L’art de la dégustation : coupe ou flûte pour le champagne ?

Le journaliste Philippe Margot nous livre, avec passion et humour, tous les conseils nécessaires pour apprécier et déguster le champagne dans les meilleures conditions.

Lecteur attentif de la Newsletter iDealwine, le journaliste et écrivain Philippe Margot n’a pas manqué de relever l’emploi de l’expression « coupe de Champagne », à propos de la cuvée de Champagne Cattier servie sur le Concorde. Sa réaction : « Pour le champagne la coupe, c’est totalement désuet, mais l’idée reçue toujours associée à ce noble breuvage veut que parler de coupe, c’est plus classe, chic et un brin snob ! » Serions-nous chez iDealwine, au mieux désuets, au pire, un brin snobs ? Peu importe en fait, ce qui compte, c’est de savoir déguster une belle cuvée de Champagne dans les règles de l’art ! Un grand merci à Philippe Margot de nous faire partager cet indispensable rappel historique ainsi que ses meilleurs conseils.

Le débat faisait rage entre partisans de la coupe et les irréductibles de la flûte, nous disons volontairement cette phrase au passé car la question ne devrait plus se poser. Pourtant, d’excellents restaurants gastronomiques proposent encore une coupe de champagne qu’ils vous servent dans des flûtes !

Chacun choisit son camp, affûte ses arguments, l’un fait l’apologie de l’esthétique pour la coupe, l’autre des arômes pour la flûte ; mettons de l’ordre dans les idées.

Vous avez tous constaté combien la coupe se prête peu à la dégustation du Champagne. Pourtant, on a coutume de dire : « je vous sers une coupe » et très rarement : « je vous sers une flûte de champagne » ?

C’est totalement désuet de proposer la coupe, mais celui qui le prononce ainsi croit faire plus classe, chic, voire un brin snob…

La légende dit que la première coupe a été moulée sur le sein gauche de la Marquise de Pompadour (Jeanne Antoinette Poisson, marquise de Pompadour 1721 – 1764, maîtresse favorite de Louis XV).

La marquise de Pompadour.

D’autres prétendent quelle a été moulée sur le sein de Marie-Antoinette d’Autriche, reine de France, épouse de Louis XVI et guillotinée à la Révolution française après une longue captivité.

Marie Antoinette d'Autriche (1755 - 1793).

D’autres citent Pauline Borghèse (sœur cadette de Napoléon), sans préciser lequel !

Marie-Paulette Bonaparte dite Pauline Borghese (1780 - 1814).

Dans ce cas, la coupe a encore de beaux jours devant elle…

Nous sommes cependant tombés sur une source dont l’origine historique semble assez étayée :

Marie-Antoinette, reine de France, aurait fait créer, sur un moulage de son sein par l’artiste

Jean-Jacques Lagrenée (le Jeune -1739-1821), un service pour la laiterie de la reine à Rambouillet. Appelé « bol sein », l’œuvre est reproduite au musée national de Céramique de Sèvres et répertoriée exactement :

"Bol - sein ou jatte téton".

Il ne servait pas à consommer du champagne, mais bien du lait. Ces porcelaines étaient destinées à la laiterie que Louis XVI offrit à la reine en 1787, pour son domaine de Rambouillet. La légende veut que le galbe des jattes fût obtenu par moulage du sein royal… C’est peu probable, mais l’image est assez belle et s’inscrit dans le personnage de reine rebelle rêvé par Sofia Coppola dans son film. Le service, destiné à la dégustation du lait, fut probablement dispersé durant la Révolution. La petite histoire retiendra que deux femmes ayant joué un rôle dans le monde littéraire du siècle suivant possédèrent chacune un de ces bols: la princesse Mathilde de Belgique (1973)

Princesse Mathilde.
Madame Sabatier.

et Madame Sabatier, la Présidente. Aglaé-Joséphine, Apollonie Sabatier, de son vrai patronyme Savatier (1822-1889), née de père inconnu (probablement d’Harmand, vicomte d’Abancourt) mais reconnue par un militaire nommé Savatier et fille d’une lingère ; surnommée «La Présidente» par Théophile Gautier. Idolâtrée par Charles Baudelaire, elle a tenu durant plus de vingt ans de vie parisienne des dîners du dimanche qui attiraient dans le quartier Brèda surnommé « La nouvelle Athènes » un cercle brillant d’artistes, de poètes, de romanciers, de critiques et de chroniqueurs.

Désormais, entre connaisseurs, on utilise de préférence une flûte, les coupes étant accusées de perdre le bouquet du champagne. Ajoutons que le champagne est souvent bu lors de cocktails par des personnes qui sont debout et nombreuses. Lorsque l’on se faufile, une coupe de champagne à la main, un peu de bousculade et la moitié de la coupe est au sol ou sur la robe de sa voisine !


