La revue Le Rouge & le Blanc fait peau neuve pour ses 35 ans

Philippe-Barret-rédacteur-du-Rouge-&-Le-BlancVous connaissez notre amour pour la revue d’afficionados du vin, Le Rouge & le Blanc. A l’occasion du 35e anniversaire de ce magazine, nous avons réalisé un entretien avec Philippe Barret, l’actuel rédacteur en chef (et accessoirement notre ancien collègue). Retour sur l’histoire et la philosophie de cette publication totalement à part dans l’univers du vin.

Philippe, peux-tu nous raconter un peu la genèse et l’évolution de la revue ?

Le premier numéro est sorti à l’automne 1983. À l’origine, c’était le fait d’amateurs de vin qui s’étaient fédéré autour du constat qu’ils n’arrivaient pas à trouver les infos qui les intéressaient sur le vin. Ce sont Bruno Genty et Jean-Benoît Chabrol qui ont fondé la revue. D’emblée elle s’est clairement orientée vers les vins de terroir, propres et le moins possible transformés, à l’opposé des vins « industriels ». Et à l’époque, cela n’existait pas dans les médias traditionnels.

Durant les débuts, la revue ressemblait plus à un fanzine, elle était très modeste et réalisée sans moyens. Mais déjà, elle faisait sonner une musique différente de ce qui existait alors. À l’époque, l’équipe comptait des personnes comme Michel Bettane, qui a écrit pendant plusieurs années et qui est même encore actionnaire aujourd’hui. La revue a donc vécu comme ça, modestement, pendant une vingtaine d’années, avec environ 500-600 abonnés. Il y avait peu de moyens et les rédacteurs devaient beaucoup s’investir et donner d’eux-mêmes.

Puis, au milieu des années 2000, il y a eu un renouvellement de l’équipe qui a insufflé une nouvelle impulsion. Je suis arrivé en 1999 et beaucoup de gens sont arrivés à ce moment-là avec de nouvelles idées de développement et d’évolution. On a totalement repensé la conception du magazine en 2004, en créant une toute nouvelle maquette par un professionnel reconnu, Maurice Coriat qui avait travaillé pour de grands titres. On a augmenté la pagination et on a également approfondi nos enquêtes et nos reportages. Et ça a été un cercle vertueux, en deux ans, on est passé à 2 500 abonnés. Aujourd’hui, nous sommes une douzaine de collaborateurs actifs – qui écrivent un article au moins une fois par an – et on peut vraiment se permettre de prendre le temps pour nos reportages.

Quelle est la philosophie du Rouge & le Blanc ? En quoi vous différenciez-vous des autres revues consacrées au vin ?

Dès le départ, la philosophie de la revue s’est articulée autour de trois grands principes qui n’ont pas changé depuis : bénévolat des collaborateurs, indépendance de la revue (pas de publicité) et un travail empreint d’un esprit collectif. Ce dernier point est très important et nous différencie pas mal de ce qui se fait ailleurs : tout se décide collectivement, on déguste ensemble et la note et le commentaire des vins sont la synthèse des différents avis personnels. On n’est pas la revue mettant en avant l’avis d’une seule personne et nous n’avons pas le côté gourou qui donne ses notes. De même, notre ligne éditoriale non plus n’a jamais changé : on s’intéresse toujours aux vins de terroirs, authentiques et propres, à la marginalité, au petit jeune qui débute et se montre prometteur ou qui a une nouvelle idée / vision. C’est vrai qu’on aime bien découvrir de nouveaux domaines. On a également à cœur de luter – à notre niveau – contre tout ce qui tend à standardiser et normer les vins.

La revue a donc fêté ses 35 ans cette année et cela s’accompagne de quelques changements importants, est-ce que tu peux nous en dire plus ?

Oui, nous venons de sortir un numéro spécial pour nos 35 ans, avec un petit supplément (72 pages au lieu de 48), contenant notamment un récit des origines de la revue, agrémenté de dessins humoristiques de Michel Tolmer. Surtout, la grande nouveauté provient du site Internet Le Rouge & Le Blanc qui est sorti fin juin. Le nouveau look est cohérent avec celui de la revue et contient plus de contenu accessible gratuitement. Tout a été digitalisé : les abonnements, l’achat d’anciens numéros ou de compilations thématiques d’articles (type articles techniques). Et, grande nouveauté, nous avons désormais lancé une version anglaise de la revue (uniquement disponible en ligne). De part notre positionnement très pointu, on s’adresse forcément à une cible restreinte de lecteurs, mais on a sans doute une bonne marge de progression possible avec les lecteurs anglophones grâce à des contacts que nous avons dans ces pays : sommeliers, importateurs, etc.

Et comment fait-on pour rejoindre cette belle aventure ?

Avant, on recrutait essentiellement par cooptation, aujourd’hui, on le fait aussi par candidature spontanée. Mais le processus est très long. Entre la première dégustation et le premier article, il s’écoule presque un an, pour bien donner le temps aux nouveaux rédacteurs de s’imprégner de l’esprit de la revue et de l’équipe.

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