Le château Haut-Bages Libéral : biodynamie et agroforesterie dans un cru classé 1855

Chateau-Haut-Bages-Liberal

Rare cru classé 1855 biodynamique, le château Haut-Bages Libéral a une histoire passionnante à raconter et une vision de la viticulture assez singulière à Bordeaux. Un domaine tout particulièrement à la pointe de la recherche agronomique et en avance dans toutes les techniques bio/biodynamiques pour stimuler la vie des sols. On vous en dit plus !

Grand cru classé 1855, le château Haut-Bages Libéral, situé à Pauillac, est aujourd’hui la propriété de Claire Villars-Lurton – épouse de Gonzague Lurton, propriétaire du château Dufort-Vivens – qui a pris la suite de sa mère Bernadette. Le domaine doit son nom actuel à la famille Libéral qui le détenait au début du XVIIIe siècle et qui s’était notamment attachée à réunir les meilleurs terroirs du sud de l’appellation Pauillac.

Haut-Bages-Liberal-Claire-et-Gonzague

Au fil du temps, différents propriétaires se sont succédé, sans forcément énormément marquer son histoire, certains se consacrant souvent plus à d’autres de leurs propriétés, comme par exemple la famille Merlaut qui était davantage accaparée par le château Chasse-Spleen. C’est donc vraiment avec l’arrivée de Claire Villars-Lurton, 3e génération de la famille Merlaut, que des moyens conséquents ont été mis en place pour réveiller cette propriété quelque peu négligée. Cette dernière va investir dans de nouveaux chais mais aussi insuffler une toute nouvelle direction à la production du domaine, vers le bio, la biodynamie qui se traduira également par de belles évolutions du style des vins.

Un vignoble en bio et biodynamie, où l’on stimule au maximum la vie des sols

Le vignoble s’étend sur 30 hectares de vignes divisés en 3 lieux-dits, voisins des châteaux Latour, Pichon Baron de Longueville et Château Grand-Puy Lacoste. Les sous-sols du vignoble sont divisés principalement de deux ensembles : le premier est composé de graves profondes et l’autre d’argilo-calcaire et calcaire-crayeux, des sols conférant au vin une belle minéralité. L’ensemble repose sur une roche mère calcaire. La proximité du vignoble avec le fleuve lui apporte une certaine tempérance et limite par exemple le gel. L’encépagement est composé à 70% de cabernet sauvignon et 30% de merlot. Certaines parcelles sont assez anciennes, dont une de 4 hectares de merlot plantés en 1957 et sur laquelle ceux-ci sont issus de sélections massales. La moyenne d’âge du vignoble est d’environ 35 ans.

Haut-Bages-Liberal-Vignes

Le vignoble est travaillé en bio et même en biodynamie depuis 2007 sur certaines parcelles et le domaine a obtiendra la certification en biodynamie en 2021 (pour les vignes seulement, pas le vin pour le moment du fait de contraintes importantes sur les intrants lors de la vinification). Ce choix assez ancien de culture tenait à des convictions fortes de Claire Villars-Lurton, qui, docteur en physique ayant fait beaucoup de chimie – en plus de ses études d’œnologie -, s’est très vite rendue compte de tous les produits nocifs qui pouvaient être utilisés en viticulture. Elle a aussi beaucoup été influencée à ses débuts par Anne-Claude Leflaive, dont elle voyait les vins merveilleusement bien évoluer.

Au château, on utilise donc uniquement les traitements autorisés en bio et biodynamie, ainsi que les préparations habituelles de la biodynamie. Beaucoup d’extraits de plantes sont appliqués, comme des extraits de tanins, travaillées par le domaine lui-même, à partir d’extraits d’écorce de chêne notamment.

L’importance du couvert végétal

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Le château affiche avec fierté une certaine avance sur tous les sujets de couvert végétal, dans lesquels les équipes du domaine se sont beaucoup investies. C’est notamment le passage au bio qui les a incité à s’intéresser à ces questions. En effet, Claire nous explique que pour être en bio sur un terroir argilo-calcaire, le couvert végétal est presque une obligation pour ne pas que les tracteurs s’enfoncent dans le sol après des pluies importantes. Ainsi, ils ont commencé par semer du gazon et des céréales, puis depuis 2 ans, ils ont augmenté la diversité des espèces plantées, avec des mélanges de graminées, des légumineuses, des crucifères… qu’ils plantent selon la problématique de la parcelle. Par exemple, pour des sols trop compactés, ils vont planter de la moutarde, du trèfle ou des légumineuses pour justement décompacter un peu les sols.

La propriétaire nous a aussi longuement parlé du rôle essentiel des mycorhizes, des champignons microscopiques qui poussent dans le sous-sol et décomposent la matière organique du sol pour la restituer en partie aux vignes. Ces champignons englobent les pieds de vignes, s’en nourrissent et les soignent aussi en retour. Ils participent vraiment à la symbiose entre les sols et la vigne, lui apportent des oligoéléments. Le couvert végétal augmente justement ce réseau mycorhizien qui permet aussi aux plantes de communiquer entre elles. En outre, la propriété fait très attention aux labours, qui, lorsqu’ils sont trop profonds, peuvent justement endommager tout ce réseau. Ils font même certaines expérimentations pour abandonner totalement le labour sur certaines parcelles, en tondant afin de préserver le réseau mycorhizien des vignes.

