
Histoire et origines de l’un des domaines les plus réputés de Toscane. Pour en savoir davantage sur cette icône de Montalcino, nous avons interviewé Iacopo Mori, actuel propriétaire du domaine aux côtés de son père Alessandro.
Histoire et origines du domaine
En 1974, Giuseppe Mori, père d’Alessandro — actuel propriétaire du domaine — tombe sous le charme du bourg médiéval de Montalcino, dans la province de Sienne (ville dont la famile Mori est originaire), et plus particulièrement d’une ancienne tour du XIIIᵉ siècle autrefois utilisée pour le séchage des marrons, une variété spécifique de châtaignes dont le domaine tire son nom.
Cette année-là, il achète une petite propriété comprenant ce donjon situé sur un promontoire offrant une vue imprenable sur la ville de Sienne et sur l’ensemble du Val d’Orcia. Le domaine se trouve sous l’église du XIIIᵉ siècle dédiée à la Madonna delle Grazie, située sur le versant nord de Montalcino, où sera implantée la première vigne.
« À cette époque, mon grand-père, qui était avocat, cherchait une petite exploitation dans le Chianti afin de produire un peu de vin destiné à la consommation familiale. Ayant grandi au contact de la nature, il souhaitait trouver un coin de verdure où passer ses week-ends et consacrer du temps à sa famille. Dans les années 1970, les prix dans le Chianti étaient déjà très élevés et il ne trouvait rien qui lui convenait », nous raconte Iacopo.
« Un jour, lors d’un déjeuner professionnel à Montalcino, il fit la connaissance d’un prêtre. En apprenant qu’il cherchait des terres à acheter, celui-ci lui parla du domaine où se trouvait la petite église de Madonna delle Grazie, ancienne étape de pèlerinage sur la Via Francigena. La propriété appartenait encore à l’Église et était à vendre. Mon grand-père alla la visiter et en tomba amoureux : la chapelle, la tour, la nature environnante et la vue spectaculaire sur Sienne furent déterminants dans son choix. »

C’est ainsi que la famille Mori débute son aventure viticole en 1974. À l’époque, la propriété ne possédait ni vignobles ni installations adaptées à la vinification. Giuseppe commence alors à planter les premières vignes sans aucune expérience préalable en viticulture ou en œnologie.
« Mon grand-père était avocat et ma grand-mère pharmacienne. Aucun des deux ne savait comment planter une vigne ou faire du vin. Mon père avait alors 13 ans et mon oncle Andrea 17. Ils étaient très jeunes. Mais, week-end après week-end, toute la famille venait travailler ici et ils créèrent leur vignoble sans vraiment savoir comment s’y prendre. »
La famille Mori sollicite alors l’aide des vignerons voisins. Nombreux sont ceux qui soutiennent Giuseppe dans son projet, à commencer par Nello Baricci. Ils demandent conseil à tous les producteurs dans les alentours sur toutes les techniques nécessaires à la création et l’entretien d’un vignoble.
En 1975, les deux premiers hectares sont plantés autour du domaine. Il s’agit de la parcelle historique qui donnera naissance à la célèbre cuvée Madonna delle Grazie.
Si la famille Mori s’appuie sur l’expérience des vignerons locaux pour la conduite de la vigne, la vinification constitue un tout autre défi. Ce sont alors des années pionnières. La rencontre avec deux figures presque légendaires de l’œnologie italienne, et plus particulièrement toscane, Mario Cortevesio et Giulio Gambelli, déclenche une passion profonde pour le vin au sein de la famille.
Vendange après vendange, cette passion grandit, particulièrement chez Alessandro qui, parallèlement termine ses études universitaires et commence sa carrière professionnelle. Pendant neuf ans, il mène de front son activité d’avocat et celle de producteur de vin. Mais cette dernière finit par avoir le dessus.
L’histoire d’Il Marroneto n’est cependant pas exempte de moment de difficulté. À la fin des années 1980, le domaine est partiellement délaissé en raison des engagements professionnels de Giuseppe, Alessandro et Andrea. Au début des années 1990, Il Marroneto est même mis en vente. C’est pourtant à cette période qu’Alessandro décide d’abandonner sa carrière juridique pour se consacrer entièrement au domaine familial.
