Grands crus de Bordeaux : qu’est-ce qu’un second vin ?

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A l’heure où les prix des grands crus classés ont atteint des sommets, et à la veille de la commercialisation du millésime 2015, iDealwine vous propose un point sur cette spécificité bordelaise des « seconds vins ». Tradition ancienne ou stratégie marketing ? Belle affaire ou fausse bonne idée ?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les seconds vins existent depuis longtemps à Bordeaux. Des archives ont permis de remonter à 1874 pour la date de création du second vin du château Pichon-Longueville Comtesse de Lalande, envoyé à l’Exposition de Moscou. En 1902, c’est au tour de Léoville Las Cases de donner naissance à son « Clos du Marquis ». Château Margaux suit le mouvement en 1908, avec la création de son « Pavillon Rouge de Margaux ». Dans les années 1980, l’existence d’un second vin s’est généralisée, lorsque les prix des grands bordeaux ont commencé à flamber. L’idée était de produire un vin produit sur le même terroir que celui du château, dans une stratégie marketing d’initiation à la marque… à un prix plus accessible. Un Pavillon Rouge du Château Margaux serait donc un château-margaux en modèle réduit, en quelque sorte : sans toutefois l’égaler, il est destiné à approcher les qualités de son « grand frère », de sa complexité à sa structure, en passant par son potentiel de garde. Une première initiation au grand vin du domaine, d’une certaine manière.

Néanmoins, il existe bel et bien des différences entre le premier et le second vin du château, ne serait-ce que sur la provenance de ce dernier. En général, pour la production du second vin il existe trois grandes options (qui peuvent d’ailleurs se combiner).

D’abord, le second vin peut être issu des parcelles sur lesquelles sont plantées les vignes les plus jeunes du château. Il arrive également que le second vin provienne de parcelles spécifiques qui lui sont dédiées, et qui n’entreront jamais dans la composition du premier vin. C’est le cas du Clos du Marquis (Château Léoville Las Cases), des Tourelles de Longueville (Château Pichon Longueville Baron) ou d’une partie des Forts de Latour (Château Latour).

Enfin, le second vin peut provenir de vignes, ou de barriques initialement destinées au premier vin, mais qui ont été déclassées, pour cause de maturité insuffisante par exemple, ou de réussite moindre d’un cépage, une année donnée. C’est cet aspect-là qui fait craindre à certains puristes qu’en dernière instance, la qualité se révèle moins élevée que celle de certains vins non classés, ou de certains crus bourgeois vendus au même prix. En effet, la sélection est parfois sévère : dans certains millésimes, les châteaux n’hésitent pas à écarter la moitié de leur production, voire plus, afin de ne réserver que le meilleur au premier vin.

Cependant, attention aux caricatures et aux jugements hâtifs : les raisins vraiment « indésirables », eux, ne font pas partie du second vin, et sont en général revendus au négoce. Un second vin est bien un vin à part entière : qu’il s’agisse du travail à la vigne, de la vinification ou de l’élevage, le soin qui lui est porté est le même. La plupart des châteaux se sont d’ailleurs attachés à les rebaptiser comme une invitation explicite à l’identifier au grand cru. Celui du château Lynch-Bages, anciennement appelé « Haut-Bages Averous », a ainsi été renommé « Echo de Lynch-Bages ». De la même manière que « La Réserve du Général » a laissé place à « Alter Ego de Palmer » pour incarner le second vin du château Palmer. Le Château Léoville Poyferré a rendu au Château Moulin Riche son terroir d’origine (20 hectares). Depuis le millésime 2009 cette étiquette concerne bien un cru à part entière. Et le second vin des châteaux Léoville Poyferré et Moulin Riche est désormais commercialisé sous une même étiquette, « Pavillon de Léoville Poyferré ».

Le revers de la médaille, c’est que la spéculation n’épargne pas les seconds vins, au contraire. L’exemple du Carruades de Lafite Rothschild en témoigne, atteint par l’engouement pour le château éponyme. Pour le millésime 2005, le premier vin était sorti à 490€ en primeurs, atteignant aujourd’hui une cote iDealwine de 758€. Parallèlement, le carruades 2005, sorti à 50€ est aujourd’hui coté à 156€, après avoir connu des hausses de cours pharamineuses en 2009-2010. Afin de rationaliser son offre, et de répondre au mieux à la demande croissante pour les vins du domaine tout en préservant la qualité (et le prix) de son deuxième vin, le château Margaux a récemment décidé de créer un « troisième vin »

Néanmoins, cette vision n’est pas partagée par tous les producteurs. On sait par exemple que le château Pontet-Canet limite de plus en plus les quantités de son second vin, Les Hauts de Pontet-Canet, par souci de conserver la complexité et la personnalité du premier vin. De tels vignerons se sentent déchirés par l’idée de devoir privilégier des parcelles et d’en écarter d’autres… de la même façon qu’on n’établit pas de privilège ou de préférence entre ses enfants. Pour les mêmes raisons, le château Cheval Blanc a également décidé de ne pas produire son second vin, Petit Cheval, dans le millésime 2015.

Alors, les seconds vins seraient-ils des vins à réserver aux buveurs… d’étiquette ? Ou au contraire une invitation à découvrir le grand vin d’un domaine ? N’hésitez pas à nous faire partager votre point de vue 🙂 !

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A lire également sur le blog d’iDealwine :

Seconds vins : la hausse est-elle finie ?

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  • Voir les commentaires (1)

  • Sergio

    Bonjour, je suis le sommelier à Mexique, avec une grande carte des vins français, plus de 800 et j’aime les deuxièmes vins, c’est de goûter un vin d’un bon producteur avec des prix raisonnables. De plus en plus je augmente l’offre des deuxièmes vins parce que mes clients les aime aussi. Dame de montrose et Réservé de la comtesse 95 à 60€ dans un resto. Pas mal je pense

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