Interview BFM | Résultats des Hospices de Nuits, (mé)ventes de Bordeaux

Interview-BFM-Hospices-de-NuitsChaque mois Angélique de Lencquesaing répond aux questions de Guillaume Sommerer et de Cédric Decoeur dans l’émission Intégrale Placements, sur BFM Business. L’occasion de faire un point sur les toutes dernières tendances du marché des grands crus. La semaine dernière, elle décryptait avec eux les résultats de la vente des Hospices de Nuits Saint-Georges et les chiffres 2018 des ventes de bordeaux.

Il y a quelques jours se tenait la vente des Hospices de Nuits Saint-Georges. Le pendant de la vente des Hospices de Beaune, marquée par un nouveau record en novembre 2018. En comparaison, celle des hospices de Nuits a été décevante…

Oui, le résultat de la vente a été une déception pour le régisseur des Hospices de Nuits.
La vente a enregistré une baisse de 15,7% du produit vendu par rapport au record de 2018. Soit un total de 1,475M€. Et le prix moyen de la pièce de vin – un fût de 228 litres – a lui chuté de 20 ,69%.

Rien à voir avec les Hospices de Beaune, donc.

Comparaison Hospices de Beaune & Hospices de Nuits

C’est une vente moins médiatique que celle des Hospices de Beaune. L’histoire est pourtant plus ancienne, l’hôpital – l’hospice – de Nuits-Saint-Georges ayant été constitué deux siècles avant son illustre voisin. Le domaine viticole qui y est associé est moins étendu, il compte 12,4 ha de vignes, produisant essentiellement des vins d’appellation Nuits Saint-Georges, en rouge et (un peu) en blanc. En comparaison le vignoble des Hospices de Beaune couvre 60 hectares dans différentes appellations.

A Beaune, pour un volume de pièces adjugées cinq fois supérieur à la vente des Hospices de Nuits, le produit de la vente est pratiquement dix fois supérieur ! Pour mémoire il a atteint 14,2M€ en novembre 2018.

Il faut dire que les organisateurs de la vente des Hospices de Beaune ont mis en place une véritable machine de guerre médiatique, une campagne de communication mondiale étant orchestrée chaque année avec des dégustations aux 4 coins du monde avant la vente. Rien de tel pour la vente des Hospices de Nuits, qui ressemble encore, toutes choses égales par ailleurs, à ce qu’était encore la vente des vins à Beaune il y a dix ans.

C’est tout de même étonnant, car vous nous expliquez régulièrement que la Bourgogne concentre tous les appétits actuellement ?

Oui, effectivement. Dans les ventes aux enchères, sur les 50 vins les plus chers adjugés l’année dernière sur la plateforme d’iDealwine, 42 étaient des bourgognes ! Mais cette vente des Hospices de Nuits témoigne d’une réalité dont nous n’avons pas toujours conscience. Ces 42 flacons les plus chers représentent l’arbre qui cache la forêt. Un chapelet de signatures, mythiques, introuvables, d’un côté, et ensuite, des vins beaucoup plus abordables.

Nous préparons actuellement la publication du Baromètre des enchères, un document annuel dans lequel nous mettons en perspective les dernières tendances du marché des grands crus.
J’ai été moi-même surprise de constater que le prix moyen des bouteilles de bourgogne adjugées aux enchères n’était pas si élevé qu’on en pourrait le penser.

Pas si élevé ?

 

En 2018, les prix d’adjudication se sont échelonnés de 1€ à 16 173€ (pour une bouteille de Romanée-Conti 2005). Et le prix moyen, toutes régions confondues, des vins adjugés en 2018 sur iDealwine s’élève à 122€.

En Bourgogne on pourrait le penser beaucoup plus élevé, or il n’atteint – si l’on ose dire – « que » 164€. C’est vraiment l’effet trompe-l’œil de ces grands vins de Bourgogne qui biaise la perception.

Nuits Saint-Georges est pourtant situé en Côte de Nuits, la partie de la Bourgogne la plus chère ?

