Qu’est-ce que les trois Glorieuses ?

Si le terme de Trois Glorieuses fait référence aux événements révolutionnaires de 1830, cette expression nous mène aussi une centaine d’années après, en 1930, alors que la Bourgogne traverse une véritable crise économique engendrée par le crash de 1929. Les vignerons ne parviennent pas à vendre leurs vins, alors ceux-ci se retrouvent à la Paulée de Meursault pour se redonner du cœur à l’ouvrage ou avec la Confrérie des chevaliers du Tastevin « puisque les vins ne se vendent pas, buvons-les et invitons nos amis à les partager avec nous ». Ainsi, les Trois Glorieuses forment un week-end incontournable pour chaque amateur de vin : trois jours qui se suivent au mois de novembre (le 3ème week-end de novembre, du samedi au lundi), trois lieux au cœur de la Bourgogne viticole, et trois fêtes bachiques qui vous redonnent le sourire en ce mois automnal. Laure, chargée de communication chez iDealwine, s’y est immiscée pour vous, et vous raconte.

Si vous êtes fan de vins, vous vous devez de venir au moins une fois dans votre vie en Bourgogne, qui plus est pendant le fameux 3ème weekend de novembre, pour les Trois Glorieuses. Les vendanges sont bien terminées et les vinifications sont en cours, les vignerons ont déjà une belle idée du millésime et le monde entier est en Bourgogne pour en savoir plus, alors pourquoi pas vous ? L’occasion de traverser la région du nord au sud, de Vougeot, Beaune à Meursault, de vous délecter de nectars plus délicieux les uns que les autres, de vous promener dans les vignes et leurs derniers reflets automnaux (participer au semi-marathon de la vente des vins le samedi dans la journée), et peut être, si vous êtes chanceux, d’assister pour de bon à l’une des Trois Glorieuses.

La première glorieuse, cap sur le Clos de Vougeot

Si ce magnifique château au cœur du clos le plus connu du monde était autrefois demeure des moines, aujourd’hui ce sont les visiteurs qui s’y promènent, et, seize fois par an, de nobles hôtes vêtus de smoking et de robe longue, les talons battant le gravier de la cour centrale. C’est jour de chapitre ! Vous l’avez compris, la Confrérie des Chevaliers du Tastevin existe depuis les années 1930, moment où le vin de Bourgogne ne se vend plus, malgré de grands millésimes (1929, 1933 ou 1934) « le vin ne sort pas des caves et l’argent n’y rentre pas ». Deux vignerons de Nuits-Saint-Georges, Georges Faiveley (du domaine Faiveley) et Camille Rodier, prennent alors l’initiative de se réunir avec leurs amis pour un repas convivial et de ne se quitter qu’en promettant de faire de leur mieux pour promouvoir les vins de Bourgogne. La Confrérie du Tastevin, sorte de renouveau des confréries bachiques des XVIIe et XVIIIe siècles, né alors, d’abord au Caveau Nuiton de Nuits-Saint-Georges, puis après la guerre, au fameux château du Clos de Vougeot. Aujourd’hui, les repas continuent de s’y tenir 16 fois par an, véritable diner de gala qui commence par les intronisations de nouveaux confrères par le Grand Conseil et sous la présidence du Grand Maître.

Clos-de-Vougeot

Immersion en robe longue

Un des chapitres a donc lieu ce samedi soir, et seront entre autres intronisés les présidents de la vente aux enchères des Hospices de Beaune (la deuxième Glorieuse), cette année les acteurs Pio Marmaï et Jeanne Balibar. Si je n’ai jamais assisté à ce chapitre en question (voyez comme mon triathlon de novembre commence mal), j’ai eu la chance d’aller une fois dans ma vie à un diner de gala au Clos de Vougeot, le chapitre des Roses. Vêtue de ma plus belle robe longue et accompagnée de ma famille et amis, nous montons à Meursault dans le bus en direction du Clos de Vougeot (la soirée va être arrosée, pas question de se risquer en voiture). Nous remontons l’allée de drapeaux jaune et rouge (les couleurs de la Confrérie) jusqu’au porche, et entrons dans la cour intérieure. C’est dans la cuverie et ses immenses pressoirs, certains datent du XIIème siècle, que se passent les premières intronisations. « Par Bacchus dieu du vin, par Noé, père de la vigne, par Saint-Vincent, patron des vignerons, je vous fais chevalier du Tastevin » prononce le Grand Maître en tenue officielle, armé de son cep. Le diner a ensuite lieu dans le cellier, la grande salle de banquet. Près de 600 convives se voient servir deux œufs en meurette à température parfaite, une prouesse pour les chefs. La soirée se passe ainsi le plus merveilleusement du monde, entre mets délicats, vins soyeux et élégants qui sont le reflet de la région, animés de chants que chacun peut fredonner grâce à son carnet glissé dans le menu et rythmés de bans bourguignons. Les dernières intronisations ont lieu pendant ce long repas, avant que chacun ne rentre, ému et traits fatigués chez soi.

