Domaine Plageoles : la renaissance de l’appellation Gaillac

Un petit nouveau vient de rejoindre le réseau iDealwine et nous nous en réjouissons ! Il faut dire que ce domaine est un vignoble historique et emblématique du Sud-Ouest et de Gaillac, à la production reconnue. Laissez-nous vous raconter son histoire passionnante, avec l’aide de Florent Plageoles, l’un des deux vignerons.

Direction le Sud-Ouest et plus précisément l’appellation Gaillac (située au nord du département du Tarn), à la découverte du domaine Plageoles. Ce vignoble historique de la région est exploité depuis 1805, soit 7 générations qui sont passées par là tout de même. Aujourd’hui, ce sont Florent et Romain Plageoles – représentants de la 7e génération donc – qui gèrent le domaine ensemble, tandis que leur père Bernard a pris sa retraite après avoir vinifié son dernier millésime, le 2015. Il ne s’est évidemment pas totalement coupé du domaine et continue notamment d’aider sur la partie vente directe.

Le vignoble s’étend sur 25 hectares, travaillés par les deux vignerons, trois salariés et de nombreux saisonniers.

Une exploitation familiale vieille de plus de deux siècles

C’est Jules Plageoles qui est à l’origine du domaine. Cet ouvrier agricole a constitué progressivement son vignoble, en achetant peu à peu des terres au début du XIXe siècle. A cette époque, il s’agissait d’une exploitation en polyculture, mêlant la vigne, les arbres fruitiers et les céréales. Au fil du temps, la surface s’agrandit et se concentre peu à peu sur la viticulture. En 1970, lorsque l’appellation Gaillac s’ouvre aux vins rouges, Marcel Plageoles commence à replanter des cépages autochtones comme le duras qui avait disparu de la région à la suite de la crise du phylloxéra. C’est ensuite au tour de son fils Robert de vinifier ses cuvées et il poursuit sur la même ligne que son père, refusant alors la dynamique à l’œuvre dans la région qui consistait à replanter des cépages internationaux comme le cabernet sauvignon. Il leur préfère les cépages indigènes, oubliés.

Florent, qui ne se destinait initialement pas à la vigne puisqu’il avait choisi d’étudier le tourisme, est finalement revenu sur place en 2010, à 26 ans. Il a alors suivi une formation viticole avant de pouvoir s’installer en 2013. C’est ensuite son frère Romain, qui est arrivé en 2014, après un parcours plus classique de vigneron : BTS viti-oeno, puis commerce du vin. Il a notamment fait ses classes aux domaines de la Monardière et Roucas Toumba, puis il a travaillé dans la restauration à Londres et à Paris. Il s’est installé définitivement, en tant que co-gérant du domaine familial avec Florent en 2017.

Leur mission : retrouver l’identité des vins de Gaillac grâce à ses cépages oubliés

L’arrière-grand-père de Florent et Romain, Marcel Plageoles était vigneron et greffeur de vignes. Il a donc greffé un grand nombre de vignes, sur son domaine bien sûr, mais aussi chez d’autres vignerons de la région. C’est ainsi qu’il a commencé son travail de recensement des vieux cépages locaux. Il a tout d’abord retrouvé l’ondenc et afin de le conserver et le protéger, il en a replanté deux rangées au milieu d’une parcelle de mauzac en 1983. Il a poursuivi ce travail de recherche, est allé voir chez d’autres vignerons les vieux cépages dont ils pouvaient disposer.

C’est ensuite son fils, Robert Plageoles, qui s’est lui aussi beaucoup intéressé à l’ampélographie et a cherché à retrouver, cultiver et protéger les cépages locaux, garants selon lui de l’identité des vins de Gaillac. Il a par exemple retrouvé du prunelard chez un ami vigneron qui allait l’arracher. Après une étude menée avec l’INRA sur l’identité confirmée de ces pieds, il en a replanté. La quête de ces différents cépages autochtones s’est donc effectuée par ces deux moyens : la recherche du matériel végétal existant chez les vignerons locaux et le rapprochement avec le conservatoire d’ampélographie de Marseillan lorsque les cépages n’existaient plus du tout à Gaillac, comme ce fut par exemple le cas pour le verdanel ou le mauzac noir.

