Les effets positifs d’une consommation modérée de vin sur la santé

Vin et santé
Le verre de vin – Jan Vermeer, approximativement entre 1658 et 1662 (Gemäldegalerie de Berlin)

Début février la Cité du vin organisait une conférence passionnante sur les effets du vin sur la santé, où intervenaient des médecins spécialisés sur les maladies cardio-vasculaires et cérébrales. Une intervention tout en subtilité et pleine de bon sens, invitant à une consommation modérée de vin dans le cadre d’un régime alimentaire de type méditerranéen.

La Cité du Vin a la bonne idée d’organiser un cycle de conférences intitulées Les Vendanges du Savoir, qui se tiennent chaque premier mardi du mois à 18h30. La dernière avait pour objet de faire le point sur les avancées médicales en matière de consommation de vin. Et elles sont nombreuses ! Le 7 février se réunissait donc autour de la table Cécilia Samieri – docteur en épidémiologie et chercheuse à l’Inserm Bordeaux spécialisée sur les facteurs environnementaux (en particulier le régime alimentaire) qui influencent les maladies du cerveau et du vieillissement -, Jean-François Dartigues, médecin neurologiste de l’Institut des maladies neurodégénératives au CHU de Bordeaux et professeur de santé publique à l’université de Bordeaux- et Jean-Marc Orgogozo, professeur de neurologie à l’université de Bordeaux. Ces trois éminents intervenants ont dressé le bilan des recherches portant sur l’effet du vin sur la santé chez les individus âgés de 65 ans et plus.

Pour débuter avec un point historique sur l’histoire du vin en Europe, Jean-Marc Orgogozo rappelle que la découverte et la fabrication des boissons alcooliques par l’homme remonte à 9-10 000 ans et que le vin lui-même aurait était découvert en Iran il y a 7 400 ans, avant d’être transmis à la Grèce puis aux romains et aux étrusques. Les Gaulois quant à eux, auraient commencé à en produire eux-mêmes il y a environ 3 000 ans. Jean-Marc Orgogozo évoque également la relation entre la diminution du risque de maladies cardio-vasculaires et cérébrales, en évoquant le fameux paradoxe français, découvert en 1991 par Serge Renaud. De ce dernier découlèrent des recommandations publiques, suggérant une consommation de 2 à 3 verres de vin par jour en prévention de l’athérosclérose (perte d’élasticité des artères due à la sclérose). Retour de balancier à partir des années 2000, notamment en réaction aux phénomènes de consommation massive d’alcool chez les jeunes – l’affreux « Binge drinking » – qui posent de sérieux problèmes de santé publique. Le chercheur conclut en affirmant que les effets de l’alcool sont certes néfastes jusqu’à 35 ans… mais qu’ensuite la courbe s’inverse. Enfin, une bonne nouvelle concernant notre avancée en âge.

Le vin comme élément central de la culture et du mode de vie de nos sociétés

Si l’existence d’une culture française fait actuellement débat, le lien entre vin et culture, lui, est bien établi ! Le neurologiste Jean-François Dartigues ouvre son propos sur une note artistique, avec une analyse du tableau Le verre de vin de Vermeer, qui représente une jeune femme buvant un verre de vin, tandis qu’un homme cherche le moyen de lui en servir un autre. Par la fenêtre arrive la lumière et sur celle-ci on peut voir une allégorie de la tempérance, le verre de vin unique correspondant ainsi à un idéal pour Vermeer. Un seul verre de vin pour préserver sobriété, vertu… et santé ? Ce tableau résume l’un des thèmes de cette conférence.

A l’image de cette célèbre scène de genre appartenant au patrimoine hollandais et européen, le professeur poursuit par une affirmation pleine de bon sens : la relation entre vin et santé ne peut être étudiée uniquement pour elle-même, elle doit au contraire se replacer dans le contexte particulier de ce que représente le vin dans notre société et notre culture. S’appuyant sur une étude de Vin & Société (2014), il rappelle qu’en France le vin est perçu comme un élément essentiel du repas, car doté d’une dimension de plaisir et de convivialité. Et pour le chercheur, cette qualité seule est déjà suffisante, du moment que le vin n’est pas toxique : si le vin n’est pas mauvais pour la santé et qu’il apporte plaisir et convivialité à ses consommateurs, il ne serait à la limite pas nécessaire de lui chercher des qualités supplémentaires (notamment des effets positifs sur la santé). Une idée à laquelle – soit dit en passant -, on adhère totalement chez iDealwine ;).