La flûte, qui ne doit pas être choisie trop étroite, a l’avantage de mieux conserver l’effervescence et de dévoiler son cordon de fines bulles. Souvent, la belle flûte est munie d’un « point d’effervescence* », simple endroit dépoli au fond du calice d’où partent un élégant cordon de fines bulles, ou train de bulles, ce qui est bien visible sur l’image de droite. La flûte de gauche n’est pas munie de cet artifice.

*ou « piège à bulles » (en allemand : Moussierpunkt – en anglais : sparkling point ou point of effervescence).

Les calices un peu plus larges sont recommandés pour les grands champagnes. Le calice est également plus facile à essuyer, après lavage.

Dans une flûte, on ne peut pas boire autrement que par petites gorgées, une façon de faire durer le plaisir.

Quant aux coupes souvent héritées des générations précédentes, le seul emploi que vous pourrez en faire sera réservé à certains entremets, comme la coupe de crevettes, et pour de nombreux desserts à base de fruits, de crème, par exemple.

Tout un historique sur l’Internet aux liens :

Tradition du Champagne

Les Maisons de Champagne

Ambassadeurs du Champagne.

Dernière recommandation :


Le Prince héritier des Asturies Felipe de Borbón, la Princesse d’Espagne, Letizia Ortiz. Représentants décevants, néanmoins charmants, du plus grand pays viticole (en surface) !

Cette photo n’a pas été choisie par hasard dans le « bêtisier du savoir-boire », le roi Juan Carlos et la reine Sofía d’Espagne venant d’accomplir une visite d’Etat en Suisse les 12 et 13 mai 2011.

Peut-être préférerez-vous cette autre photo :

Ce bref extrait du « Bêtisier du Savoir-Boire » doit influencer tous les œnophiles, célèbres ou non sur ce préalable indispensable pour apprécier le vin.

Merci à chacun de participer à notre croisade… en saisissant vos verres sur pied par la jambe !

La Princesse Letizia Ortiz d'Espagne (médiocre) et le Président Sarkozy (mauvais), ravis de trinquer !

En savoir plus sur la dégustation

En savoir plus sur la vinification du Champagne

A lire également, à propos de Philippe Margot :

Une collection de livres numériques dédiée aux grands crus

De l’art du bouchon

Une publication numérique consacrée au Champagne Taittinger Collection

Mathusalems, nabuchodonosors… mais d’où nous viennent ces noms ?

Du vin, de l’art, et … des étiquettes ! La saga des étiquettes de Mouton Rothschild

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  • Voir les commentaires (6)

  • Marc André Gagnon

    Ni coupe, ni flute, on sert le champagne dans des verres à vin afin d’en apprécier les arômes.
    La flute met en valeur les bulles, mais cache les arômes.
    Si vous servez un piètre champagne, utilisez les flutes pour l’effet visuel.
    Pour un champagne de qualité, servez-le dans un verre de vin assez grand avec le haut qui se referme afin de bien révéler ses arômes.

    L’idéal serait le verre tulipe allongé.

    • Philippe MARGOT

      C’est une très bonne remarque. Aussi, les bonnes cristalleries proposent maintenant deux types de flûtes.
      L’une relativement trop étroite, j’en conviens, pour les champagne d’apéritif, et l’autre avec un calice large et bombé, parfaite pour les grands champagnes de gastronomie.
      Un grand chef de cave nous avait appris que le champagne se sert bien frappé dans des flûtesque l’on conserve sur le plateau de service pendant 10 bonnes minutes avant de le proposer.
      Se précipiter sur un vin effervescent à peine versé nuit au plaisir !

  • sommelier

    Article intéressant! Il n’y a que les véritables vignerons ou les professionnels du vin pour nous expliquer et nous apprendre l’art de déguster un vin. Reste à dire que les accessoires du vin jouent aussi un rôle très important pour la dégustation de cette boisson sacrée.

  • ModeVerre

    Moi Perso, j’ai fait le tour de mon côté. La coupe ou la flûte sont parfaits pour la fête car ludiques. La coupe permet de prendre des gorgées énormes alors que la flûte va conserver les bulles et apporter du pep’s un côte festif. Par contre, pour un dîner ou une dégustation, un verre classique avec paraison en tulipe est indiscutable !

    Glacer le verre au freezer avant le service est aussi une manière assez appréciée.

  • Coupes de champagne

    Merci pour cet article très riche et intéressant!
    Le support d

  • Coupes de champagne

    Merci pour cet article riche et intéressant.
    Je crois aussi que le choix de la coupe ou de la flûte dépend du type d’évènement et du champagne. Car rien n’est plus classe que déguster son vin dans une magnifique coupe en cristal par exemple.

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