Les Domaines Barons de Rothschild à la pointe de la R&D – La biodynamie (3/4)

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De la biodynamie aux Domaines Barons de Rothschild ? Le sujet n’est en tous cas pas éludé et, au contraire pris très au sérieux ; des tests d’envergure étant mis en place. De manière générale tout un volet de la R&D du groupe est consacré à la réduction de l’impact environnemental et sur la santé des équipes et des consommateurs.

Retrouvez les précédents articles sur le sujet

Les Domaines Barons de Rothschild à la pointe de la recherche et développement – Partie 1/4

Les Domaines Barons de Rothschild à la pointe de la recherche et développement – Partie 2/4

Une approche ouverte et curieuse de la biodynamie

Ce n’est pas forcément très connu, mais au-delà du passage au bio (qui sera effectif pour l’ensemble des propriétés françaises du groupe  en 2021), le groupe s’essaye également à la biodynamie, sous l’impulsion de Manuela Brando, Directrice Recherche et Développement du groupe, qui y est particulièrement sensible. La position des équipes est vraiment une approche très ouverte et curieuse, désireuse de mesurer le plus scientifiquement possible les progrès apportés ou non par ces pratiques. L’équipe mène ainsi des essais de traitements avec de la silice, de la bouse de corne, des tisanes (à base de prêle, d’écorce de chêne, de saule…). Ils suivent également le calendrier lunaire pour certains travaux à la vigne (jours de taille, semis…) ainsi qu’au chai (mise en bouteille) au château l’Evangile.

Les sujets de biodynamie sont surtout testés au château Lafite. Les essais ont débuté en 2015 pour le bio, sur environ 25 hectares, pour monter progressivement à 130 hectares, tandis que la biodynamie concerne aujourd’hui 15 hectares.

Les jus provenant des parcelles des essais en biodynamie sont dégustés à l’aveugle et comparés à ceux issus de parcelles sans ces traitements biodynamiques. Si, pour l’instant, les résultats semblent assez aléatoires suivant les moments, les équipes gardent espoir et persévèrent ! Manuela nous dit même que peut-être la différence ne sera pas mesurable scientifiquement, mais que ce n’est pas forcément une raison pour abandonner la biodynamie.

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Diverses solutions pour mieux respecter la santé et l’environnement

  • Réduire les quantités de produits utilisés dans le vignoble

Si la biodynamie intéresse l’équipe aussi bien pour l’éventuelle amélioration de la qualité des vins que pour celle de la biodiversité dans leur vignoble, de nombreuses autres thématiques environnementales les préoccupent également. La question des quantités de produits utilisés dans le vignoble, y compris le cuivre et le soufre, leur pose question. Divers essais sont en cours pour tenter de les réduire.

Le château Duhart-Milon est, en ce sens, un atout précieux. Il leur permet, grâce à son vignoble étendu de tester de nombreuses solutions « risquées » en termes de perte potentielle de récolte. C’est en quelque sorte un véritable terrain de jeu et une vraie chance pour les équipes de la R&D !

Le vignoble du domaine compte en effet une parcelle entière dédiée aux essais risqués. Une partie de cette parcelle est une vigne non traitée. Il s’agit d’une expérience initiée en 2013 : la vigne n’a pas reçu le moindre traitement depuis, y compris ceux autorisés en bio (cuivre, soufre). Un projet passionnant ! C’est ainsi naturellement sur cette parcelle que commencent toujours à apparaître les maladies qui toucheront par la suite le vignoble, une sorte de sonnette d’alarme bien utile. « C’est un véritable laboratoire pour toutes les maladies de la vigne. Les stagiaires viennent justement ici pour observer toutes ces maladies !« , nous raconte Manuela Brando. A côté de ces rangs de vignes « 0 traitement », différents essais sont mis en place sur d’autres rangs de vignes : n’utiliser que du cuivre à la floraison, sur d’autres, essayer 50% de cuivre et des compléments de tisanes de prêle, d’ortie et d’osier ; sur d’autres rangs, des traitements aux UV. Les essais sont menés dans une démarche réellement scientifique, avec des rangs de la parcelle qui servent de témoin.

  • Limiter le tassement des sols

Concernant la question du tassement des sols et des passages répétés des tracteurs dans les vignes (qui engendrent également des émissions de CO2), un traitement par drones au château l’Evangile a même été expérimenté. Ceux-ci sont censés être ultra précis et traiter les pieds qui le nécessitent, promettant ainsi l’usage de quantités moindre de produits. Malheureusement, un manque de précision de l’action ne les a pas convaincus. L’équipe fait appel à une entreprise spécialisée dans la traction animale, permettant de travailler les sols avec des chevaux de labour, notamment pour les jeunes vignes où le tassement du sol est encore plus dommageable.

  • L’agroécologie

En plus de l’enherbement, la question de l’agroécologie et de l’équilibre des écosystèmes (vignes-bois-marais…) est de plus en plus au centre des préoccupations des domaines. Le vignoble du château Duhart-Milon est entouré de forêts et marais et les équipes ont la volonté d’y replanter des arbres. Ils arrachent ainsi certaines parcelles de vignes les moins qualitatives et les plus humides pour les remplacer par des arbres ou des marais.  » Planter des arbres, ce n’est pas qu’un des piliers de l’agroécologie, c’est vraiment l’idée de créer un ensemble cohérent « , ajoute Manuela Brando. Ils ont par exemple prévu d’arracher l’équivalent de 4 ha de vignes pour y planter des haies au sein des vignobles.

Après chaque arrachage de vigne, les parcelles sont laissées en jachère durant trois ans et des semis nématifuges sont plantés pour éliminer les nématodes, vecteurs du court-noué, afin de pouvoir replanter plus sereinement par la suite.

  • La qualité du matériel végétal elle aussi questionnée

Le sujet du matériel végétal est peut-être moins lié directement aux questions environnementales, encore que, puisqu’un meilleur matériel végétal, plus divers, aiderait à lutter contre l’appauvrissement génétique et le dépérissement du vignoble. Le groupe s’interroge à la fois sur les individus à sélectionner et planter et sur les techniques de greffes.

Différents types de greffes sont ainsi mis en place et comparés au château Duhart-Milon et des essais de surgreffage sont faits.

Un projet de sélection massale a commencé en 2018 et autour de 80 souches ont été sélectionnées. Elles seront comparées aux clones commerciaux et à des cépages intéressants pour l’adaptation au changement climatique. Une parcelle a été plantée avec une sélection massale provenant du pépiniériste Lillian Bérillon, dont la réputation n’est plus à faire dans le domaine. Malgré tout, l’inconvénient et comme souvent dans ces cas-là, l’origine inconnus des pieds de vigne, c’est pourquoi ils vont également mettre en place une sélection massale dès cette année sur une parcelle de vieux cabernet franc, très qualitative et prometteuse dans la recherche d’individus adaptés à Pomerol.

 

Dans le prochain et dernier article, il sera question des projets de recherche concernant les vinifications.

Voir les vins du château Lafite-Rothschild

Voir les vins du château l’Evangile

Voir tous les vins de Bordeaux en vente

 

 

 

 

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