Deuxième Glorieuse aux Hospices de Beaune

En ce dimanche matin, aucune grasse matinée n’est accordée pour ceux qui souhaitent assister à la deuxième Glorieuse de ce fameux weekend. En début d’après-midi débute la célèbre vente aux enchères des Hospices de Beaune.

Fondées en 1443, les Hospices de Beaune sont à l’origine un asile destiné aux soins des plus démunis et fondé par Nicolas Rolin, chancelier du Duc de Bourgogne, et sa femme Guigone de Salins. Certains malades plus fortunés payaient alors leurs soins en offrant des terres…viticoles. A mesure des siècles, la vocation de l’institution est demeurée intacte, et les 60 hectares de vignes (pour l’essentiel en grands crus et premiers crus) permettent aujourd’hui de participer financièrement à l’entretien de l’hôpital (qui n’est plus installé dans les anciens locaux aux célèbres lits rouges), entre autres œuvres (musée, école d’infirmière…). La célèbre vente aux enchères, désormais médiatisée et suivie dans le monde entier, garde ainsi avant tout sa vocation caritative et constitue un indicateur important de la tendance sur le marché des vins de Bourgogne. Les lots portés au catalogue de la vente prennent le nom de « cuvée » indiquant l’appellation et le nom de l’un des grands bienfaiteurs de l’institution. C’est dans les Halles des Hospices, en face du célèbre bâtiment aux tuiles vernies que se tiennent les enchères, ponctuées au milieu par la célèbre vente de la pièce de charité (à la bougie) à destination d’une œuvre caritative extérieure et défendue par les présidents, cette année Pio Marmaï pour l’Institut Curie et Jeanne Balibar pour Solidarité Femmes. Le vin commercialisé au cours de la vente est celui de l’année, vendu en tonneaux, appelés « pièces », soit 228 litres. Chacun des lots acquis lors de la vente est confié à un négociant qui se charge de l’élevage des crus et de leur mise en bouteille.

La journée se clôture par le fameux diner aux chandelles donné dans le cadre médiéval du bastion de l’Hôtel Dieu, qui reste traditionnellement LE moment phare de cette deuxième journée, et ce que l’on surnomme véritablement la « deuxième Glorieuse ». Cette tour a été construite au XVème siècle et longe les cours et jardins de l’Hôtel-Dieu. Les lumières des chandelles éclairent ainsi les mûrs fortifiés recouverts des tapisseries des XVIIème et XVIII siècles tissées à la Manufacture Royale d’Aubusson.

Entrez avec moi dans la salle

J’ai la chance de pouvoir assister presque tous les ans à cette fameuse vente étant donné que mon père fait partie des négociants qui en élèvent les vins. Après un déjeuner rapide le dimanche midi avec les clients acheteurs du domaine (pas question de se laisser abattre tout de même…), nous nous rendons à Beaune pour le début de la vente. Les invitations sont pointées, nous sommes toujours au même endroit dans la salle et nous installons sur les chaises pour entendre les premières paroles de ce premier commissaire-priseur (la vente est une sorte de relai entre trois ou quatre d’entre eux). Les lots se suivent, le marteau tape, et à mesure des millésimes, les prix explosent. Dans la salle, l’on sent une véritable ambiance, de temps en temps des applaudissements, un ban bourguignon au moment de la pièce de charité, quelques cris de tel ou tel acheteur qui craint de ne pas se faire entendre, les paddles se lèvent en même temps que les mains. Dehors, les gens se pressent aux baies vitrées pour apercevoir l’intérieur et suivent la vente depuis le grand écran extérieur, entre un vin chaud et une gaufre à travers les ruelles animées. J’aime cette ambiance qui se tient jusqu’à 21h parfois, les années de belle récolte (inutile de vous dire que le millésime 2021 n’en fait pas partie), lorsque nous ressortons au froid sur la place des Hospices, contents des enchères passées.