Puis son fils Bernard, arrivé au domaine en 1983, lui a emboîté le pas et a replanté les cépages ondenc, len de l’ehl (ou loin de l’œil) et le mauzac. Et la démarche est assez rapidement saluée : « À la fin des années 1980, les vins de cépages autochtones du domaine Plageoles connaissent un rapide succès grâce au gastronome Jean-Pierre Coffe qui les met à l’honneur sur petit écran. » (Guide de La RVF). C’est également lui qui a pris le virage de l’agriculture bio au début des années 1990 et qui a pris le parti de travailler avec plus de liberté dans les vinifications.

Comme on peut s’y attendre, au début le domaine a rencontré un peu d’animosité autour de lui, le grand-père de Florent a ainsi été renvoyé du syndicat et s’est attiré les foudres d’autres vignerons. Mais têtu, « il n’a rien lâché » nous confie Florent. Et 40 ans plus tard, au début des années 2010, le syndicat a fait volteface et a compris l’intérêt pour l’appellation de promouvoir son identité, et ses cépages locaux. C’est ensuite toute une partie des vignerons de la région qui se sont mis à replanter ces cépages, surtout le prunelard.

Aujourd’hui, la relève est donc assurée par les deux fils de Bernard : Florent et Romain. Et encore une fois dans cette famille, la grappe n’est pas tombée loin du pied de vigne, les deux jeunes vignerons défendant ardemment la spécificité de leur domaine familial au travers de ces cépages autochtones.

Lorsqu’on demande à Florent quel est l’intérêt de replanter ces cépages locaux oubliés, il ne manque pas d’arguments : « C’est déjà de retrouver l’identité de Gaillac. Ici tous les cépages internationaux ont été plantés, alors qu’on voit aujourd’hui qu’ils ne sont pas du tout adaptés au climat, notamment avec le réchauffement climatique. Et puis on a essayé de copier ce qui marchait bien ailleurs, mais la copie égale rarement l’original… Au contraire, nos cépages locaux se révèlent encore aujourd’hui très bien adaptés au climat et même au dérèglement climatique, ils offrent des rendements intéressants. Pour le moment, sur les quatre cépages oubliés qu’on a plantés, on n’a eu aucune déception. Par exemple en 2021, on a eu une forte pression du mildiou car il y avait beaucoup de pluie et le verdanel s’en est très bien sorti, il n’a pas eu du tout de pourriture. »

Les vignerons ne comptent pas s’arrêter là et prévoient encore de nombreux essais sur d’autres cépages. Ils ont notamment une quinzaine de variétés en tête qu’ils aimeraient expérimenter. Ils ont d’ailleurs créé leur propre laboratoire, en plantant des pieds provenant du conservatoire d’ampélographie. Ils espèrent que certains de ces cépages non encore explorés réserveront d’autres bonnes surprises dans l’adaptation au changement climatique.

Bien sûr, tous ces cépages autochtones sont produits en vin de France, puisqu’ils ne font pas partie du cahier des charges de l’appellation. Mais les choses évoluent – lentement certes -, c’est par exemple le cas du prunelard, qui est autorisé dans l’appellation depuis 2017.

Une viticulture bio

Vous l’aurez donc compris, l’âme du domaine Plageoles réside dans celle des cépages autochtones et oubliés de Gaillac ! Afin de les mettre le mieux en valeur, le domaine a naturellement opté pour une viticulture bio. Si la certification ne s’est faite qu’en 2010, les méthodes y sont employées depuis le début des années 1990. Toujours dans ce but de proposer la plus pure expression des cépages locaux, le domaine vinifie 85% de ses vins en monocépage.

