Guyonne Saclier de la Bâtie, disciple de Mark Angeli et de Stéphane Bernaudeau, s’est donné pour mission de redonner leurs lettres de noblesses au chenin sec et au château de Bonnezeaux, laissé de côté longtemps alors qu’il s’agissait d’une propriété viticole vieille de plusieurs siècles. Cap sur l’Anjou Noir.

Quand l’histoire parle à travers les lieux

Le Château de Bonnezeaux est marqué par une longue histoire viticole : la famille Prévost, propriétaire au XIVe siècle, recevait à l’époque une dime pour le vin produit. Deux témoins de cette période peuvent encore nous rappeler ce passé œnologique, les caves qui sont toujours aujourd’hui sous le château. A cette famille, en succéderont d’autres, jusqu’aux Saclier de la Bâtie qui ont pris le relais, et sont encore aujourd’hui à la tête de cette belle demeure. Petite anecdote : on retrouve dans les archives du château, en date de 1906, un document qui dicte ces mots « J’ai l’honneur de vous faire l’offre de mon Vin blanc de la récolte de 1906. Les Vins du Château de Bonnezeaux, sortant d’un des meilleurs crûs de l’Anjou, n’ont jamais été sucrés et je vous les garantis absolument naturels ». C’est dire le soin que portaient les ancêtres des propriétaires aux vins qui y étaient alors produits, même si les XIXème et XXème siècles et leurs difficultés économiques n’ont pas permis à l’exploitation de se développer. Aujourd’hui, Gwendoline Saclier de la Bâtie et Louis-Edgard Dubouexic de Pinieux sont les propriétaires du domaine.

En 2014, un nouveau souffle est arrivé avec la reprise du domaine viticole par une cousine de l’actuelle propriétaire, une certaine Guyonne Saclier de la Bâtie. Et cette dernière n’a pas fait les choses à moitié : elle s’est formée chez Stéphane Bernaudeau et également auprès de Mark Angéli à La Ferme de la Sansonnière. Nouveau clin d’œil du destin : la Closerie de la Sansonnière, le lieu où est installé Mark Angeli, a appartenu par le passé aux propriétaires du château de Bonnezeaux. Guyonne revient de ces expériences avec en tête l’agrobiologie, mais aussi de nombreuses techniques de vinification ou d’élevage. A l’époque, l’exploitation est véritablement en friche, depuis les années 1980 plus aucune bouteille ne sort du domaine et les terres ont été louées à d’autres vignerons…

Aux vignes : remplacer, chouchouter, comprendre…

Le domaine s’étend sur 9 hectares (chenin quasi-exclusivement), sur des vignes qui datent de 1970 à 2021, et sont souvent complantées puisque beaucoup de pieds manquaient. 2016 est le premier millésime du Château depuis sa renaissance. L’idée de Guyonne était bien de travailler chacune des parcelles pour elle-même, afin d’en tirer des vins de terroir, d’autant que le domaine est installé sur certains très beaux coins de l’appellation sur les bords du Layon. Ainsi, voici les secrets de fabrication à la vigne : enherbement, peu de travail mécanique du sol, présence d’animaux pour réguler l’herbe (moutons, vaches), méthodes de travail dans l’esprit biologique, rendements limités… Le domaine ne produit que des chenins secs, alors même que l’appellation Bonnezeaux (dont le château porte le nom) est réputée pour ses liquoreux et moelleux. A noter que depuis 2020, quelques essais ont été faits de liquoreux, pour le moment sans qu’on en entende parler plus que ça. Les vendanges, elles aussi, sont opérées manuellement.

En 2019, Guyonne a transmis le flambeau à Pierre Boisseau et à l’œnologue Florian Zuliani. Avec leurs équipes, ils œuvrent à garder le cap sur ce projet fou.

Au chai et en cave : le moins est le mieux

Une fois arrivés au chai, les raisins sont pressés dans des pressoirs verticaux manuels (à la mode de Champagne), puis l’équipe ne débourre par car le mout est clarifié par le pressurage. Ce sont les levures indigènes qui lancent naturellement les fermentations, sur lies. Peu d’interventions, pas (ou peu) de collage et de filtration. L’élevage est réalisé dans des fûts de chêne français anciennes, durant une à quatre années selon les cuvées. La mise en bouteilles se fait sur place par un prestataire, avec seulement 2 grammes de soufre ajouté (soufre volcanique naturel, nouveau clin d’œil à Mark Angeli) pour protéger le vin. Certaines cuvées n’en voient d’ailleurs même pas la couleur.

Des vins confidentiels, pensés pour la gastronomie

Depuis 2016, le Château de Bonnezeaux forge des vins secs, précis et frais, pensés pour la gastronomie, en appellation Vin de France. Poissons, volailles, plats fins : tout trouve son accord.

Les vins sont produits en petits volumes, ce qui en fait un domaine plutôt introuvable (sauf sur iDealwine !). Pourtant, le monde entier se les arrache, puisqu’ils sont exportés en Europe, en Asie ou encore aux Etats-Unis.

iDealwine vous conseille de déguster ces vins avant qu’ils ne soient victime de leur succès…

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