Troisième Glorieuse au château de Meursault

Jamais deux sans trois. La troisième Glorieuse, la Paulée de Meursault, se passe au château de Meursault dont l’origine remonte au XIe siècle. C’est dans l’ancienne cuverie, plus de 500 m2, toujours équipée de ses vieilles cuves de bois, que se passent les festivités. Remontons en 1932, alors que Jules Lafon (domaine des Comtes Lafon), maire du village, instaure cette tradition de se retrouver autour d’un repas convivial, vignerons et ouvriers agricoles, pour fêter la fin des vendanges. Aujourd’hui, si les hôtes ont quelque peu changé (ce sont les propriétaires de vignes à Meursault qui ont des places et peuvent inviter négociants, clients et amis), le repas est toujours d’actualité et rassemble près de 700 convives. Si chacun rêve d’y être convié, rares sont les élus qui ont la chance d’assister une fois dans leur vie à ce repas mondialement connu, et que les murisaltiens tentent de garder au maximum dans son jus et respectueux des traditions. Au cours du repas, chaque vigneron apporte plusieurs de ses crus à déguster, du millésime de l’année aux plus vieux millésimes, et se fait une joie de les présenter à ses invités, mais aussi de sillonner les tables pour faire profiter les voisins. Un écrivain amateur de vin et ami de la Bourgogne est récompensé au cours du déjeuner, le vigneron à l’honneur cette année-là lui remet alors 100 bouteilles de meursault et lui enjoint d’en faire bon usage. Entre 13h et 19h, le repas bat son plein, et chacun peut ensuite visiter les caves ouvertes de plusieurs vignerons de Meursault avant de repartir chez lui ou là où on l’attend pour un diner bien mérité (humour, bien sûr).

Meursault Bourgogne vin iDealwine
Meursault

Je vous convie à la Paulée

J’ai eu la chance d’assister cette année à ma toute première paulée de Meursault. 11h sonne. Non, ne pensez pas que nous nous sommes levés si tard en raison de la vente d’hier. Il est vrai que la journée a été longue dans les Halles des Hospices, mais pas question de rester dormir ce matin car, avant de rejoindre le château de Meursault, nous avons du pain sur la planche. Et oui, chaque vigneron ou invité présent se doit d’apporter plusieurs flacons pour animer ce déjeuner prolongé, donc nous n’avons pas le temps de chômer. À midi, nous arrivons en tenue (bien habillés mais pas de smoking cette fois-ci) devant le beau château, chacun d’entre nous un carton de vin entre les bras. Le froid glacial nous conduit encore plus vite que prévu dans cette salle qui sera notre décor pour au moins sept heures durant. Les vignerons arrivent avec leurs hôtes et fourmillent autour des immenses tables espacées d’un peu plus d’un mètre pour saluer telle ou telle connaissance, sans perdre à l’esprit qu’il faut, à un moment ou à un autre, rejoindre sa place. L’on soulève la nappe pour ranger les cartons par terre, l’on débouche en avance ce qui doit l’être et s’émerveille en lisant le menu… La journée va être bonne ! Pendant tout le repas, la tradition bourguignonne continue de frapper : dans un joyeux désordre, on est sans cesse servi d’un nouveau vin à déguster (véritable sport que de remettre ses quatre verres en ordre – le verre à eau a été décidément substitué en verre à vin– et que d’écrire sur son feuillet le nom de chaque nectar pour ne pas se perdre dans cette danse joyeuse), on se fait prendre son avant-bras pour se balancer avec toute la table sur « Joyeux Enfants de la Bourgogne » ou « La Madelon », on lève ses mains pour 15 ou 16 bans bourguignons, on se délecte des plats délicieux qui se succèdent, on salue tel ami et lui échange un grand cru de Côte de Nuits contre un premier cru de Côte de Beaune (il est bien précisé de n’apporter que des vins de Bourgogne sur l’invitation, même si certains – illettrés apparemment ? – tiennent pourtant à jouer les malins avec des grands crus classés bordelais et autres icônes rhodaniennes). Après le discours du maire puis de Philippe Ballot, président de la Paulée, c’est le domaine à l’honneur qui introduit Frédéric Beigbeder, l’écrivain qui reçoit cette année le prix et aura la chance de repartir avec ses cent flacons. Celui-ci prend alors la parole et prononce son discours, teinté d’humour et (parfois) d’une légère démesure dont lui seul connait le secret, terminant sur les mots de Colette dans Prisons et Paradis (son aînée car elle a reçu ce même prix en 1951) : « J’ai tari le plus fin de la cave paternelle, godet à godet, délicatement…Ma mère rebouchait la bouteille entamée, et contemplait sur mes joues la gloire des crus français. » Après ce repas d’anthologie et le passage dans plusieurs caves de Meursault, je repars fatiguée mais heureuse, avec en tête de reprendre un train dans quelques heures pour Paris.

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