Réchauffement climatique : le vignoble français est-il menacé de disparition ?

caniculeMême si sa réalité reste controversée, le réchauffement climatique agite régulièrement les esprits. Avec pour nous, les amateurs de vin, quelques menaces à la clé pour nos grands crus favoris. Alors, fantasme ou vrai péril ?

 Tel un serpent de mer, la question du réchauffement climatique vient hanter régulièrement les médias et les discussions de bistrot. Certains déclenchent sans cesse les sirènes d’alarme, d’autres se demandent, après une série d’hivers plutôt rudes et de mois de juin où le thermomètre ne dépasse pas les 17°, si on n’est pas en train de crier “au loup” pour effrayer le bon peuple…

Dans le monde du vin en particulier, certains s’alarment de la montée régulière des degrés ou de la sécheresse qui menace l’équilibre vital des vignes. Et le débat vient d’être relancé à la suite de la publication d’une très sérieuse étude scientifique aux Etats-Unis (dans la revue de la National Academy of Sciences) qui tend à démontrer que les modifications climatiques prévues par certains modèles risquent de bouleverser de façon majeure la géographie des vignobles dans le monde, et ce dès 2050. L’étude indique, entre autres, qu’il sera par exemple difficile de continuer à cultiver des vignes en Europe dans le Bordelais, la vallée du Rhône ou la Toscane à partir du milieu du siècle actuel, autrement dit dans une quarantaine d’année ! Dans le reste du monde, le Chili, la Californie et l’Australie seraient les régions les plus touchées. L’étude ne nous condamne pas pour autant à une abstinence définitive puisqu’elle souligne que cette modification climatique pourra permettre de créer des vignobles dans des régions plus septentrionales. Ouf ! On va donc pouvoir se régaler de champagnes suédois et de syrah des Côtes du Rhin !

Plus sérieusement, ces menaces sont-elles crédibles ? Signalons pour commencer que la réalité du réchauffement climatique fait encore débat au sein de la communauté scientifique, même si le lobby écologiste tend à confisquer la parole pour pouvoir continuer à agiter les épouvantails qui justifient sont existence. Quand bien même la montée des températures annuelles moyennes serait réelle depuis une quinzaine d’années, ce ne serait qu’une minuscule goutte d’eau dans les grandes évolutions climatiques de l’histoire du monde. Un minimum de prudence incite donc à prendre un peu de recul sur ce phénomène.

Et pour ce qui concerne ce qui nous passionne, la culture de la vigne, quelques réflexions s’imposent.

La première, il ne faut tout de même pas l’oublier, c’est que si le réchauffement climatique existe, il a, pour l’instant, plutôt amélioré les vins que l’inverse. Jusqu’à présent, le cabernet-sauvignon bordelais, le pinot noir bourguignon ou le cabernet franc de Loire présentaient plus souvent des arômes verts et végétaux que confiturés ou de pruneau confit… Les années chaudes (2005, 2009, 2010) donnent tout de même les meilleurs millésimes ! Et si la chaptalisation (ajout de sucre pour faire monter les degrés) se raréfie, personne ne va pouvoir s’en plaindre !

Sur la montée des degrés – une réalité dans la plupart des vignobles français – le réchauffement climatique en est peut-être une raison, mais, plus sûrement encore, ce sont les pratiques culturales qui en sont la cause. La volonté de produire des vins avec des raisins plus mûrs (notamment sous l’influence d’une certaine critique internationale…) et en baissant les rendements, a mécaniquement fait monter les degrés. Le possible réchauffement climatique n’est donc pas seul en cause !

Ensuite, il semble quand même qu’il nous reste un peu de marge… Depuis dix ans, que ce soit à Bordeaux, en Bourgogne ou dans la Loire, il y a encore de nombreux millésimes qui se signalent plus par une maturité minimaliste, voire une sous-maturité que par des raisins flétris par la canicule… 2004, 2007, 2008, 2012, par exemple, sont là pour nous le rappeler, ce qui fait quand même près d’un millésime sur deux…

Enfin, quand bien même la menace serait réelle, il existe des solutions tout à fait naturelles pour s’adapter à ces changements. Par exemple en faisant évoluer l’encépagement. Prenons un exemple flagrant : les responsables des AOC du sud de la vallée du Rhône, qui ont systématiquement poussé à planter de la syrah, pourraient retourner leur veste et remettre en avant des cépages plus traditionnels de cette région comme le carignan, la counoise, ou le vaccarèse, plus adaptés à un climat très chaud. Ou pour prendre une autre région, revenir à plus de cabernet-sauvignon (ou franc) et moins de merlot à Bordeaux. Par exemple aussi en faisant progressivement remonter la vigne sur les coteaux et se retirer des plaines (un ou deux degrés de moins de température moyenne serait fondamental). Mais de là à faire “monter” tous les cépages d’un cran vers le nord (la syrah en Bourgogne ou le pinot noir en Norvège), il y a une sacrée marge !

Pour conclure – provisoirement – ces quelques pistes de réflexion, il faut souligner que ces études alarmistes oublient un élément essentiel : l’homme. L’histoire de la vigne depuis plus de cinq mille ans est en effet celle d’une perpétuelle adaptation. Par des choix culturaux ou par des techniques, nos ancêtres vignerons ont toujours su s’adapter à ce qu’ils ne peuvent pas maîtriser, comme le climat. Il n’y a pas de raison pour que cela ne continue pas. Ce qui ne doit pas nous empêcher de faire évoluer aussi notre mode de vie et nos modes de consommation pour éviter qu’ils ne finissent par menacer réellement notre petit hectare de Romanée-Conti !

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  • CHAUVET

    Sauf si la chaleur avait sévi en Bourgogne au point de rétrécir également la surface des parcelles, ce dont je n’ai pas eu d’écho, la Romanée Conti s’étend sur 1,814 ha.

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