Depuis le premier millésime vinifié en 1976 jusqu’à la première mise en bouteille en 1980, l’histoire d’Il Marroneto et celle d’Alessandro avancent de concert. Un parcours marqué par un engagement toujours plus profond envers ce domaine. Un choix visionnaire et courageux, celui d’Alesssandro qui a permis à Il Marroneto de devenir aujourd’hui l’une des plus belles références de Montalcino et d’Italie.
Les pratiques dans les vignes et au chai
Au cours de notre interview, Iacopo a insisté à plusieurs reprises sur le caractère traditionnel de leur approche viticole. Mais que signifie exactement cette notion de « viticulture traditionnelle » ?
Le Brunello di Montalcino n’a obtenu le statut DOCG qu’en 1980 et n’a véritablement acquis une renommée internationale qu’il y a une trentaine d’années. Pourtant, la tradition viticole de Montalcino remonte à plusieurs millénaires. Les Étrusques cultivaient déjà le « Sanguis Jovis » (« Sang de Jupiter ») il y a plus de 3 000 ans.
Pour les vignerons de Montalcino, cela représente trois millénaires d’expérimentations et tests ayant permis de perfectionner un modèle idéal de culture du sangiovese, que personne à Montalcino ne souhaite aujourd’hui remettre en question.
Chez Il Marroneto, le respect de cette tradition demeure profondément ancré.
« La densité de plantation ne dépasse jamais 3 300 à 3 400 pieds par hectare. Notre objectif est de laisser la nature s’exprimer à 100 %. L’homme, la technologie et la chimie ne pourront jamais apporter au vin les nuances que seule la nature est capable d’offrir. »

Tout au long de l’année, les interventions dans la vigne sont réduites au strict minimum. L’enherbement est pratiqué trois à quatre fois par an afin de préserver l’écosystème du vignoble et de garantir une alimentation équilibrée des plantes.
Les vignes sont conduites selon un système de double cordon Royat. La taille est effectuée entre les mois de février et mars afin de conserver deux bourgeons par cordon et d’obtenir au maximum 10 à 12 sarments par plante. L’ébourgeonnage est réalisé en mai, tandis qu’en juin, durant la nouaison, une opération d’effeuillage permet d’aérer et enlever les feuilles parmi les grappes naissantes.
« Cette technique, appliquée juste avant que les baies grossissent, nous permet d’éviter le développement de moisissures et donc de pourriture au moment des vendanges. À partir de ce moment, nous n’intervenons plus jusqu’à la récolte », explique Iacopo. Durant l’été, seule l’opération de relevage est pratiquée afin de protéger les rameaux du soleil intense.
Historiquement, les vendanges au domaine avaient lieu en octobre, parfois même à la fin du mois dans les années 1980, en raison de la situation des vignobles sur le versant nord de Montalcino. Mais le changement climatique a progressivement avancé les dates de récolte à la fin septembre. « L’exposition nord nous permet de bénéficier d’importantes amplitudes thermiques. La chaleur accumulée durant la journée favorise la maturité alcoolique, tandis que la fraîcheur nocturne permet d’obtenir une maturation phénolique et anthocyanique idéale. »

Les vendanges sont réalisées exclusivement à la main et une première sélection est effectuée directement dans les rangs. Seules les grappes parfaitement saines sont récoltées. Pour la parcelle historique Madonna delle Grazie, cette sélection est encore plus rigoureuse.
Au chai, l’approche reste traditionnelle et peu interventionniste, « Nos chais ne disposent pas d’une température contrôlée. Les fermentations ont lieu directement dans des cuves en bois de 40 à 50 hectolitres, sont déclenchées uniquement par les levures indigènes et nous rajoutons un tout petit peu de soufre lorsque cela est nécessaire ».
Les raisins sont égrappés dès leur arrivée au chai puis laissés au repos pendant 24 heures. Ils ne sont pas foulés, l’égrappage ayant déjà libéré une partie du jus. Les remontages commencent seulement ensuite et déclenchent naturellement la fermentation.
