Pierre Henri Rougeot vigneron Domaine Rougeot à Meursault

Nous avons interviewé Pierre-Henri Rougeot, vigneron passionné par ses terroirs et « allergique au soufre » qui a monté un micro-négoce « haute couture » en 2017, repris le flambeau du domaine familial en 2019 et l’a converti en biodynamie.

Sept générations au cœur de Meursault

Installé à Meursault, ce domaine familial s’établit depuis plus de sept générations. L’arrière-grand-père de Pierre-Henri, à la tête d’un domaine de quatre hectares à Meursault, a acheté la maison actuelle aux Hospices de Beaune afin d’agrandir le domaine. La maison avait déjà un usage viticole pour les hospices, mais aussi à la production de fruits à visée médicale. Le domaine est étendu à 13 hectares par le grand-père de Pierre-Henri. Son père, Marc Rougeot reprend ensuite le flambeau en 1974, avant de revendre quelques parcelles de Ladoix — trop éloignées — pour stabiliser le domaine autour de 12 hectares.

De son côté, Pierre-Henri commence sa carrière comme commercial France et export dans une tonnellerie. Il reprend parallèlement les vinifications du domaine familial à partir de 2010, c’est à ce moment-là que le domaine produit ses premiers rouges en grappes entières et ses premiers essais sans soufre. Pendant ce temps, son père s’occupe des vignes. Pierre-Henri crée son négoce en 2017 et rejoint à plein temps le domaine en 2019.

En 2023, le domaine s’agrandit à nouveau avec une parcelle de 31 ares en Meursault Village, située juste au-dessus du premier cru Les Gouttes d’Or, sur des terrains très calcaires. Plantée il y a trente ans par l’ancien maire du village, le grand-père de Pierre-Henri avait imaginé ce vignoble communal pour donner accès aux jeunes vignerons du village à un peu plus de Meursault. « Tout le monde était content » nous témoigne-t-il.

Des sols vivants

Des pratiques bio sont utilisées dès 2012 dans les vignes pour une certification en 2021 avant l’obtention de la certification biodynamique, Demeter en 2023. La biodynamie répond ici à un objectif précis : faire face au changement climatique en améliorant la qualité des sols. « On voulait vraiment aller chercher une qualité de sol beaucoup plus grumeleuse, avec beaucoup plus de vie, pour avoir des sols plus aérés, ayant la capacité de mieux stocker l’eau et surtout de la restituer à une plante beaucoup plus vivante.»

Les 12.5 hectares du domaine s’étendent sur différentes appellations. 9.5 hectares sont sur le village de Meursault avec 5 d’entre eux consacrés à la production de bourgogne générique : une cuvée d’aligoté « on adore l’aligoté chez nous, on fait partie des aligoteurs » ; trois cuvées de bourgogne blanc ; deux cuvées de bourgogne rouge et une cuvée de passetoutgrain, composée à 70% de gamay. Viennent compléter la myriade de parcelles du domaine : un pommard, un volnay-santenot (planté sur Meursault mais s’appelant Volnay-Santenot lorsqu’il est en rouge), une parcelle de Montagny, une vieille vigne de Santenay de 90 ans et deux parcelles de Meursault Village dont le Sous la Velle, leur plus grosse production.

Un négoce haute couture

Pierre- Henri Rougeot, Meursault

Ce joli panel est complété par une petite activité de négoce créée en 2017, orientée exclusivement vers des appellations villages, premiers crus et grands crus, en très petits volumes.

Pierre-Henri a choisi de vinifier de très petits lots, de grande qualité, en ne pratiquant seulement des échanges de raisins avec des amis afin de garantir la qualité des raisins, uniquement certifiés bio ou biodynamiques. L’ensemble représente entre 1.5 et 2 hectares pour une douzaine de cuvées différentes. Des micro-cuvées représentant 1 à 6 pièces : sur les villages de Gevrey-Chambertin, d’Aloxe-Corton, de Savigny-lès-Beaune, Saint-Romain, Saint-Aubin, Chassagne-Montrachet et depuis 2024 Montagny, réel coup de cœur du vigneron.

Sans soufre, sans compromis

C’est une allergie personnelle qui a été un vrai déclic. Pierre-Henri ne supporte pas le soufre – à l’état liquide, qui présente une odeur très forte – lors des vinifications : « C’est vraiment un produit que j’ai essayé d’éliminer très vite parce que je ne pouvais pas le supporter. C’est ce qui a créé toute cette démarche par la suite. » Les premières cuvées sans soufre voient le jour dès 2010 sur un bourgogne rouge, puis progressivement sur l’ensemble de la gamme, d’abord les rouges en 2015, puis pour les blancs à partir de 2016, et la totalité de la gamme dès 2017.

Les vinifications sont  » basiques et efficaces » comme dirait Pierre-Henri.

