Châteaux Gloria et Saint-Pierre, deux joyaux à Saint-Julien

Domaines-Henri-MartinLe point commun entre les châteaux Gloria et Saint-Pierre ? Ils se situent tous deux à Saint-Julien, ils sont même voisins à vrai dire. L’un est un cru classé 1855 relativement confidentiel, l’autre est un « hors classement » très connu et recherché. Nous avons eu la chance de discuter avec Jean Triaud, pour en savoir plus sur ces deux superbes domaines.

Les châteaux Gloria et Saint-Pierre, propriétés viticoles médocaines (Saint-Julien) sont intimement liées par leur propriétaire. C’est en effet la famille Martin qui a créé le château Gloria entre les années 1930 et 1960 et qui détient également le château Saint-Pierre, 4e grand cru classé depuis 1982. L’ensemble forme actuellement une partie des domaines Henri Martin, également composés des châteaux Haut-Beychevelle Gloria, Bel Air Gloria et Peymartin. Au total, ces domaines représentent un peu plus de 100 hectares.

La famille Martin est présente dans le Médoc depuis plus de trois siècles, le père et le grand-père d’Henri Martin travaillaient déjà dans le domaine du vin puisqu’ils étaient respectivement tonnelier et maître de chai du château Gruaud-Larose. Aujourd’hui, le précurseur Henri Martin a passé le flambeau à sa fille Françoise et son gendre Jean-Louis Triaud, ainsi que Vanessa et Jean Triaud, ses petits-enfants. Ensemble, ils poursuivent l’œuvre familiale, notamment au sein de leur locomotive, le château Gloria, ainsi que leur cru classé, château Saint-Pierre. Deux propriétés un peu à part au sein de la petite appellation Saint-Julien, où l’essentiel des vignes est réparti entre les 11 propriétés de grands crus classés.

Deux domaines aux histoires singulières

  • Le château Gloria, l’œuvre d’Henri Martin

Le château Gloria a une histoire à part dans le Médoc puisqu’il s’agit d’une création ex nihilo. Henri Martin a en effet constitué ce domaine entre 1930 et 1970, parcelle par parcelle, presque pied de vigne par pied de vigne, en rachetant progressivement des vignes provenant essentiellement de grands crus classés en 1855 (au château Gruaud-Larose, à Branaire-Ducru…). Sur les 50 hectares que compte le domaine, 37 sont issus de grands crus. Le château en lui-même appartient depuis très longtemps aux Martin, il s’agit de la maison de famille depuis de nombreuses générations, une maison bourgeoise historique.

On devine aisément que ce château n’a pu être classé en 1855 pour la simple et bonne raison qu’il n’existait pas à ce moment-là. Pourtant, la qualité de ses terroirs (dont une majorité était classée) et du travail fourni par l’équipe du domaine en fait un château, certes non classé, mais pourtant bien au plus haut niveau, une pépite médocaine comme il y en existe trop peu… Et les amateurs ne s’y sont pas trompés, le château Gloria étant aujourd’hui une signature médocaine très recherchée, tant pour sa qualité que ses prix sages.

  • Le château Saint-Pierre, l’unité retrouvée

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Le château Saint-Pierre fut créé au XVIIe siècle et son vignoble est considéré comme l’un des plus anciens du Médoc, les archives attestant d’une propriété viticole en ce lieu appelée « Serançan » et appartenant au Marquis de Cheverry, dès 1693. C’est le Baron de Saint-Pierre, qui racheta le domaine en 1767, qui lui donna son nom actuel. Après sa mort, la propriété est scindée en deux lors de l’héritage entre ses filles. Les deux parties du vignoble seront par la suite exploitées séparément. Pourtant, le domaine n’échappera pas au grand classement du Médoc de 1855, se plaçant au 4e rang.

C’est en 1922 que le domaine retrouvera son unité, lorsque des négociants anversois, les frères Pierre et Charles Van den Bussche rachètent les deux moitiés du domaine, à l’exception des chais, récupérés par Alfred Martin, pour y entreposer les barriques qu’il fabriquait. Environ 60 ans plus tard, le fils d’Henri Martin apporte la dernière pierre à la reconstitution du vignoble d’origine, en rachetant la demeure en 1981 puis les deux parties du vignoble l’année suivante. Il apporta ainsi une nouvelle propriété dans le giron familial. Henri Martin résuma alors par ces mots « il m’a fallu soixante ans pour parcourir les 100 mètres qui séparent Gloria de Saint-Pierre ! ».

Cette propriété se caractérise par sa petite taille (pour la région) – 17 hectares – et sa relativement faible notoriété, son côté confidentiel, comme c’est rarement le cas au sein des crus classés du Médoc. Un joyau caché de Saint-Julien…

Deux propriétés sœur

Ces deux domaines de Saint-Julien ont à la fois beaucoup en commun mais aussi de nombreuses différences. Ces deux propriétés appartiennent donc toutes deux à la même famille, sont voisines et partagent même les mêmes chais, rénovés en 2008 via un bâtiment moderne en aluminium, pour incorporer de nouveaux appareils technologiques : cuves thermo-régulées et équipées de pompes à remontage automatique, qui permettent une grande précision ; lignes de tri optique ; drones pour photographier les vignes et analyser l’avancement de l’activité végétale pour récolter au meilleur moment…. Pour autant, comme nous le rappelle Jean Triaud, « Le matériel est commun, mais les techniques sont individualisées (remontages, durée des vinifications, des élevages…), nous cherchons justement à conserver l’identité propre de chacun de ces deux crus. Pour l’élevage par exemple, Gloria vieillit entre 12 et 14 mois, avec environ 40% de bois neuf, alors que pour Saint-Pierre, c’est entre 16 et 18 mois, avec 50% de bois neuf ». Et évidemment, toutes les cuves sont séparées par propriété. Cet apport de la technologie est à la fois vu comme un moyen d’accroître la précision et le confort de travail.