Oui, Nuits Saint-Georges est dans la Côte de Nuits, et le domaine des Hospices de Nuits compte pour l’essentiel des vins issus de cette appellation, en rouge et (pour une part infime) en blanc. Mais effectivement, en creusant dans nos propres enchères iDealwine, on constate que sur les 1864 flacons de nuits-saint-georges adjugés l’année dernière, on a certes des stars (Jayer, Leroy, Liger-Belair, Prieuré-Roch, Méo-Camuzet, Mugnier), mais le prix moyen des vins vendus sous cette appellation atteint 70€. Un montant bien inférieur à la moyenne bourguignonne (164€) citée précédemment.

Pour l’amateur qui achète en vue de se constituer un « patrimoine vin », cette vente marque-t-elle un signal de prudence à l’égard des vins de Bourgogne ?

Non, elle a le mérite de rappeler que, un peu comme à Bordeaux, on a quelques locomotives, constituées de vins rares et de grandes signatures.
Dans cette vente certains crus se sont distingué, le premier cru les Saint-Georges, par exemple, ou encore les pièces de Nuits Saint-Georges blanc, extrêmement rares.
Plus généralement, on ne voit à aujourd’hui aucun signe d’affaiblissement de cours sur les ténors de la cote, le fameux trio mythique constitué des domaines de La Romanée Conti, Armand Rousseau et Georges Roumier. De ce dernier domaine, un musigny 2005 a franchi il y a quelques jours le seuil des 10 000€ la bouteille (adjugé 10 336€). Un vin rarissime dont il n’est produit que 300 à 400 bouteilles par an. Sur iDealwine nous n’en avons vu passer aux enchères qu’un seul exemplaire en 2018.

A la suite de ces locomotives, la Bourgogne offre un train entier de vins moins prestigieux et plus abordables. Parmi lesquels l’amateur a tout intérêt à se pencher pour détecter les futures stars.

Vous avez des noms ?

On voit émerger aux enchères – et même s’envoler pour certains – des signatures comme celle du domaine des Tilleuls, les vins de Jean-Yves Bizot ou encore le domaine de l’Arlot.
Le Baromètre vous en fournira quelques autres… J

Ce qui étonne, pour revenir au relatif insuccès de la vente des Hospices de Nuits, c’est que les vins étaient issus du millésime 2018, qui s’annonçait bien. Est-ce un signal pour Bordeaux, également, qui semble peiner à l’export ?

Les chiffres 2018 des ventes de vins de Bordeaux viennent en effet de tomber, ils sont sévères.
144 millions de bouteilles ont été vendues, soit un recul de 12% par rapport à 2017. La valeur baisse aussi (-7%).

Mais les exportations ont encore plus souffert : -14% en volume. L’explication réside principalement dans les pertes enregistrées sur le millésime 2017 en raison de conditions climatiques désastreuses (récolte : -39%).

L’autre chiffre frappant est celui des expéditions vers la Chine, qui demeure le premier pays destinataire des exportations des vins de Bordeaux : -31% en volume, -22% en valeur.

La Chine ne boit plus de Bordeaux ?

La Chine boit deux types de Bordeaux : soit le haut du panier, les grands crus classés, soit les vins les moins chers possible, ainsi que l’indiquait Allan Sichel, Président du CIVB. Les volumes, vous le constatez, ont été impactés par la petite récolte. Mais les grands crus demeurent une cible de choix pour les amateurs asiatiques. Si l’on s’en tient aux enchères 2018 sur iDealwine, Bordeaux est sur-représenté dans le panier de nos acheteurs chinois, de Singapour ou du Japon : on y trouve à 49% des bordeaux durant l’année, contre 45% en moyenne chez l’ensemble de nos clients. Donc si, la Chine continue à boire du bordeaux, de grands bordeaux.

Bordeaux prépare attentivement les dégustations pour les vins de la récolte 2018 qui se dérouleront la première semaine d’avril, la fameuse semaine des primeurs. Le marché bordelais ne doit ignorer aucun signal, au moment où ses ventes ralentissent dans plusieurs zones ou sur segments de marché stratégiques.

Voir l’interview BFM d’Angélique de Lencquesaing :

 

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