Un autre avantage du couvert végétal tient également dans la prévention contre le mildiou grâce à la biodiversité ; cela rend également le sol plus perméable, l’eau s’infiltre donc mieux en profondeur et ne stagne pas en surface. De la même manière, il joue aussi un rôle contre le gel. Enfin, le couvert végétal leur permet aussi de diminuer les doses de cuivre dans les vignes ; ils en utilisent entre 2 et 3 kg par hectare selon les millésimes.

La propriété a observé de réelles améliorations depuis qu’ils ont mis en place ce fameux couvert végétal il y a déjà de nombreuses années. Claire précise même le rôle non-négligeable dans la « capture » du CO2 dans le sol, qui serait au contraire libéré par des labours profonds. « Au départ, le passage en bio fait généralement baisser les rendements, du fait des maladies mais aussi parce qu’il faut du temps aux sols pour retrouver de la vie. Par exemple nous avions de petits rendements de 2006 à 2012, mais depuis 2015 c’est tout l’inverse, nous avons parmi les plus beaux rendements de l’appellation.« 

L’agroforesterie a également été développée largement sur le domaine. Les équipes du château sont très en pointe en matière de recherche sur les pratiques viticoles durables et respectueuses de l’environnement. Le château Haut-Bages Libéral est membre fondateur d’une société de conseil : La belle vigne qui donne des conseils aux vignerons sur les couverts végétaux afin  de les aider à cette transition écologique que l’on appelle AGRO-Ecologie. Ils travaillent avec beaucoup de spécialistes sur divers sujets de ce type et profite des résultats de leurs recherches pour également les faire bénéficier à d’autres.

Des vinifications au service de la digestibilité des vins

Les chais ont été rénovés en 2001 et en 2017, sous la direction du célèbre architecte bordelais, Fabien Pédelaborde. Le cuvier est composé de 16 cuves inox et 16 cuves béton thermorégulées, mais aussi d’amphores et de cuves ovoïdes, qui, grâce à leur microporosité, apportent ce qu’il faut d’oxygène. Les vinifications sont parcellaires. Les fermentations sont réalisées avec un pied de cuve, les levures sont analysées et certaines peuvent éventuellement être écartées, puis elles sont utilisées pour démarrer les fermentations dans les différentes cuves. Là encore, ce choix est fait dans un souci de précision et pour éviter toute déviance (brett). Les fermentations se font à basse température et les vinifications sont dans l’ensemble peu interventionnistes, avec seulement un remontage quotidien. « Le style a pas mal évolué ces dernières années, particulièrement depuis 2017, et nous extrayons beaucoup moins de matière qu’avant pour obtenir une belle souplesse dans nos vins. » Les équipes pressent les peaux et mettent les vins de presse en barriques puis gouttent les différents tonneaux, les notent et en fonction de la qualité de leurs tanins, choisissent les pièces qui les intéressent pour les assembler au vin. Ils obtiennent ainsi précisément la qualité de tanins souhaitée.

Peu d’intrants sont utilisés, même le soufre est adopté en quantités raisonnables, de l’ordre de 50-55 mg/L de SO2 total ; il n’est ajouté qu’après les malo, puis de façon très rationnée et éventuellement un réajustement est fait au moment de la mise en bouteille. L’élevage se fait avec 40% de bois neuf, 40% d’un vin et 20% en amphore et cuve ovoïde.

Tout ce travail en cave est orchestré avec beaucoup de précision et de minutie. De nombreuses analyses sont faites très régulièrement afin de produire le meilleur vin chaque année.

Les vins du château Haut-Bages Libéral

Claire Villars-Lurton nous explique qu’elle cherche avant tout à  » produire des vins qu’on a envie de boire, avec une grande buvabilité et des tanins très souples, beaucoup d’énergie, des vins vivants. Je veux faire des vins qu’on puisse boire jeunes mais qu’on puisse aussi garder longtemps en cave. C’est certain qu’au bout de 10 ans les vins sont beaucoup plus complexes, mais il faut qu’on puisse en profiter assez rapidement aussi. Je souhaite que mes vins soient lumineux et aussi fruités. C’est parfois une caractéristique qu’on a pu oublier à Bordeaux, le goût du raisin, le goût du fruit. C’est pour cela qu’il faut revenir à des extractions manuelles modérées, en s’aidant de la technique bien sûr, mais revenir aux bases.« 

Une chose est sûre, les vins du château Haut-Bages Libéral comptent parmi nos coups de cœur à Bordeaux, des vins qui se goutent toujours extrêmement bien dès la période des primeurs et qui sortent vraiment du lot selon nous.

Pauillac, Château Haut-Bages Libéral

Un grand vin de garde et biodynamique issu d’un terroir médocain prestigieux. Voisin des illustres châteaux Latour et Pichon, ce 5ème Grand Cru Classé dispose d’un beau potentiel de garde mais s’avère aussi délicieux et de grande buvabilité dès sa jeunesse.

Voir tous les vins du château Haut-Bages Libéral en vente

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