2nd day in Beaujolais | A la rencontre des vignerons

Avez-vous suivi notre premier jour dans le Beaujolais ? Si vous avez besoin de le rattraper, le voici ! Aujourd’hui, ce ne sont pas moins de 5 domaines que nous visitons, certains ne vous disent pas quelque chose ? Burgaud, Foillard, Godard, Lapierre, Delienne… Des icônes déjà bien installées dans le Beaujolais, ou des domaines à surveiller de près !

 

Jean-Marc Burgaud

Deuxième jour, un soleil radieux, à tel point qu’à notre arrivée chez Jean-Marc Burgaud, nous pourrions croire que le soleil soit déjà à son zénith. Pourtant, il est bien 9h, et nous avons aujourd’hui un planning chargé : ce ne sont pas moins de 5 domaines de cette région si belle que nous allons visiter. C’est avec un joli sourire que ce vigneron nous accueille alors, et ne tarde pas à nous faire entrer au frais dans sa cuverie. « Voyiez, j’ai profité du confinement pour refaire toute ma cuverie ! » Une dalle de béton toute neuve est coulée au sol. C’est sur la jolie table de bois que nous nous installons alors « bon, qu’est-ce que vous voulez déguster ?« .

C’est en 1989 que l’histoire débute. Jean-Marc Burgaud loue alors trois hectares de vignes, et vend toute sa production au négoce. Marié à une native de Morgon dont les parents étaient viticulteurs, il a progressivement agrandi son domaine en reprenant les vignes de ses beaux-parents entre 1998 et 2002 puis celles de son père en 2006. Aujourd’hui la taille de son exploitation est relativement importante pour la région : 19 hectares de vignes entre Morgon, Régnié, mais aussi en Beaujolais-Villages.

Jean-Marc Burgaud l’avoue facilement : « Au début, après ma formation à Beaune, je faisais des vins “scolaires”. Il m’a fallu 3 ou 4 ans pour arriver à bien comprendre le morgon ». Le domaine accorde une importance cruciale à l’élevage avec une sélection très minutieuse de chaque fût. Les vins de Jean-Marc Burgaud font partie des meilleurs de la région, ils sont particulièrement bien taillés pour la garde.

Commençons donc par goûter les 2019, oui, c’est aussi pour cela que nous sommes là ! Le premier est un beaujolais village, un assemblage qu’il vinifie chez son père. Puis Régnié, Morgon les Charmes, Côte du Py qui est une véritable signature de cette colline d’origine éruptive que l’on aperçoit facilement au cœur des vignes de Morgon. Passons aux 2018, pour apprécier ce javernières, un vin taillé pour la garde, puis la cuvée James encore très concentrée. La dégustation s’est terminée sur un même javernières 2008, une magnifique structure que l’on aura la joie de boire sur un joli faisan en sauce, encore la preuve que le Beaujolais fait de grands vins de garde.

 

Jean Foillard

Seulement quelques minutes de voiture pour rejoindre le domaine Jean Foillard. Quelques minutes de patience dans la grande cour, ça fourmille de va et vient, décidément, le travail aux vignes n’attend pas ! C’est donc la copine d’Alex qui nous reçoit, le fils de Jean qui reprend le domaine petit à petit après avoir voyagé un peu en Australie et au Japon. Nous nous installons dehors sur une table à l’abri du soleil.

Le domaine Foillard est un des coups de cœur d’iDealwine dans le Beaujolais, aujourd’hui figure emblématique de la mouvance « nature ». Jean Foillard, qui a repris le domaine en 1981, s’est inspiré de Marcel Lapierre pour cultiver ses vignes de la manière la plus proche du bio. En cave ses vinifications sans soufre, précises et délicates, très proches du fruit, donnent un soyeux incomparable en bouche à ses vins. Ses vins, nature, se distinguent par leur intensité de fruit, leur fraîcheur, leur équilibre entre la gourmandise et la structure, des vins que l’on prend plaisir à déguster immédiatement, mais aussi après quelques années en cave. Un incontournable parmi les signatures les plus recherchées de la région.