Viticulture bio donc, et travail plutôt classique : les sols sont un peu travaillés car la région est très humide et qu’il faut donc réguler légèrement la croissance et la concurrence de l’herbe, même s’ils essaient de maintenir au maximum un enherbement sauvage pour maximiser la biodiversité dans leurs vignes. Ils effectuent quelques amendements organiques de temps en temps pour les parcelles qui en ont besoin. Les vignes sont principalement traitées avec du soufre et du cuivre, ainsi que des tisanes à base de prêle, de reine des prés, de consoude et de fougère, ce qui leur permet de diminuer les doses de cuivre.

Des vinifications naturelles

Au chai aussi, les vinifications sont les plus naturelles possible, en levures indigènes et avec peu de soufre ajouté. Le domaine dispose d’un large scope de méthodes de vinifications différentes, notamment parce qu’il produit des vins très différents par ses cépages mais aussi ses couleurs (blanc sec, liquoreux, oxydatif, effervescent, rouge, orange !). « C’est grisant, mais il faut vraiment être polyvalent pour pouvoir vinifier tout ça ! » précise Florent.

Certains vins son vinifiés en cuve, d’autres en tonneaux de 600L (avec du chêne de la région), certaines cuvées sont vinifiées en grappe entière, d’autres avec des fermentations semi-carboniques… Vous l’aurez compris, il y a chez ce domaine une belle diversité de vins, qui mérite réellement l’intérêt des amateurs. En tous cas pour l’équipe iDealwine, c’est un véritable coup de cœur !

Les vins du domaine Plageoles

Côtes du Tarn Syrah
L’une des rares cuvées du domaine qui ne provient pas de cépages locaux de Gaillac. Cette syrah vendangée manuellement est en partie égrappée est vinifiée en cuve béton, avec quelques remontages au début des fermentations pour oxygéner les levures et en partie vinifiée en grappe entière en macération carbonique. Le tout est vinifié avec les seules levures indigènes, avec des cuvaisons courtes (8 à 10 jours). Une fois la fermentation terminée, les deux cuves sont assemblées et la mise en bouteille se fait après un élevage de 6 mois en cuve, sans filtration. A la dégustation, ce vin se démarque par sa belle fraîcheur, ses arômes de fruits rouges mûrs et ses notes épicées, de cuir.

Gaillac Mauzac Nature
Ce vin effervescent provient de mauzac rose et est vinifié par pressurage direct, avec un débourbage statique de 24 heures (afin de laisser tout de même de la matière aux levures). La fermentation se fait avec les levures indigènes et une filtration sur manche est réalisée lorsque le vin atteint 30g de sucre résiduel pour stopper la fermentation alcoolique. Le nectar est mis en bouteille après deux mois de cuvaison et la prise de bulle s’effectue alors (environ trois mois après la mise en bouteille). Il reste encore entre 5 et 10g de sucres résiduels. Un beau vin effervescent fin et élégant, aux saveurs d’agrumes et de miel.

Gaillac Mauzac vert
Provenant comme son nom l’indique, du cépage mauzac vert, cette cuvée est vinifiée par pressurage direct, avec un débourbage statique de 24 heures (afin de laisser tout de même de la matière aux levures). La fermentation se fait avec les seules levures indigènes, en cuves et la fermentation malolactique est opérée. Le vin est ensuite élevé en cuve durant un an avant la mise en bouteille. A la dégustation, il offre des arômes de pomme et de fleurs blanches, livre une belle fraîcheur en bouche.

Gaillac Vin d’Autan
Ce vin liquoreux est issu du cépage autochtone du Gaillacais, ondenc réintroduit dans la région par le domaine. L’obtention du niveau de sucre souhaité se fait par passerillage des grappes sur souche (effeuillage de la vigne pour exposer les baies au soleil et les laisser se concentrer en sucres) durant 15 jours, puis par un second passerillage sur canisse, sous des serres (passerillage hors souche, une fois les raisins récoltés). Les raisins sont vinifiés via un pressurage direct et un débourbage statique d’une nuit. Les fermentations se font en levures indigènes et la vinification et l’élevage en cuve inox. A la dégustation, ce vin exhale des parfums d’abricot ainsi que des notes épicées, de fruits confits, de coing. Malgré ses 270g de sucres résiduels, il offre un profil étonnement digeste, comparable aux grands vins liquoreux de Loire. A découvrir absolument !

