Guide des vins de Bourgogne : qu’est-ce qu’un Climat ?

Climats BourgogneEn Bourgogne, climat ne définit pas un terme météorologique, mais bien des parcelles composant le vignoble, réparties sur la côte de Nuits et la côte de Beaune, coteaux naturels aux sols argilo-calcaires de composition extrêmement variable s’étendant sur 50 km du sud de Dijon jusqu’aux Maranges. IDealwine vous en dit plus sur cette spécificité bourguignonne reconnue internationalement. 

 

Qu’est-ce qu’un climat ?

« En Bourgogne, quand on parle d’un Climat, on ne lève pas les yeux au ciel, on les baisse sur la terre« , citait Bernard Pivot, écrivain et président du Comité de soutien. En Bourgogne, on désigne par le terme de « climat » les différents terroirs viticoles répartis en parcelles bien délimitées, qui se distinguent par leurs caractéristiques naturelles (géologie, exposition, cépage…) qui ont été façonnées par le travail humain et peu à peu identifiées par rapport au vin qu’elles produisent, et portent des noms parfois poétiques.

Ce terme apparaît pour la première fois au XVIe siècle, comme un synonyme de lieu-dit. Puis son usage s’est généralisé au siècle suivant. Et si vous voulez l’étymologie du mot – histoire de passer vraiment pour un savant ! – la voici : du grec « klima-atos » désignant une région présentant la même inclinaison sur la courbure de la Terre ; en latin, cela devient « clima-atis. Au fil du temps, le sens a évolué, pour désigner une région, puis un ensemble de vignes et enfin, véritablement une parcelle de vigne délimitée.

Il existe aujourd’hui 1463 climats et lieux-dits bourguignons.

 

Une spécificité construite progressivement, au fil des siècles

Si la viticulture est implantée en Bourgogne depuis l’Antiquité, dès la fin du Ier siècle après J.-C., elle s’est pour autant précédemment modifiée au fil du temps. Jusqu’au VIIe siècle, les vignes se trouvaient essentiellement dans les plaines, alors même que l’on sait aujourd’hui que ce ne sont généralement pas les meilleurs terroirs – on reconnait au contraire la supériorité du « piémont, » partie basse du coteau. C’est au Vie siècle que la loi burgonde favorise l’implantation des vignes sur les pentes, moins utilisées pour l’agriculture. Les abbayes de Cluny (fondée en 910) et de Cîteaux (fondée en 1098) jouèrent un rôle fondamental dans le développement du vignoble de la région, améliorant les techniques et mettant progressivement en place une délimitation parcellaire, notamment avec les clos. L’export des vins de Bourgogne en Europe a débuté dès les XIV et XVe siècles. C’est à la toute fin du XIVe siècle que Philippe Le Hardi – Duc de Bourgogne – interdit la culture du gamay sur ses terres, au profit du pinot noir considéré comme plus qualitatif. Le duché de Bourgogne rejoignant le royaume de France en 1477, les terres commencent à se morceler entre de nombreux propriétaires.

C’est en 1584 qu’il est fait mention pour la 1ere fois du mot « climat », dans un document relatif au Clos de Bèze. A partir de là, le terme se généralise, d’abord via les actes juridiques relatifs au foncier. A cette époque, deux célèbres documents représentent les climats sous forme de plan de bornage : les tibériades de Dijon, dites « la petite tibériade » datée de 1550 et « la grande tibériade » de 1567-1571. À partir de la seconde moitié du XVIIème siècle, les vignes situées entre Gevrey et Marsannay (Nord de la Côte de Nuits) et, en 1680, « les vins de Nuits » se développent. Jusqu’à la fin du XVIIIème siècle, les vins issus de climats spécifiques et réputés se développent ; ces vins commencent alors à prendre le nom de leur lieu d’origine et à s’apprécier. Ce modèle se développe et les vins sont exportés partout en Europe par les maisons de négoce. Avec la Révolution, de nombreuses vignes changent de propriétaire. Puis, la crise du phylloxéra à la fin du XIXe siècle vient encore modifier la viticulture, dans le sens d’une plus grande professionnalisation. A partir des années 1930, certains producteurs commencent à mettre en bouteille eux-mêmes leurs vins, afin de lutter contre les fraudes et de garantir l’origine. Enfin, avec la création des AOC en 1936, les nouvelles normes font ressortir les particularismes des différentes climats.

 

D’où les climats tirent-ils leur nom ?

La Romanée, La Tâche, Echezeaux, Les Gaudichots (Vosne-Romanée), Aux Charmes (Morey-Saint-Denis), Aux Beaux Bruns (Chambolle-Musigny), Les Poulettes et Les Procès (Nuits-Saint-Georges) ou encore La Jeunellotte et Sous le Dos d’Ane (Meursault), ou Les Pucelles et toutes les déclinaisons de Montrachet (Puligny-Montrachet) vous semblent être des noms bien mystérieux ?

Tous ces climats tirent pourtant bien leu nom de leur histoire, qui s’inscrit, comme nous l’avons vu, dans le temps long, remontant souvent au Moyen-Age. Ils font tantôt référence aux caractéristiques géologiques ou topographiques des lieux, tantôt à l’origine, l’histoire ou la fonction du lieu.

Par exemple, les climats comprenant le mot – ou un dérivé – « chaume » font référence aux friches laissées par l’extension de la vigne sur les bois (chaume étant synonyme de friche). De là viennent « Les Chaumes » ou « Les Chaumées » et même plus tard « Charme ».

« La Romanée » fait quant à elle référence à la proximité avec une ancienne voie romaine.

Les différents Clos sont quant à eux les vestiges de l’emprise foncière des moines. Les déclinaisons et variantes d' »Echézeaux » renvoient aux « chezeaux », désignant l’emplacement de la maison en latin.

« Les Crais« , « Les Cras » et leurs variantes désignent les éboulis pierreux du sol.

« Les poulettes » ne font pas référence aux jeunes poules qui ne pondent pas encore, mais à son autre sens : les boutures de la vigne de l’année.

Dans de nombreux cas, plusieurs interprétations sont possibles comme pour « Les Amoureuses » : on parle souvent de la terre argileuse de cette parcelle, qui colle aux bottes et dont on dit qu’elle est « amoureuse », mais on dit aussi que ce vin est très fin et élégant, qu’il a un côté féminin et délicat.

Enfin, dernier exemple, « Bâtard-Montrachet » tirerait son nom de sa position sous le Montrachet (qui provient lui de Mont Rachaz), ce qui le rend inférieur à ce dernier par rapport à la société féodale, d’où le préfixe de bâtard, mais de nombreuses légendes livrent d’autres explications plus fantaisistes.

 

 

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