
Depuis plus de vingt ans, Philippe Gayral sillonne le Roussillon à la recherche de vieux vins doux naturels oubliés dans les caves familiales et coopératives. À la tête de la société Muse, il sélectionne, analyse et commercialise des Rivesaltes, Banyuls et autres trésors du patrimoine viticole régional. Une activité de passionné, animée par une conviction profonde : protéger de l’oubli ces vins rares et les histoires qui les accompagnent.
Une passion devenue métier
Originaire du Lot-et-Garonne, Philippe Gayral a passé plusieurs années dans l’enseignement et la direction pédagogique d’une école de commerce à Paris, il rejoint une importante société coopérative du Roussillon, principalement spécialisée dans les vins doux naturels.
En 1997, il découvre ces vins : « Je suis tombé dans les vins doux naturels. Je trouvais ces vins extraordinaires par leur qualité, leur diversité et leur histoire ». Deux ans plus tard, il achète un lot de Rivesaltes âgés de plus de cinquante ans. À l’époque, ces bouteilles sont vendues autour de cinq euros pièce. Philippe comprend alors que ces vins anciens méritent une attention particulière et un circuit de distribution adapté.
Il commence par les commercialiser comme agent indépendant, avant de créer sa propre société, Muse, en 2005. Aujourd’hui cogérée avec sa fille, l’entreprise est spécialisée dans la recherche, la sélection, la mise en bouteille et la commercialisation de vieux millésimes de vins doux naturels.
En parallèle, Philippe continue d’enseigner la distribution, le commerce, le commerce international et le marketing, notamment dans des formations liées au vin à Toulouse et Montpellier. Il a confié l’aval de l’entreprise à son ami Charles Lemoine, tout en conservant la gestion générale et surtout la partie sourcing, qui reste au cœur de son activité.
À la recherche des caves oubliées
Le sourcing constitue le cœur du travail de Philippe Gayral. Il contacte directement les familles, les domaines et les caves coopératives. « C’est vraiment un métier de recherche. Il faut creuser et travailler le réseau en profondeur ».
Les recherches peuvent être longues. Il faut parfois rencontrer plusieurs personnes avant d’obtenir une information sur une cave ou un stock. Philippe se déplace dans le Roussillon, afin de rencontrer les familles et de visiter les lieux de conservation.
Les vins sont généralement conservés dans des demi-muids, des foudres ou des bonbonnes de verre. Ces visites ont souvent une dimension familiale et patrimoniale. Les vins retrouvés sont parfois les derniers stocks d’une propriété qui a cessé de produire des vins doux naturels pour se tourner vers les vins secs. La vente marque alors la fin d’un chapitre.
« Ils sont en train de vendre les derniers vins. Il y a une certaine émotion, car ce n’est pas simplement une transaction. Ce sont des familles qui tournent une page. C’est une forme de transmission ».
Une fois les lots identifiés, Philippe organise des dégustations avec des œnologues et d’autres dégustateurs expérimentés. Les vins trop oxydatifs ou trop dilués sont écartés. Les cuvées retenues sont ensuite analysées dans un laboratoire indépendant.
Le degré d’alcool, ainsi que la présence éventuelle de plomb, de fer ou de cuivre, sont contrôlés. Entre 20 et 25 % des vins sont ainsi éliminés, car ils ne répondent pas aux normes exigées par certains marchés, notamment le Japon, les États-Unis, le Canada ou la Norvège. La traçabilité est également essentielle. Les livres de cave, l’origine des vins et leur historique sont étudiés avec attention.
L’Archiviste, une mémoire en bouteille

Philippe Gayral possède aujourd’hui des millésimes allant jusqu’à 2000 pour les plus jeunes, tandis que certains remontent à la fin des années 1920.
Parmi les bouteilles qui l’ont particulièrement marqué figure un Banyuls 1950 du domaine Piétri-Géraud, qui a obtenu la note de 19,5 sur 20 de la part de Jancis Robinson. La critique britannique était venue le déguster directement sur place, dans le foudre où il vieillissait.
C’est également Jancis Robinson qui a contribué à faire émerger le nom de « L’Archiviste », une appellation qui correspond parfaitement à la démarche de Philippe. « Je ne suis pas seulement un chercheur. Je cherche aussi à catégoriser, classer, protéger et archiver ces vins afin qu’ils ne tombent pas dans l’oubli », explique-t-il. La marque L’Archiviste est désormais utilisée de plus en plus. Elle permet de valoriser l’histoire des vins tout en respectant la volonté des domaines.
Philippe Gayral conserve également soixante bouteilles de chaque référence pour sa fille et ses éventuels descendants. Il souhaite ainsi constituer une collection familiale, mais aussi une véritable archive du patrimoine viticole régional.
Une commercialisation internationale tournée vers l’avenir
Muse vend exclusivement aux professionnels afin de ne pas concurrencer ses propres clients. La société travaille principalement avec des importateurs, des cavistes et des distributeurs spécialisés.
Pour Philippe Gayral, il est important que ses clients soient capables de raconter ses vins. Les vins doux naturels sont des produits de niche, qui nécessitent un véritable travail de pédagogie. Philippe forme régulièrement les équipes commerciales de ses importateurs, notamment aux États-Unis. Il leur transmet l’histoire des domaines, les caractéristiques des millésimes et les éléments nécessaires pour présenter les bouteilles aux clients.
L’export représente la majorité de l’activité. Le Japon a été l’un des premiers marchés de Philippe. Il travaille également avec la Corée, les États-Unis, Hong Kong et Singapour.
Lire également sur le Journal iDealwine :
Tout savoir sur les vins doux naturels
Rivesaltes et Banyuls 1933, 1943, 1953, 1963, 1973, 1983 : six vins doux naturels de légende !
