveaux pays producteurs de vin en en perdant de plus en plus en France. De 5000  hectares de malbec plantés en France à la fin des années 1960 il n’en reste aujourd’hui que 934 (en 2011). Vous le trouverez également en Australie, Bulgarie, Chili, Croatie, Etats-Unis et en Roumanie.

Arômes : Le malbec dans les vins de Cahors (min 70%) donne un vin très sombre, presque noir avec des arômes de fruits noirs, de réglisse, de végétaux nobles. Souvent réputés comme corsés, ce sont des vins avec des tanins puissants, équilibrés par une vivacité et un fruité bien présent.

Les vins argentins auront un aspect plus chaud, porté sur des fruits rouges et noirs en confiture, tout en conservant un côté réglissé, fumé, toasté liés à la présence de bois au cours de l’élevage. Ces vins sont consommables jeunes mais les tanins gagneront à s’adoucir quelque peu avec le temps.

Le carmenère :

Carmenere-Wine-GrapesHistoire : Le carmenère est un cépage historique de Bordeaux où il était autrefois très courant. Très proche du merlot (dont il est le demi-frère), l’on pensait que ce cépage avait presque entièrement disparu suite au phylloxera. C’était sans compter sur des recherches qui ont permis de prouver qu’une partie du vignoble chilien de merlot était en réalité…. du carmenère ! Fils du cabernet franc et du gros cabernet, le carmenère a donné son nom a toute la lignée de cousins/cousines dont nous vous avons fait part depuis l’épisode 1 et descendant tous du cabernet franc.

Géographie : Le carmenère est donc essentiellement présent au Chili, un peu en Italie et de manière très anecdotique en France. Certains domaines tentent de le réintroduire à Bordeaux et en produisent des cuvées très confidentielles et expérimentales souvent non commercialisées (comme Brane-Cantenac par exemple).

Arômes : Le carménère a beaucoup de caractéristiques aromatiques communes avec les vins décrits précédemment : il produit des vins très foncés, marqués par un fruit prononcé, des arômes de réglisse et de menthol agrémentés de notes herbacées parfois puissantes sur des vins jeunes.

En assemblage de style bordelais (avec du cabernet sauvignon, merlot, petit verdot etc.) il contribue à rendre le vin plus dense, plus structuré et permet d’allonger ainsi le potentiel de garde.

Petit verdot

Petit-Verdot-Round-Elk-Vyd-090711Histoire : l’histoire du petit verdot est controversée. Etant génétiquement très proche de la famille des carmenets, il a généralement été rangé dans cette catégorie, notamment par les études références en la matière de Levadoux (1948, 1956) et Bisson (1999, 2009). Des études d’ADN récentes suggèrent qu’il pourrait en être autrement. Il y aurait donc une autre famille (sans nom pour l’instant) comprenant le gros verdot, le petit verdot faux et le petit verdot, tous probablement originaires des Pyrénées. Cette thèse est tout à fait possible mais pour l’instant nous nous contenterons de la classification « historique ». Le petit verdot est un cépage très ancien puisque c’est de lui que provient le nom « vitis vinifera ». C’est un cépage avec une maturité extrêmement tardive d’où le nom « vert » car il est très rarement vraiment mûr. Les domaines ayant des terroirs propres à son mûrissement (orientation, sol, âge des vignes) s’en servent dans leurs assemblages, souvent avec beaucoup de succès.

Géographie : on le trouve à Bordeaux, mais comme l’indique son nom, le petit verdot se débrouille bien mieux dans des climats chauds. Il sera donc également présent en Afrique du Sud, Etats Unis, Australie, Argentine, Chili et Italie.

Arômes : en assemblage ultra minoritaire il est souvent appelé « la touche de poivre » des vins de Bordeaux. Il produit un vin sombre, au nez complexe orienté sur les fruits noirs (cassis, mûre), la réglisse, et bien entendu sur cette célèbre note poivrée. Les vins issus de ce cépage conservent une belle fraicheur, y compris dans les climats chauds.

Le sémillon

SemillonHistoire : Tout comme le petit verdot, les origines du sémillon sont encore floues. La théorie la plus probable avance que le sémillon est originaire de Saint-Émillion dont la prononciation locale était « semeljun ».  Cependant des études ADN récentes montrent que le sauvignon et le sémillon sont génétiquement très proches même si ces mêmes études récusent une relation de parenté directe.  Une autre théorie stipule que le merwah, un cépage libanais très proche du sémillon, en serait l’ancêtre. Cependant les proximités génétiques entre le sauvignon et le sémillon semblent récuser cette théorie puisqu’il n’y a jamais eu de sauvignon au Liban. Le merwah pourrait donc tout à fait être un clone local du sémillon, ce qui reste à prouver.

Géographie : le sémillon est principalement le cépage de la Gironde et du Sud-Ouest de manière plus large due à sa forte sensibilité au botrytis et s’impose comme le cépage majoritaire dans l’assemblage des vins liquoreux. Il contribue également à produire de grands vins secs australiens et pourra être trouvé dans de nombreux pays comme la Nouvelle-Zélande, la Roumanie, l’Italie, la Croatie, l’Afrique du Sud et l’Argentine.

Arômes : dans les vins blancs secs le sémillon déploie un beau bouquet aromatique de fruits jaunes bien mûrs, de miel, de fruits secs et de beurre dans lesquels se fondent parfaitement les arômes de l’élevage sous bois (vanille, arômes toastés). En assemblage il est souvent associé au sauvignon et contribue à rendre le vin plus puissant, moins austère et amène de la complexité pour les vins blancs de garde.

Dans les vins liquoreux, le sémillon s’impose avec des arômes de fruits confits comme l’abricot, l’ananas, la mangue, les fruits jaunes, le coing, ainsi que des arômes rôtis (entre champignon et miel). Avec le temps, les vins peuvent développer un bouquet très complexe porté sur les épices douces, pain d’épice, fruits secs, miel, champignon…

Nous espérons que ce deuxième épisode aura répondu à toutes vos questions et vous aura amenés à vous en poser de nouvelles ! Dès la semaine prochaine, cap sur la Loire !

 

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  • Voir les commentaires (2)

  • Pironet

    (La) Carmenère n’est-il pas féminin?

    • iDealwine

      Bonjour, c’est une excellente question et il semble que la réponse soit incertaine. Nous avons pu lire « le » dans de nombreux ouvrages (dont le Larousse) et parfois « la » comme dans le livre « Le goût des cépages » de David Cobbold par exemple. Puisque cela varie d’un ouvrage à l’autre il semble que les deux soient tout à fait acceptés et corrects.

      La rédaction

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