Pour les blancs, les raisins sont systématiquement foulés avant le pressurage afin d’apporter plus de matière et d’améliorer l’extraction. Vient ensuite une étape clé : une oxydation volontaire des jus au pressurage. « C’est clairement la base d’un travail sans soufre. Si on protège trop les vins de l’oxydation, on s’expose à des problèmes après la mise en bouteille.» Après un débourbage de 24 heures à froid, les jus descendent par gravité en fût. La fermentation dure environ un mois à 22°C, sans bâtonnage pendant l’élevage. Les fûts neufs représentent environ 15 % du parc, renouvelé tous les 10 à 12 ans. Depuis 2024, le domaine investit également dans des foudres de 20 hectolitres pour travailler certaines cuvées en blanc avec encore plus de fraîcheur et de tension, et envisage des élevages encore plus longs — jusqu’à 30 mois sur le Meursault Sous la Velle 2023.

Les rouges sont vinifiés en grappes entières, de 70 à 100% selon les cuvées. S’en suit une courte cuvaison de moins de 10 jours « sans sulfite les raisins fermentent rapidement ». Durant la fermentation, Pierre-Henri limite les pigeages car il « compte sur l’extraction naturelle, je recherche des tanins souples », nous confie-t-il. Puis l’élevage continue en fûts neufs à 30% pendant 18 à 20 mois ou en gros contenant (foudres ou cuves bois) avant la mise en bouteille.

Pierre-Henri élève ses vins durant deux hivers en fûts afin de les stabiliser : « Les vins qui subissent un élevage de 20 mois en fût sans soufre ont très très peu de chance d’avoir des problèmes. Jusqu’à maintenant, ça se vérifie. » Il a donc deux jeux de fûts et, la moitié de l’année, deux millésimes en cave.

Les vins

Les rouges :

Bourgogne Côte d’Or « Les Vaux » Sans sulfite ajouté  Rougeot Père et Fils : Une élégance pure du pinot noir, avec des arômes de fruits rouges et une finale délicate, pour un plaisir authentique.

Bourgogne Côte d’Or « Les Lameroses » Rougeot Père et Fils : Argiles entre Meursault et Volnay, pinot noir pur et profond.

Pommard « Clos des Roses » Sans sulfite ajouté Rougeot Père et Fils : Monopole familial sur sol graveleux atypique.

Volnay-Santenots 1er Cru Rougeot Père et Fils : Climat de Meursault classé volnay, 0,85 ha.

Beaune « Les Longbois » Pierre Henri Rougeot : Vignes biodynamiques Biodyvin, 1 500 bouteilles, rouge aérien et fruité.

Côtes de Nuits Villages  » La Plante du Bois » Pierre Henri Rougeot : Vieilles vignes sur calcaire de Comblanchien, profondeur et structure, prix accessible.

Gevrey-Chambertin « La Justice » Pierre Henri Rougeot : Colluvions calcaires, nouvelle cuvée 2023 confidentielle.

Corton Grand Cru (3ème année de conversion bio) Pierre Henri Rougeot : Vignes de 55 ans à Ladoix, production très limitée.

Les blancs :

Bourgogne aligoté  » les Plumes  » Sans Sulfite Ajouté Rougeot Père et Fils :   Aligoté de 65 ans, vinification biodynamique Demeter.

Bourgogne Côte d’Or « Clos des six ouvrées » Sans sulfite ajouté Rougeot Père et Fils : Monopole de 0,26 ha au cœur de Meursault, ancien terroir des Hospices de Beaune.

Bourgogne Côte d’Or « Les Grandes Gouttes » Sans sulfite ajouté Rougeot Père et Fils : Terroir frais en altitude au sud de Meursault, vin racé et précis.

Saint Romain « La Combe Bazin » Sans sulfite ajouté Rougeot Père et Fils : Vignes de 1920, 450 m d’altitude, blanc énergique et minéral.

Saint Romain « La Combe Bazin » Rougeot Père et Fils : Même terroir centenaire, version classique avec soufre minimal, garde 8-10 ans.

Meursault « Sous la Velle » Rougeot Père et Fils : Parcelle des années 60, arômes de poire et noisette, rond et persistant.

Meursault « Sous la Velle » Sans sulfite ajouté Rougeot Père et Fils : Version sans soufre, argilo-calcaire biodynamique, généreux et tendu.

Meursault 1er Cru « Les Charmes » Rougeot Père et Fils : Vignes de 50-65 ans, 20% bois neuf, à attendre 4-5 ans.

Meursault 1er Cru « Les Charmes » Sans sulfite ajouté Rougeot Père et Fils : Version sans soufre du grand cru, exotique et minéral, garde 5 ans minimum.

Meursault « Montagne Saint-Christophe » Sans sulfite ajouté Rougeot Père et Fils : Terroir calcaire d’altitude, vin de verticalité et salinité.

Meursault Pierre Henri Rougeot : Premier millésime 2023, deux fûts de trois ans : Premier millésime 2023, tension et minéralité, vision moderne.

Meursault « Sous la Velle » Pierre Henri Rougeot : Deux pièces seulement, argiles lourdes, opulent et soyeux.

Saint-Romain « Le Jarron » Pierre Henri Rougeot : Vignes de 35-40 ans à 350 m, 1 200 bouteilles, charnu et tendu.

Saint-Aubin 1er Cru Les Champlots Pierre Henri Rougeot : Première cuvée 2023, vignes de 55 ans, blanc précis et frais.

Corton-Charlemagne Grand Cru Pierre Henri Rougeot : Pièce unique quasi sans soufre, vignes bio de 40 ans, rare grand cru blanc.

Tous les vins du domaine Rougeot

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