
L’édition 2026 du concours organisé par les étudiants de l’Agro Paris Tech se tenait chez Ruinart, à Reims. Récit d’une journée palpitante.
Fidèle à sa mission d’accompagner les amateurs dans leur découverte du vin, iDealwine soutient les initiatives visant à en promouvoir l’éducation. Des clubs se sont créés dans les grandes écoles et universités, pour certains depuis de longues années, visant à initier les étudiants à l’art de la dégustation. Ces écoles se lancent parfois dans l’organisation de concours, à l’instar de l’Agro Paris Tech. iDealwine n’en a pas manqué une édition, heureuse de figurer dans le jury de ce concours depuis sa création, qui remonte à… 2015. La maison de Champagne Ruinart accueille tout aussi fidèlement la cinquantaine d’étudiants réunis chaque année pour cette journée de compétition, à Reims, dans ses locaux.
Début des épreuves à 8h30 sous la houlette des étudiants de l’Agro Paris Tech et du jury, composé pour la douzième édition de Caroline Fiot, cheffe de cave de la maison Ruinart, de Jean-Philippe Blot (Domaine de La Taille aux Loups), d’Adrien Moreau, consultant (et membre de l’équipe qui a créé ce concours), et d’Angélique de Lencquesaing (iDealwine). Le tout, sous le regard de la responsable des études à l’Agro Paris Tech.

Neuf écoles ont délégué leurs équipes, dûment entraînées et impeccablement vêtues pour l’occasion : costume et cravate de rigueur, car le groupe est essentiellement masculin cette année. Les étudiants de l’EHL, l’Ecole Polytechnique, l’Agro Paris Tech, Sup Agro Montpellier, l’ENS, HEC, l’ENSTA, Oxford et Cambridge sont prêts à en découdre.
Lorsque la première partie des épreuves débute, le ton est immédiatement donné : les « flights », ou séries de trois vins dégustés à l’aveugle, vont se succéder à un rythme effréné. Effervescents, vins blancs, vins rouges… mais n’allez pas croire que les organisateurs se sont limités aux grands classiques des vignobles français : chaque série de vins apporte son lot de pièges et chausse-trappes dans lesquels le jury ne manque pas de tomber. Un effervescent italien par ci – Ca’ del Bosco, en Lombardie -, un assemblage de cabernets (sauvignon et franc) venu de la Napa Valley – Morlet Family Vineyards – par là. Toutes les combinaisons, et de multiples cépages s’invitent dans les verres, du savagnin ouillé du domaine du Pélican au mourvèdre du Château Pradeaux. Rien ne sera épargné, ni aux étudiants, ni au jury ! Vient ensuite un intermède – si l’on ose dire – plus théorique, sous la forme d’un interminable QCM de 60 questions – et autant de pièges – à résoudre en 30 minutes… Si vous savez « dans quelle AOC le rendement butoir est historiquement le plus bas pour un vin rouge », nous, nous cherchons toujours… A moins que vous ne préfériez répondre à la question : « Quel est le titre alcoométrique minimum pour un vin de France de la Zone Viticole B » ?
Le thème de l’année : les vins hors appellation, commercialisés en « vin de France »

