
En décembre 2025, Luca et Laure ont pris la direction de la Vallée de la Marne, à Vandières, pour rencontrer Flavien Nowack, fidèle héritier d’une histoire viticole vieille de plus de 200 ans. Le vigneron a rejoint l’affaire familiale en 2012, et n’a pas hésité à faire prendre des tournants à cette exploitation reconnue depuis déjà plusieurs générations, pour en faire un domaine des plus pointus du secteur… Vieillissements longs, parcellaires, millésimés et agroforesterie sont au programme !
Vignerons depuis le 18ème siècle
La famille Nowack trouve ses racines à Vandières à la fin du XVIIIᵉ siècle, à la faveur de l’union entre un homme venu d’Europe de l’Est et une fille de la Vallée de la Marne. De ce mariage nait Baptiste, le premier membre de la famille à embrasser le métier de vigneron. En 1919, Ferdinand et Fernand Nowack innovent en vendant leur production en direct, c’est là où le nom des champagnes Nowack se fait réellement connaître. « Mon arrière-grand-père vivait de la polyculture, avec entre autres des vignes. J’ai la chance d’avoir visionné une vidéo de lui et de sa femme en 1945 devant la maison familiale, puisqu’ils avaient un voisin qui travaillait chez Kodak, c’est émouvant et ça ancre ma vocation de vigneron de voir ces images. Papy, lui, vinifiait, Papa préférait vendre ». Nouveau pont dans le temps pour arriver en 2012, alors que Flavien rejoint le domaine pour travailler aux côtés de son père Frédéric.
Dès son arrivée, Flavien souhaite réintégrer tout le travail du vigneron au domaine, son père ne vinifiait pas entièrement ses vins mais envoyait les raisins pour réceptionner les vins clairs. A l’époque, le domaine ne comptait que deux parcelles d’un hectare : la Fontinette en pinot meunier et la Tuilerie en chardonnay. Fermage, location, achats de vignes en propriété… L’exploitation s’est peu à peu agrandie pour atteindre 10 hectares aujourd’hui. La majorité des raisins restent des pinots meuniers (à 70%), complétés de chardonnays et de pinots noirs. « Les chardonnays sont toujours de bonne facture, faciles à travailler, le meunier est un cépage beaucoup plus sensible, qui pousse en buisson, c’est une horreur à cultiver, c’est pour ça qu’on a du mal à trouver du personnel pour travailler dans le coin. Un vrai défi pour nous ce meunier, mais qui peut se révéler si subtil ». Autre nouveauté venue de l’idée de Flavien : faire des champagnes millésimés, pour encore mieux saisir l’effet que ceux-ci ont sur chacun des terroirs qu’il magnifie.
Un domaine certifié bio, un vigneron passionné d’agroforesterie
Dès 2012, Flavien fait prendre un virage serré au domaine : plus aucun herbicide n’est utilisé aux vignes, et il réintroduit la charrue pour labourer. Dès 2016, il entame une conversion en bio, qui n’est pas sans sacrifices : « Il a plu jusqu’à mi-juillet, nous avons eu beaucoup de mildiou, puis la canicule. Nous avons donc fait très peu de vin. Après ce millésime compliqué, nous avons connu 2017 et son gel terrible ». Et pourtant, le domaine s’est accroché. Flavien s’est ensuite intéressé à la biodynamie, en gardant pour autant son pragmatisme et son recul, ce qui l’a incité à faire demi-tour vis-à-vis de cette certification, en gardant certaines méthodes qu’il considère comme bénéfiques pour ses vignes. « Je ne suis pas un ayatollah de la biodynamie. Aujourd’hui je peux dire que je la mets en place jusqu’à la fin des vendanges, sans l’intégrer dans mes vinifications et mon élevage ».
Ce qui intéresse davantage le vigneron à ce jour, c’est sans doute l’agroforesterie, pour laquelle il s’est formé en 2017. Depuis, une dizaine d’essences d’arbres sont plantés au domaine, entre érables, hêtres, frênes… Ces quatre hectares de verdure apportent une vraie dynamique au sol, à la vigne et au paysage.
Comprendre d’où je venais…
Aujourd’hui, le domaine vinifie 7 à 8 cuvées, selon les millésimes. En plus des vignes qu’il exploite lui-même, il achète jusqu’à 15% de son volume total de raisin chez des amis vignerons qui partagent la même philosophie que lui. Cela lui permet de se pencher sur de nouveaux parcellaires « Je rêve de vinifier du Montgueux » nous confie-t-il.
Flavien est passionné des terroirs qu’il a étudiés minutieusement pour mieux les comprendre. Ceux-ci sont plantés tantôt sur des argiles, des sables et des marnes. Pendant notre visite au domaine, le vigneron s’est empressé de nous dessiner un schéma des parcelles qu’il exploite, muni de son stylo sur la grande table en bois de dégustation. « Ce que vous devez comprendre, c’est que certaines parcelles sont situées sur le haut-coteau à 200m d’altitude, comme Terres Bleues, d’autres sur le mi-coteau à 100m comme Fontinette, Bauchets et Tuilerie, et les dernières sur le bas-coteau à 50m comme Arpent Rouge. Cette diversité est incroyable, mais le client dans tout ça est paumé, parce qu’on n’est ni en premier cru, ni en grand cru ! Moi, ça m’a pris 10 ans de savoir d’où je venais, ce que je travaillais… Et je suis comme Saint Thomas : ce que je ne vois pas, je ne le crois pas, donc j’ai creusé des fosses à la mini-pelle sur 10 parcelles pour comprendre ce qu’il y avait dans leur sol et leur sous-sol ».