Une réduction du risque de maladies cardio-vasculaires et cérébrales

Jean-François Dartigues cite ensuite les résultats d’une étude de grande envergure menée sur plus de 30 ans et sur un échantillon de 4 000 personnes portant sur le vieillissement fonctionnel et cérébral. Cette étude qui débuta en 1988-1989 concernait des personnes vivant en Aquitaine. Celles-ci recevaient à leur domicile des enquêteurs dont le but était de traquer les comportements pouvant être cause de mortalité. La consommation de vin était l’un des éléments étudiés et les résultats devraient faire bondir de joie les lecteurs du Blog iDealwine : les chercheurs ont en effet établi une relation entre la consommation de vin et les performances intellectuelles (au début de l’étude). Les sujets consommant entre 1 et 4 verres de vin par jour enregistraient de meilleures performances que ceux qui ne buvaient pas du tout de vin et également que ceux qui en buvaient plus de 4 verres. Tenez-vous bien : cette étude avait conclu que consommer 1 à 2 verres par jour diminuait de 50% le risque de développer une maladie d’Alzheimer dans les 3 ans après la mesure de la consommation. Restez calmes, tout de même : avant de dégainer le tire-bouchon, notez bien que le chercheur rappelle qu’il s’agit d’une corrélation, et que l’effet protecteur en tant que tel n’a pas été démontré.

L’étude se poursuit aujourd’hui avec les personnes de cet échantillon toujours en vie. Menée par des chercheurs bordelais, elle a été validée par un chercheur américain venu à Bordeaux pour vérifier tous les résultats. C’est ensuite qu’elle fut publiée dans les revues scientifiques. Aujourd’hui, avec 30 ans de recul sur l’étude menée en Aquitaine à partir de 1988, les chercheurs confirment leurs résultats, mais montrent que sur le long terme, la corrélation entre la diminution du risque de développer un Alzheimer et la consommation modérée de vin diminue : la baisse de ce risque passe de 50% (sur trois ans) à 15% (sur 30 ans), ce qui assez logique sur le long terme et avec l’augmentation de l’âge, et d’autant plus que la consommation de vin a également tendance à baisser lorsque l’âge des individus est très avancé. De plus, si la consommation de vin est bien corrélée à la diminution du risque de développer un Alzheimer, elle ne semble cependant pas avoir d’effet sur la mortalité globale.

Tranquillisants ou vin ? Le vieux débat

Haro sur les tranquillisants ! Jean-François Dartigues fait référence à une dernière étude, menée cette fois-ci par les pharmacologues et démontrant que le facteur protecteur n°1 contre la consommation de tranquillisants (la prise de benzodiazépine, des anxiolytiques) est une consommation légère ou modérée de vin. Cette étude suggérait donc que la consommation légère ou modérée de vin avait des vertus contre le stress et l’anxiété équivalente à la prise de benzodiazépine.

Ne vous emballez quand même pas trop : Jean-François Dartigues confirme qu’on ne peut pas répondre aveuglément OUI à la question de savoir si le vin est bon pour la santé, car si une relation positive existe bel et bien, il demeure impossible de prouver qu’il s’agit d’une relation causale et non d’une relation s’expliquant par d’autres facteurs. Mais tout de même, il affirme que le vin n’est pas mauvais pour la santé cérébrale des sujets âgés d’au moins 65 ans – toujours dans le cadre d’une consommation modérée – il invite donc les amateurs de vin à en profiter pour ses effets sur le plaisir et la convivialité. Alors vieillir, oui, mais un verre à la main : nous, on trouve ça consolant, pas vous ?

Vive le régime de type méditerranéen !

C’est ensuite au tour de Cécilia Samieri de parler … régime. Après avoir rappelé l’importance des maladies d’Alzheimer, Parkinson et des AVC et surtout le rôle primordial de la prévention pour lutter contre ces maladies, ce médecin-chercheur aborde le sujet du vin dans le cadre global de la diète méditerranéenne. Elle avance ainsi qu’une alimentation saine et équilibrée de type méditerranéen, qui peut comprendre une consommation très modérée de vin, peut aider à éviter ou retarder les maladies du vieillissement cérébral.Vin-et-santé