Les remontages sont réalisés manuellement afin de favoriser l’extraction des tanins et des anthocyanes. Après 24 heures, le marc est déjà formé. Les remontages se poursuivent alors régulièrement pendant 10 à 12 jours. Lorsque la fermentation ne parvient plus à faire remonter les peaux à la surface, le vin est décuvé, le moût est transféré et les marcs sont pressés dans des pressoirs verticaux atteignant jusqu’à 350 atmosphères de pression.

Cette extraction est si poussée qu’elle inclut également les pépins, « Les pépins sont riches en acidité naturelle. Cette ancienne technique permettait autrefois aux paysans d’obtenir des conservateurs naturels et donc des vins plus aptes au vieillissement ».
Le vin de presse constitue ainsi l’épine dorsale de toutes les cuvées du domaine. Tous les vins sont vinifiés de manière identique. Ce n’est qu’au cours des mois suivants, grâce aux dégustations successives, qu’Alessandro et Iacopo déterminent quels lots seront destinés au Brunello di Montalcino et lesquels deviendront Rosso di Montalcino. Les vins les plus légers et les plus frais donneront naissance aux cuvées Ignaccio et Iacopo.
Le domaine utilise exclusivement de grands fûts en chêne de Slavonie et d’Allier. Les Rosso di Montalcino y vieillissent entre 20 et 22 mois, tandis que les Brunello Il Marroneto et Madonna delle Grazie restent en élevage durant 40 à 43 mois. La fermentation malolactique se déroule naturellement au printemps.
Le domaine fait le choix délibéré de ne procéder à aucune clarification des vins avant leur soutirage et de se limiter à la seule opération de décuvage. Cette approche permet au vin de conserver toute sa vitalité et sa fraîcheur durant les mois qu’il passe dans les cuves, tout en préservant les dépôts naturels essentiels à son évolution.
« Ce processus est fondamental pour nous. Au moment du décuvage, le moût contient encore une quantité importante de sucres résiduels ainsi que des levures en suspension. Une fois transféré en fût, la fermentation alcoolique reprend naturellement, bien que de manière plus modérée. Cette fermentation lente et continue permet au vin de se régénérer en permanence, de conserver sa fraîcheur et de rester jeune jusqu’à la mise en bouteille. Nos vins possèdent une structure importante et des niveaux de concentration très élevés ; ils ont donc besoin de ce type d’attention. Leur long élevage en fût leur permet d’atteindre la fin de leur maturation avec une polymérisation des tanins optimale, gage d’équilibre, de finesse et de potentiel de garde. »
Comme nous l’explique Iacopo, les cuves sont nettoyées quatre fois par an afin d’éliminer les dépôts tartriques susceptibles d’endommager le bois, mais aussi pour retirer les levures mortes qui pourraient être à l’origine d’odeurs nuisibles pour le vin.
« Quatre fois par an, nous nettoyons l’ensemble de nos cuves à l’aide d’un nettoyeur haute pression et d’eau bouillante, douelle après douelle. C’est une méthode que nous a transmise ma grand-mère. Pharmacienne de profession, elle était extrêmement rigoureuse et particulièrement attentive à la propreté. »
Il s’agit d’un travail minutieux et exigeant, qui nécessite près de deux semaines d’intervention chaque année, mais qui demeure essentiel à la qualité et à l’identité des vins de Il Marroneto.
Une fois l’élevage achevé, les vins sont mis en bouteille puis laissés au repos pendant six à sept mois avant leur commercialisation. Cette période est indispensable pour permettre au vin de surmonter ce que les vignerons appellent le « choc de la mise en bouteille » et de retrouver pleinement son équilibre avant d’être proposé à la dégustation.
Les projets pour l’avenir
Aujourd’hui, le domaine s’étend sur dix hectares, mais l’objectif est d’atteindre « 14 à 15 hectares, pas plus. Une surface plus importante nécessiterait davantage d’attention », explique Iacopo. « Quatorze hectares nous permettraient d’atteindre un volume de production idéal sans jamais compromettre la qualité. Notre objectif est d’augmenter la production des vins de l’appellation Rosso di Montalcino, notamment les cuvées Ignaccio et Iacopo. En revanche, les volumes des Brunello “Il Marroneto” et “Madonna delle Grazie” resteront inchangés, soit environ 30 000 bouteilles pour le premier et entre 8 000 et 9 000 pour le second. »
Iacopo nous confie que les quatre hectares supplémentaires de vignes ont déjà été plantés en janvier, mais qu’ils ne commenceront à produire que dans quelques années, le temps nécessaire pour que les jeunes vignes atteignent leur plein potentiel qualitatif.