Pour laisser aux organisateurs le temps de corriger les copies, un quatrième flight s’avance, consacré, lui, au thème de cette édition du concours : les vins produits et commercialisés hors de leur appellation d’origine. Et là, c’est reparti pour une séance de haut vol, avec des vins formidables que tout le monde s’attelle à débusquer, les papilles aiguisées par ce qui a précédé. Heureusement, Jean-Philippe Blot a fourni pour le concours quelques bouteilles de son immense « Venise », un vin exclu de Vouvray en 2014, au seul motif qu’il a été vinifié hors de son aire d’appellation… Les passionnés du domaine de la Taille aux loups le reconnaissent sans trop de difficulté. Restent les deux autres, à commencer par un superbe vin de France rouge du domaine Giacometti, implanté à Patrimonio. Seul hic : la cuvée Sempre Contentu 2024 est un pur sciacarellu, alors que l’appellation impose le nielluciu comme cépage majoritaire… Le troisième « vin de France » vient du Languedoc, lui : ce mono-cépage de grenache est produit au domaine Cassagne et Vitailles. Un régal, mais quel défi pour l’ensemble des compétiteurs !
Au terme de cette série d’épreuves, les organisateurs départagent les équipes. Deux d’entre elles sont retenues pour la finale, l’ENSTA et l’ENS. Tous les étudiants vont alors déguster le flight final, composé de trois vins : le Clos des Lambrays (millésime 2023), Pavillon Rouge de Château Margaux 2010 et un ovni, la cuvée Ultra 2022 du domaine Belargus. Les équipes finalistes se succèdent pour commenter les trois vins et proposer des mets pour accompagner chacun d’eux. Leurs qualités d’analyse et de raisonnement impressionnent le jury ! Les deux équipes identifient les régions de production des deux premiers vins et même, pour le premier, la Côte de Nuits… Le liquoreux apporte son lot de questions et de pièges, avec une robe aux nuances étonnamment évoluées alors que le nez déploie des arômes d’une fraîcheur intense… Les deux équipes bataillent et rivalisent d’éloquence pour décrire les vins. C’est finalement l’ENSTA qui l’emporte d’une courte tête : les étudiants ont su apporter une petite touche supplémentaire d’émotion et de passion qui saura faire basculer un jury sous le charme de leur discours, et surtout conquis par les salivantes propositions d’accords mets et vins formulées par les gagnants.
Une journée studieuse
Sous la houlette d’une équipe Ruinart aux petits soins, la journée se poursuit, d’un déjeuner admirable accompagné de jolis flacons à la plongée au cœur des crayères de la maison. Caroline Fiot, qui a fait ses classes chez Ruinart depuis 2016 avant d’être nommée cheffe de cave, nous a ensuite réservé un moment passionnant, une dégustation technique des champagnes de la maison. Elle nous présente les recherches menées avec autant de soin, de patience que de passion pour analyser les effets d’un vieillissement d’un même vin en capsule, ou sous liège. Le résultat est bluffant. On y entrevoit la patte exigeante de son talentueux prédécesseur, Frédéric Panaïotis, brutalement décédé en juin 2025.

L’ancien chef de cave de la maison a tant œuvré pour Ruinart, et aussi pour que ce concours voie le jour. Nous ne manquons pas de lui rendre hommage à chaque étape de cette magnifique journée, et notamment lors de la table ronde organisée pour la conclure, car Frédéric avait à cœur de faire en sorte que les étudiants repartent en ayant appris un peu plus sur un sujet propre à la conception ou à la commercialisation du vin, en faisant intervenir un panel de spécialistes. Le thème de l’année donne ainsi aux membres du jury l’occasion de dresser un panorama des vins de France, de la production à la vente, et même à la revente sur le marché secondaire des enchères. Car certes, les amateurs pointus ne s’interdisent pas d’acquérir, parfois à des prix stratosphériques, les vins de France dont ils connaissent la qualité. Toutefois, leur succès auprès des plus connaisseurs ne doit pas occulter le risque, pour un vigneron, de travailler de manière individuelle, sans s’appuyer sur la force du collectif pour assurer la commercialisation et le développement de son activité. Adrien Moreau, Jean-Philippe Blot et Angélique de Lencquesaing apportent leur éclairage sur ce sujet passionnant qui, soulignons-le, a donné lieu en 2025 à l’adjudication de 11 400 bouteilles étiquetées en vin de France dans les enchères iDealwine. Un segment significatif, et en forte croissance (+24%), qui mérite donc un suivi rapproché…
L’équipe d’iDealwine est heureuse d’accompagner les étudiants dans leur exploration de l’univers des grands vins, et tient à féliciter chaleureusement les organisateurs, les participants, et les gagnants de l’Agro Tasting Challenge. Tous nos remerciements émus également aux équipes de la maison Ruinart qui nous ont choyés à chaque étape de cette inoubliable journée.
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