Le terroir et le matériel végétal différencient également ces deux châteaux. Au château Saint-Pierre, 80% des vignes sont situées autour du château, sur un plateau graveleux proche de la Garonne, un sol qui est intéressant pour les carbenet sauvignon qui constituent 85% de l’encépagement de cette propriété. Les vignes ont en moyenne 40 ans. Du côté de Gloria, le vignoble est un peu plus disséminé dans l’appellation, offrant une plus grande diversité et hétérogénéité de terroirs. L’encépagement est composé à 65% de cabernet sauvignon, complété par du cabernet franc et du petit verdot ; les vignes sont âgées d’en moyenne 30 ans.

Du côté de la dégustation, force est de constater qu’il ne s’agit pas du tout des mêmes vins. Jean Triaud résume ainsi : « On dit souvent que Gloria a un côté plus féminin, beaucoup plus de charme, tandis que Saint-Pierre est plus puissant et a besoin de plus de temps pour arriver à maturité et il dispose d’un plus grand potentiel de garde.  Je dirai que Gloria atteint un bel équilibre après 10 ans de garde, alors que Saint-Pierre, c’est plutôt 15 ans. » Et lorsqu’on lui demande si justement, une évolution des méthodes de vinification a été faite pour faire évoluer le style des vins ces dernières années, il nous répond « seulement par petites touches. Il y a eu quelques évolutions certes, comme la réduction de la part de barriques neuves, mais des évolutions modérées car on cherche justement à conserver notre style, à ne pas renier notre identité. Pour nous, le fait de produire des vins de très longue garde fait vraiment partie de l’identité et constitue l’une des grandes forces de Bordeaux. On ne voudrait pas abandonner cela car c’est aussi ce que nos amateurs fidèles recherchent. En réalité, on cherche à produire des vins paradoxaux, à la fois aptes à de longues gardes, tout en pouvant être accessibles dans leur jeunesse, d’où l’importance de récolter des raisins parfaitement mûrs. C’est peut-être plus facile dans notre appellation, qui peut représenter le juste milieu entre la rondeur des margaux et la puissance des pauillacs. »

Pour ce qui est des certifications environnementales, les deux domaines en HVE 3, mais ne souhaitent pas aller plus loin pour le moment. « Nous avons notre propre démarche, qui pioche à la fois des éléments dans la bio-culture, le biocontrôle, l’agriculture raisonnée mais nous ne communiquons pas dessus, ce n’est pas une démarche marketing, c’est avant tout pour protéger notre terroir sur le long terme, nos équipes et nos consommateurs. Nous plantons par exemple des haies pour favoriser la biodiversité, nous avons installé des ruches, nous avons banni tous les produits CMR (cancérogènes, mutagènes, toxiques pour la reproduction), pesticides et herbicides. »

Et comme nous aimons bien terminer sur une note gourmande, nous n’avons pas manqué de demander à Jean Triaud ses accords mets et vins favoris avec ses vins. Il nous recommande les grands classiques avec Saint-Pierre : entrecôte grillée au sarments, gibiers, viandes rouges et propose de jouer l’originalité avec Gloria, en essayant l’accord poisson-vin rouge pour les millésimes les plus fruités comme 2008 ou 2012, qu’il aime bien déguster avec un bar grillé.

Les vins des domaines Henri Martin en vente

Château Gloria 

Château Gloria produit des vins généreux et charpentés, typiques de l’appellation Saint-Julien elle-même réputée pour ses vins complexes et soutenus. Issus d’une vinification classique, ils offrent une robe soutenue et colorée. En bouche ils se révèlent expressifs, ronds et souples. Ils méritent quelques années de garde pour s’épanouir.

Château Saint-Pierre

Ce cru classé de Saint-Julien exhale des parfums intenses de fruits noirs et livre une bouche dense et charnue, puissante et en même temps une belle finesse de tanins. Ce vin, qui mérite de vieillir quelques années en cave, s’accordera parfaitement avec des viandes rouges grillées ou des gibiers.

Ce qu’en pensent les guides 

  • Château Gloria
  • RVF (*)

Constitué patiemment, parcelle après parcelle, dans la deuxième moitié du XXe siècle par Henri Martin, Gloria est l’une des marques fortes des crus non classés du Médoc. Cette réputation n’est pas usurpée, loin de là, comme en témoignent les dernières cuvées. Toujours très complet, coloré et concentré, le cru a été très peu pris en défaut dans la dernière décennie. Il vieillit harmonieusement, mais les amateurs les plus pressés pourront se régaler en le buvant dès cinq ans d’âge.

  • Château Saint-Pierre
  • RVF (**)

Ce cru classé a longtemps été le plus méconnu du vignoble de Saint-Julien. Il a été racheté en 1982 par Henri Martin, propriétaire du célèbre cru bourgeois Château Gloria qui a reconstitué son terroir tel qu’il existait au moment du classement. Françoise, sa fille, Jean-Louis Triaud, le mari de cette dernière, ancien président des Girondins de Bordeaux, et désormais leurs enfants ont, avec la complicité de Rémi di Constanzo, le maître de chai, métamorphosé le cru ces dernières années. Doté d’un outil de vinification performant, il semble gagner millésime après millésime la petite pureté qui pouvait parfois lui manquer naguère.

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