Une autre grande nouveauté concerne le chai : « Nous sommes en train de construire un nouveau chai. Il sera plus beau et plus spacieux. La structure actuelle est très petite et il n’est pas toujours facile d’y travailler dans les meilleures conditions. Lorsque nous disposerons de davantage d’espace, je suis convaincu que nous pourrons travailler encore mieux. Mais notre plus grand projet est et restera toujours de préserver l’âme de Il Marroneto, c’est-à-dire un lieu où l’on peut passer du temps en famille et partager notre passion pour le vin ».
C’est également ce que nous souhaitons, car, au fond, l’histoire de Il Marroneto est indissociable d’une passion viscérale pour la Toscane et ses paysages, portée par un amour inconditionnel du vin. Une chose est certaine : Giuseppe, Alessandro et Iacopo ont toujours fait preuve d’une détermination, d’une persévérance et d’une passion hors du commun pour faire vivre ce projet.
Nous sommes convaincus que tous les amateurs, ainsi que ceux qui ont eu la chance de déguster les vins du domaine, leur sont reconnaissants de n’avoir jamais renoncé et d’avoir permis aux vins de Il Marroneto et au Brunello di Montalcino de rayonner aujourd’hui sur les plus belles tables et les verres des passionnés du monde entier. Des vins dont l’élégance, l’équilibre, la profondeur aromatique et le remarquable potentiel de garde continuent de faire la réputation de ce domaine emblématique de Montalcino.

Tous les vins produits par le domaine
- Ignaccio – Rosso di Montalcino DOC
Un Brunello jeune, caractérisé par une belle fraîcheur et expression aromatique. Ce 100 % sangiovese, facile à boire et particulièrement gourmand, s’accorde parfaitement avec une grande variété de plats.
- Selezione Iacopo – Rosso di Montalcino DOC
Un grand vin rouge issu d’une sélection personnelle de Iacopo Mori. Un vin capable d’exprimer à la fois la complexité typique du Brunello et ainsi que la fraîcheur et la finesse aromatique propres aux Rosso di Montalcino.
- Il Marroneto – Brunello di Montalcino DOCG
Première cuvée produite par le domaine en 1980. Il s’agit d’un Brunello classique, à la fois élégant et structuré. Il est le fruit d’une vinification visant à révéler toute la richesse aromatique du sangiovese ainsi que la typicité de son terroir d’origine. À la dégustation, le vin se distingue par sa fraîcheur, son intensité aromatique remarquable et une utilisation du bois parfaitement intégrée, qui ne masque jamais l’expression du fruit. Un véritable vin de méditation, idéal pour les moments de contemplation et de détente.
- Madonna delle Grazie – Brunello di Montalcino DOCG
LE grand vin du domaine, élaboré avec un soin extrême à partir de raisins rigoureusement sélectionnés dans la vigne historique de Il Marroneto, situé autour de l’église de la Madonna delle Grazie dont il porte le nom.
Au cours de son long élevage en grands foudres de chêne, le domaine s’attache à préserver au maximum les arômes naturels du fruit tout en protégeant le vin de l’influence excessive du bois.
Il en résulte un vin de très grande profondeur, où le charme naturel du sangiovese se conjugue à la complexité qui caractérise les plus grands vins. Un vin de méditation par excellence, à la fois fruité, structuré et doté d’une remarquable intensité en bouche.
- Madonna delle Grazie Riserva – Brunello di Montalcino DOCG
Toujours issu de la cuvée emblématique du domaine, mais bénéficiant d’un élevage encore plus long. Alors que la version classique séjourne 47 mois en fûts de chêne puis 6 mois en bouteille, la version Riserva passe 58 mois en bois avant de poursuivre son affinage de 10 mois en bouteille. La durée totale d’élevage atteint ainsi six ans, permettant au vin d’acquérir une complexité supplémentaire, une texture encore plus harmonieuse et un potentiel de garde exceptionnel.
Les vins du domaine Il Marroneto
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