Pour appuyer son propos, Cécilia Samieri se fonde sur de nombreuses études dont celle du physiologiste américain Ancel Keys. Menée au cours des années 1950-1960 dans pas moins de sept pays (Grèce, Finlande, Pays-Bas, États-Unis, Yougoslavie, Japon, Italie) elle vise à préciser la relation entre maladies coronaires (maladie cardiaque) et alimentation. L’étude établit une corrélation statistique entre le régime alimentaire et notamment la consommation de graisses saturées et les maladies cardiaques. C’est dans les pays méditerranéens, là où la consommation de graisses saturées est la plus faible, que l’incidence des maladies coronaires est la moins élevée. De nombreuses études ont également démontré par la suite le rôle positif du régime méditerranéen sur la santé. Vous savez bien sûr que cette fameuse diète méditerranéenne implique la consommation de végétaux (fruits et légumes), de légumineuses, d’huile d’olive et de poisson, associés à un apport modéré de viandes, de produits laitiers et de vin au cours du repas. Ce type d’alimentation privilégie les « bonnes » graisses, celles du poisson et de l’huile d’olive, en limitant la consommation de viande et de produits laitiers. Elle apporte également ce qu’il faut de vitamine D contenue dans les poissons gras (type saumon), de vitamine B grâce aux légumes à feuilles, ainsi que de micronutriments antioxydants comme la vitamine C présente dans les agrumes. Viennent s’y ajouter la vitamine E, présente dans les huiles végétales ou les fruits à coques, les caroténoïdes qui se trouvent dans fruits et légumes jaunes et rouges, et enfin les polyphénols présents dans le vin et dans de nombreux fruits et légumes. Les différentes méta-analyses existant sur le sujet prouvent les effets favorables du régime méditerranéen sur la santé, avec un risque plus faible de maladies (mortalité et maladies cardio-vasculaires). Cécilia Samieri cite également une autre étude menée durant cinq ans sur des milliers de sujets à risque de maladies cardio-vasculaires, prouvant une diminution de 30% de ces risques chez les personnes ayant suivi un régime de type méditerranéen par rapport à celles ayant suivi un régime classique. Ce type d’alimentation aurait également un meilleur impact sur la perte de poids, la pression artérielle et le cholestérol, selon d’autres études. La panacée, ce régime méditerranéen, en quelque sorte.

Vin et prévention d’Alzheimer

La même relation a été observée pour les maladies du cerveau, avec une corrélation forte entre l’adhérence au régime méditerranéen et le risque plus faible de développer des démences et Alzheimers. C’est en particulier la structure des connexions neuronales qui serait en cause (elle constitue un marqueur de la santé cérébrale) : plus l’adhérence au régime méditerranéen est forte, meilleure est l’intégrité de ces connexions. Il n’existe en revanche pas de réponse claire pour le moment sur l’existence d’une composante clef dans le régime méditerranéen (un aliment qui aurait plus d’importance que les autres). Mais quand même, les chercheurs s’intéressent particulièrement au rôle de l’huile d’olive qui apporte de bonnes graisses (lipides mono insaturés), et dont l’effet serait positif dans la prévention des cancers du sein, du diabète et des AVC. Les polyphénols, et en particulier les flavanols, très présents dans le raisin et donc dans le vin (mais aussi dans certains fruits et légumes, et en grande quantité dans le cacao et le thé), intéressent également les chercheurs au plus haut point, pour leurs effets sur les maladies vasculaires (par une réduction de la tension artérielle) et sur le diabète (par la sensibilité à l’insuline). Parmi les polyphénols, ce serait essentiellement le resvératrol qui importerait. La scientifique cite notamment une étude allemande ayant démontré le lien entre absorption de flavanols et l’activité vasculaire cérébrale de l’hippocampe (très important pour la mémoire et les facultés cognitives). Ainsi, des apports élevés en resvératrol seraient associés à une baisse importante du risque d’Alzheimer dans les 12 ans (de l’ordre de 60%). Enfin, la chercheuse conclut elle aussi en rappelant l’effet culturel et de plaisir associé au vin : en consommer – modérément s’entend – constituerait l’un des moyens les plus motivants pour surveiller son alimentation dans une optique de prévention de certaines maladies. Et là, nous ici, on applaudit des deux mains.

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A lire également dans le blog d’iDealwine :

Pourquoi dit-on que le vin donne mal à la tête ?

25 ans après le « French Paradox » : en quoi le vin est-il bon pour la santé ?

La campagne d’information sur les repères de consommation fait débat

 

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