Gaillac Vin de voile
Saviez-vous que l’on produisait des vins oxydatifs – et de très bons – à Gaillac ? Cela remonte en effet à une longue tradition, même si les vignerons ne l’ont jamais beaucoup mise en valeur. Ce nectar est produit à partir de mauzac et est vinifié exactement comme un vin jaune du Jura, sous voile en demi-muids, avec un élevage d’au moins sept ans, parfois beaucoup plus, en cave sèche. Plus rond qu’un vin jaune et moins puissant, il est une excellente introduction aux vins oxydatifs, à apprécier avec des plats épicés.

IGP Côtes du Tarn Prunelart
Issu du cépage local oublié et remis au goût du jour par le domaine Plageoles, le prunelart, ce vin provient d’une récolte bio vendangée manuellement et totalement égrappée. Les vinifications se font en cuves béton, avec les seules levures indigènes. La cuvaison est courte (entre 10 et 15 jours), avec peu d’extraction. Ensuite l’élevage se fait en cuve ciment durant un an et le vin vieillit encore un an de plus en bouteille. Ce nectar n’est pas filtré et très peu sulfité. A la dégustation, il offre des arômes de fruits rouges et noirs, des notes de cuir, de terre humide et en bouche, il présente un bel équilibre avec du corps et un beau jus, de la fraîcheur et de la rondeur.

Vin de France Mauzac noir

Provenant d’un des principaux cépages locaux de Gaillac, ce vin est tiré d’une récolte vendangée manuellement et totalement égrappée. Il est vinifié en cuve béton avec les levures indigènes. La cuvaison est courte (8 à 10 jours) et quelques remontages sont faits en début de fermentation afin d’oxygéner les levures. Le vin est mis en bouteille après 6 mois d’élevage en cuve, sans filtration. Dans le verre, on retrouve des arômes de fruits rouges et des notes légèrement épicées. Les tanins sont doux et souples et l’ensemble est fin, élégant et frais.

Le domaine Plageoles, ce qu’en disent les guides

* La RVF (**)

La famille Plageoles a marqué de son empreinte l’histoire récente du vin à Gaillac. Robert, puis Bernard, qui a pris brillamment sa suite, ont été les pionniers de la défense des cépages locaux et des techniques de vinification ancestrales. La relève est assurée progressivement par les fils de Bernard, Florent et Romain, qui défendent corps et âme les douze variétés de leur vignoble dont le délicieux prunelart, le rarissime verdanel ou le quatuor de mauzac (vert, roux, rose et noir). Hors des modes et des sentiers battus, le domaine continue de produire avec exigence des vins exclusivement en monocépage, dotés de fortes personnalités. Ce travail de la tête, du cœur et des mains est pleinement traduit dans une gamme de cuvées visant la pureté, la droiture et l’originalité.

* Bettane+desseauve (***)

Les Plageoles (Robert et maintenant Bernard, son fils) ont été à l’origine du renouveau du vignoble gaillacois, en faisant connaître dans toute la France toutes les variétés possibles du cépage mauzac et en contribuant au renouveau de cépages locaux, oubliés. La troisième génération est maintenant aux commandes et maintient le cap. Tous les cépages sont vinifiés et mis en bouteille séparément, avec une grande régularité. Les grandes curiosités sont ici le pétillant mauzac nature, un modèle de vin frais et désaltérant, le vin d’autan, issu du passerillage de l’ondenc, et le fameux vin de voile, très gastronomique. La gamme est toujours aussi passionnante, le pet’nat’ est un modèle de plaisir immédiat, le vin de convivialité par excellence.

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