Les bouteilles sont en rang d’oignon sur la toile cirée, et nous les dégustons de la gauche vers la droite : de Morgon à Fleurie, pour terminer sur la cuvée Athanor. Les 2019 ne sont pas encore mis en bouteilles, donc ce sont les 2018 que nous avons la chance de déguster aujourd’hui : le morgon village a un nez de fruits mûrs et confits qui fait songer au banyuls. Vient ensuite la cuvée Eponym puis Corcelette, un « climat » intéressant, ce sont les vignes du père d’Agnès – la femme de Jean -. La cuvée Côtes du Py est assez structurée et offre une belle aromatique, tandis que le fleurie 2018 mêle des notes fraîches de réglisse et d’anis, il s’agit du premier millésime réalisé sur cette vigne acquise il y a deux ans. Terminons sur la cuvée Athanor 2015, une cuvée toute spéciale réalisée à l’occasion de ce millésime généreux en soleil, et qui présente ainsi un vin puissant – il fait tout de même 16° -, qui fait songer à ses voisins de Côte du Rhône.

Un petit tour du chai et de la cave n’est pas de trop pour retrouver un peu de fraîcheur avant de repartir pour notre prochain domaine.

 

Mee Godard

Mee Godard, elle, n’a pas voyagé au Japon ou en Chine pour y apprendre le métier du vin, mais est originaire de Corée du Sud. Ses ancêtres n’étaient certes pas vignerons mais ses parents adoptifs l’ont largement incitée à voler de ses propres ailes dans ce domaine viticole. Ainsi armée de différents diplômes de biologie, de biochimie et d’œnologie Mee Godard acquière quelques hectares de vignes dans le Beaujolais, région qu’elle apprécie pour la beauté de ses paysages. C’est à Morgon qu’elle jette son dévolu en 2013 avant de fondre pour d’autres belles vignes à Moulin-à-Vent en 2016. Là, inspirée des préceptes des pontes locaux de la mouvance nature, elle suit son bonhomme de chemin signant sans concession des vins profonds, denses, élégants et animés d’une belle fraîcheur grâce à une culture certifiée bio et à des vinifications bourguignonnes.

La vue est tellement belle sur Morgon et ses vignes que nous en oublions presque d’aller toquer à la porte du chai. Mee nous ouvre avec son sourire assez discret à première vue, quelques minutes de discussions suffisent à le rendre plus retentissant, et nous descendons donc joyeusement dans la cave fraîche pour déguster les 2019 sur fût. C’est là que je comprends que Mee travaille en effet « à la bourguignonne » au vu du nombre de cuvées différentes qui patientent ici.

Que le festival commence, munie de sa pipette, la vigneronne appliquée passe de tonneau en tonneau, nous approchons nos verres, les tournons délicatement, les portons à notre nez, puis à notre bouche, direction le crachoir, et on recommence ! Corcelette Haut est une cuvée qui a été produite sur le lieu-dit Bellevue, un vin gourmand, quant à Corcelette Bas, il s’agit d’un nectar plus souple. Montillé est élevé en fût neuf et arbore donc un beau boisé, à l’aveugle j’aurais certainement hésité avec un pinot noir. Puis Moulin à Vent, Morgon grand Cras, Côte du Py Chaponne et Côte du Py, pour finir avec Passerelle, une sélection parcellaire qui présente un joli bouquet fruité. « Pour déguster les 2018, passons à l’étage au-dessus » !

Le chien est gentiment couché à nos pieds, assis sur de hauts tabourets le long du bar en bois, la dégustation se poursuit désormais avec les mêmes cuvées en 2018. Ce sont les yeux pétillant d’humour et de vie que Mee nous raconte tel millésime, telle cuvée, telle vigne… Un instant que nous aurions pu prolonger jusqu’à la nuit si nous n’avions pas deux autres domaines à visiter ! Une chose est sûre, cette femme ira loin, et nous vous l’avons déjà dit : suivez-là de près. De très près.

 

Marcel Lapierre

C’est heureusement un autre domaine mythique du Beaujolais que nous visitons ensuite, le domaine Marcel Lapierre aujourd’hui tenu par ses deux enfants Camille et Mathieu. Notre voiture s’arrête d’abord devant un grand bâtiment moderne qui arbore des peintures murales à la gloire du gamay et du morgon. Mathieu nous emmène alors dans la maison familiale, là où les vins sont vinifiés et élevés en cave. La visite commence alors avec un joli accent italien dans la cave, pour continuer avec Mathieu dans la cuverie.

Marcel Lapierre a été le « pape » du beaujolais naturel au fruité soyeux toujours gourmand et séduisant. Il a inspiré toute une génération comme Jean Foillard, Georges Descombes et bien d’autres encore, au-delà des frontières du Beaujolais. Certifié en bio et d’inspiration biodynamique depuis près de 40 ans, le vignoble est travaillé dans la plus pure tradition, tandis que les vinifications sont nature ou presque. A la clef, des vins au charme fou, au fruité croquant, gourmands, frais, et doté d’un beau jus et d’une matière aérienne. Plaisir immédiat assuré !