Une gamme entre Sans Année, parcellaires et Long Vieillissement
Après des vendanges en petites caissettes à très belle maturité (chez Nowack, on est souvent les derniers du secteur à vendanger), les vinifications opérées au domaine sont douces et les moins interventionnistes possible. Les secrets de fabrique de Flavien : pas d’intrants, pas ou peu de SO2 ni de dosage (entre 0 et 4 grammes), des essais à n’en plus finir pour toujours s’interroger et s’améliorer, un débourbage léger, entre 12 et 24h pour le meunier (hors cuvées L.V., « Long Vieillissement »), un travail par gravité, des malolactiques non-stoppées, des fûts neufs à 10% maximum, des mises en bouteilles au mois de juillet.

Dans sa gamme, le domaine Nowack produit des champagnes « Long Vieillissement », au profil un peu plus oxydatif, et élevés sous-bois, en commençant cette expérience avec ses parcelles historiques : Fontinette et Tuilerie. « J’aime les arômes réductifs primaires, le côté levure, brioche. Pour le retrouver, j’élève les vins de cette gamme pendant 10 ans en cave avant dégorgement, sur latte pour que l’autolyse se fasse complètement. Les vins sont ouillés et nous bâtonnons tous les mois jusqu’à la malo, puis on ne fait plus rien. Le contact des lies permet vraiment de donner une autre dimension à ces vins. En plus, nos caves de la Vallée de la Marne ont une température assez variable ce qui accélère la maturation de ces vins. Ensuite, ni soutirage, ni débourbage ». La gamme compte également le champagne SA, « Sans Année » élevé 20 mois sur lattes dans des fûts bourguignons, ainsi que des parcellaires vieillis entre 3 et 4 ans dans des tonneaux de 320 à 500 litres.

Ce qu’en disent les guides
1 étoile chez Bettane et Desseauve : « La philosophie de ce domaine séculaire est de comprendre l’écosystème complexe de chaque parcelle de vignes afin de le respecter. »
Tous les champagnes Nowack en vente sur iDealwine
Nous apprécions les champagnes du domaine Nowack pour leur précision, leur élégance, leurs notes parfumées et leur authenticité. Ils font aujourd’hui partie des vins les plus pointus du secteur… Ne tardez pas à vous y pencher !
- Brut Sans Année Non Dosé : Ce vin est composé de pinot meunier (à 60%) et de chardonnay (40%), issus des vignes de Vandières.
Nous avons dégusté la base 2023, avec 30% de vin de réserve (le plus vieux datant de 2012). Le nez est très frais, la bulle présente une belle énergie, et la gourmandise de ce vin fait oublier qu’il est non dosé. - Autre Cru Non Dosé : Ce vin est composé à 100% de pinot meunier, issu de trois parcelles et villages : certaines provenant de la rive gauche au profil plus « nord », et d’autres de la rive droite au profil plus « sudiste ». Ainsi, ce vin est un joli mélange entre un côté droit et des notes chaleureuses.
Nous avons dégusté la base 2022, un vin riche, à la bouche pleine, qui ne manque pourtant pas d’acidité. Nous avons apprécié sa finesse et sa finale minérale. - Fontinette Brut Nature : Ce vin est issu d’une parcelle d’un hectare d’un seul tenant, de meunier sur marnes planté en 1955.
Nous avons dégusté le 2022, dégorgé depuis 1 mois. A la dégustation, il présente un nez fin et ample, à la belle minéralité grâce à son côté pierre à fusil, équilibré de pomme fraîche. La bouche est pleine d’énergie, élégante et à la finale saline. - Extra-Brut Les Terres Bleues non dosé : Direction les hauts-coteaux, des parcelles qui bénéficient à 1m de profondeur des calcaires fossilifères.
Nous avons dégusté le 2022. Un nez de pomme fraiche et de citron, une bouche large, empreinte de petits amers agréables. - Les Bauchets Brut Nature : Cap sur ce parcellaire mi-coteau de Vandières, un 100% pinot noir au sol de calcaire sur marne.
Nous avons dégusté le 2021. Le nez est très fin, aux notes fruitées de pomme verte et délicatement minérales, qui s’ouvrent ensuite vers un côté plus fumé. C’est un des nectars les plus vineux de la gamme. La bouche est gourmande et pleine. - Arpent Rouge Brut Nature : Ce vin est assemblé de pinot meunier et de chardonnay, et est issu de la parcelle Arpent Rouge, un bas coteau de Vandières, où il y a « toujours eu des vignes » selon Flavien Nowack. Cette vigne donne des petits fruits très concentrés et mûrs, étant exposée plein sud.
Nous avons dégusté la cuvée qui assemble les vendanges 2021 et 2022. Nous avons apprécié la belle énergie de ce cru, à la bouche élégante et saline, ainsi que les notes de noyaux en fin de bouche. - Tuilerie Brut Nature : Un 100% chardonnay, planté sur un sol calcaire sableux sur marne. Cette vigne était à l’origine du domaine. Nous avons dégusté le 2020, mis en bouteille en 2022 et dégorgé depuis 1 mois. Un vin au très joli profil, empreint d’énergie. Le nez est exotique et présente également quelques notes de fruits blancs et une jolie minéralité.
- L.V. Tuilerie Non dosé : Focus sur deux spécialités du domaine Nowack : Tuilerie est l’une de ses plus vieilles parcelles, « Long Vieillissement » est une gamme imaginée par Flavien Nowack pour mettre en avant des champagnes à l’élevage long de 10 ans. Ce champagne offre quelque chose qui ne peut pas s’acheter : le temps !
Nous avons dégusté le 2012. Un vin au nez boulanger, de levure, légèrement lacté. En deuxième nez, on découvre un côté plus miellé. La bouche est gourmande, c’est décidément un champagne de gastronomie à servir à table.

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