Dans la cave, nous dégustons sur fût le morgon Vieilles Vignes 2019 puis la cuvée Marcel Lapierre, réalisée en hommage au père de Mathieu et Camille, seulement dans les années exceptionnelles à partir de parcelles de la Côte du Py et du «Douby », près de Fleurie. Passons à la cuverie pour déguster un morgon 2017 puis 2018 sous le plafond également décoré. « La lune et le soleil ? C’est un gars qui a travaillé ici qui a peint ceci au-dessus des cuves. Ces éléments sont si importants dans notre viticulture, pour suivre le rythme de la végétation et l’observer… ».

 

Marc Delienne

Comment terminer cette magnifique journée, sinon en la concluant avec notre si cher Marc Delienne, véritable coup de cœur iDealwine rencontré au Grenier Saint Jean, le salon professionnel des domaines biodynamiques et natures à Angers. C’est à la fin d’une journée chaude d’été, que nous avons la joie de le découvrir attablé en bonne compagnie à l’ombre de son allée de tilleuls. Le grand sourire qu’il nous lance derrière ses larges lunettes en dit long : nous allons passer une belle soirée.

Est-ce un cercle des poètes disparus ? Nombre d’amis de Marc gravitent autour du domaine, certains viennent donner un coup de main aux vignes quelques heures par-ci par-là, d’autres viennent juste donner – ou prendre – des nouvelles… Décidément Marc n’a pas mis beaucoup de temps à se faire sa place dans le Beaujolais, arrivé en 2015 après une carrière en informatique à Paris. Ce travailleur passionné par le vin s’est en effet lancé dans l’aventure viticole, persuadé que Fleurie n’a pas encore dit son dernier mot aux grands terroirs français ! Après avoir appris le métier de la vigne au domaine de Trévallon en Provence, aux côtés d’Eloi Dürrbach, il achète une propriété de 14 hectares à Fleurie, et entame la conversion du domaine en biologique, puis en biodynamique en 2016. Cela fait maintenant deux ans que le domaine est entièrement certifié. Depuis les premiers millésimes du vigneron, on lui reconnait des vins très gourmands et équilibrés, aux tanins fins, notes de fruits rouges et myrtille.

« Assez causé, allons déguster » ! Nous suivons Marc dans le labyrinthe des salles qui nous mène presque miraculeusement là où ses bouteilles sont mathématiquement stockées. Le carton vide se remplit énergiquement, et à chacun d’entre nous est confié un flacon « nous allons aussi goûter ça ! ». Nous suivons alors tant bien que mal Marc – ou plutôt son rythme de marche – jusqu’à la cave, c’est là que nous allons déguster. Nous commençons par les cuvées qui n’ont pas encore été mises en bouteille, des 2019 qui présentent une belle gourmandise, et promettent un millésime à la fois frais et d’une grande buvabilité. Puis c’est un festival : Marc manie à la perfection son tire-bouchon, pour retirer la cire colorée des bouteilles avant de les ouvrir et de nous servir. A chaque cuvée, une histoire, une anecdote : « ça, c’est la Vigne des Fous, parce que les vieux ont toujours dit qu’il faut être fou pour y travailler tellement sa pente est rude », « Maurice, c’est un hommage pour ce gars qui m’a accueilli à mon arrivée à Fleurie. »

 

Après cette magnifique dégustation, direction Fleurie, où nous finissons la soirée au restaurant, accompagnés de Marc et de ses bonnes histoires ! Une soirée mémorable qui restera longtemps gravée dans nos mémoires, et nos palais !

 

Lire le récit du premier jour de cette virée, et découvrir celui de la dernière journée 

Découvrez nos cuvées du Beaujolais ici

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  • Voir les commentaires (2)

  • claude Chiron

    Pourquoi mettre en avant la photo du dégustateur ?? Dans la qualité du vin, seul le vigneron est important. Il serait temps qu’un peu d’humilité soit ressentie dans ce blog .
    Salutations œnologiques

    • iDealwine

      Bonjour,
      Merci pour votre commentaire. Cinq domaines étant présentés dans cet article, il n’était donc pas possible de mettre une photo d’un seul vigneron sous peine de le favoriser au détriment des autres. De surcroît la photo mise en avant ne met pas l’accent sur le dégustateur mais bien sur la dégustation, avec un zoom spécifique sur la pipette. Chaque vigneron est valorisé dans la suite de l’article comme vous pouvez le voir.
      Salutations œnologiques

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