Visite jurassienne 2022 : à la rencontre du rare et délicieux millésime 2021 – 2/2

Nous vous parlions il y a quelques jours de notre périple dans le Jura. Suite aujourd’hui avec les domaines Jérôme Arnoux, Fumey-Chatelain, Cellier Saint-Benoît, François Rousset-Martin.

Jérôme Arnoux – Le Cellier des Tiercelines

© iDealwine

Voici l’un de nos tout nouveaux domaines partenaires ! Commençons par le curriculum vitæ du vigneron, qui n’est pas des moindres ! Jérôme Arnoux, enfant du pays (né à Montigny-les-Arsures) a travaillé pendant 10 chez Stéphane Tissot , avant de diriger le château de Chavannes puis de créer une structure de négoce avec Stéphane Tissot en 1996 : le Cellier des Tiercelines. En 2012, il a repris cette structure entièrement à son compte, puis il a progressivement repris des vignes à partir de 2014. Aujourd’hui, le domaine s’étend sur 20 hectares, une partie en propre (12ha) et une partie en location. Parallèlement à cela, l’activité de négoce se poursuit (pour environ 10-20% de la production totale) avec des achats sur pieds. Le domaine est en cours de certification bio (dans sa 2e année) et n’utilise aucun intrant en cave à part un peu de soufre, en quantités raisonnables. A noter pour l’anecdote, que le vigneron Emmanuel Lançon (domaine des Murmures) a un temps travaillé au domaine.

Le domaine a la chance de disposer de sublimes caves voutées du XIVe siècle, situées en plein cœur d’Arbois et qui sont classées, qu’ils louaient puis qu’ils ont pu racheter cette année. Ils possèdent également un magnifique gîte collé à ces caves, que vous pouvez louer pour vos séjours à Arbois

Soulignons les prix très raisonnables de ce domaine qui ne le rende que plus intéressant !

Quid du millésime 2021 ?

Le domaine a perdu 85% de sa récolte à cause du gel.

Et le millésime 2022 ?

Là aussi, le domaine n’a pas été épargné et a perdu près de 25% de récolte à cause de la grêle.

La dégustation

Nous avons surtout dégusté des millésimes décalés (2015, 2018, 2019, 2020), mais aussi un 2021, comme le trousseau, élevé durant 12 mois en fûts de chêne, offrant gourmandise et légèreté sans manquer pour autant de matière. Nous avons beaucoup aimé les savagnins du domaine, notamment la cuvée Authentique 2018, élevé deux ans et demi sous voile, aux arômes de noix verte et à la bouche subtile et digeste, avec une matière particulièrement aérienne.

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Fumey-Chatelain : le renouveau d’un domaine familial grâce à la nouvelle génération

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Il s’agit là d’un domaine avec lequel nous ne collaborons pas encore – mais bientôt, nous espérons ! Cette exploitation familiale de Montigny-lès-Arsures a été créée au milieu des années 1980 par Raphaël et Adeline. Pendant longtemps, la récolte a été livrée à la coopérative, jusqu’au millésime 1991 (millésime catastrophique souvenez-vous, à cause d’un terrible gel de printemps qui a énormément amputé la récolte dans beaucoup de régions), où ils décident de vinifier eux-mêmes le peu de raisins qu’il leur reste.

Aujourd’hui, le vignoble s’étend sur environ 20 hectares dont 16 en production et le fils Marin a rejoint ses parents en co-gérence du domaine, après plusieurs expériences en Australie, Nouvelle Zélande et Afrique du Sud. C’est justement lui qui nous a reçu et fait visiter le domaine. Si chacun fait un peu de tout, le trio se réparti tout de même avec des dominantes : le père à la vigne, la mère à l’administratif et au commercial et le fils aux vinifications.

Nous avons pu nous balader dans les vignes pour admirer les différentes parcelles du domaine, notamment celles de trousseau, puisque « Montigny est la capitale du trousseau » nous apprend Marin, grâce à ses sols calcaires légers et drainants, où ce cépage se plaît particulièrement.

Marin a la chance que la transition avec ses parents se passent bien et qu’ils lui laissent une bonne marge de liberté. Depuis 2020 par exemple, il vinifie avec peu de soufre ajouté, de l’ordre de 20 à 40 mg/L de SO2 total. Le domaine peut compter sur un beau patrimoine de vieilles vignes et la famille porte justement une attention particulière à la qualité du matériel végétal, avec notamment des replantations en sélections massales.

En cave, tous les blancs sont pressés en grappes entières, avec un pressurage très doux et les rouges à l’exception des poulsards se vinifient en cuves inox ouvertes, en conservant là-aussi une bonne part de grappes entières (sauf pour le poulsard). Côté soufre, ils en ajoutent souvent un peu, parfois pas du tout, « on est des nature moins le quart ! » plaisante Marin.

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Quid du millésime 2021 ?

Petite récolte là aussi.

La dégustation

Nous avons dégusté les 2021 sur fûts / cuves et le niveau et le style des vins nous ont totalement emballé ! La trame commune est la finesse, l’élégance, la fraîcheur et le fruité croquant, mais aussi de la matière et souvent de belles acidités. Mention spéciale pour la cuvée Capuçins avec sa belle aromatique de fruits blancs, sa trame acidulée et sa jolie matière, le Zouave (chardonnay vieilles vignes), le poulsard Fertans, très gourmand et élégant, fruité, dans un style infusé mais pas fluet, mais aussi les savagnins Grande Savagny et la Vasée. Enfin, coup de cœur pour le vin jaune du domaine (dégusté en 2013), porté par une grande fraîcheur, une belle acidité, des arômes d’agrumes et un côté presque subtilement madérisé.

Cellier Saint-Benoît, la révélation du Jura

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Voici l’un des domaines partenaires récents (fin 2021), coup de cœur de notre acheteuse Eloïse, chez qui nous nous rendions pour la première fois. Situé à Pupillin, l’histoire de ce domaine remonte sur quatre générations et c’est justement le représentant de la 4e génération aujourd’hui aux commandes, Benjamin Benoit qui nous a reçu.

Le vignoble s’étend sur 6 hectares sur les coteaux de Pupillin et les vignes sont travaillées selon les principes du bio mais sans certification, avec beaucoup de travail effectué à la main et au cheval (environ 20% du domaine est labouré à cheval), sur des coteaux assez pentus et des vignes réparties en plusieurs petites parcelles. Une difficulté supplémentaire est l’écartement des vignes qui varie beaucoup selon les parcelles, ce qui oblige le vigneron à utiliser beaucoup d’outils sur mesure… Benjamin innove et fait de nombreux essais, ne fait pas comme tout le monde. Il palisse par exemple ses trousseau ainsi que sa vieille vigne de chardonnay et désormais aussi une parcelle de poulsard à 1,90m de hauteur pour faire de l’ombre portée et protéger les plantes et les baies du soleil. Ce domaine a la chance de bénéficier d’un patrimoine de vignes assez exceptionnelles avec une grande part de vieilles, voire de très vieilles vignes. Certaines, plantées par l’arrière-grand-mère de Benjamin en 1938 sont donc des variétés non clonées qui lui fournissent un matériel végétal de grande qualité pour ses nouvelles plantations en sélections massales. Il possède également du poulsard blanc (5-6 pieds) et rose (une dizaine de pieds)

En cave, les vinifications parcellaires et naturelles (sans ajout de SO2) se font dans un nouveau chai flambant neuf et ultra fonctionnel.

Benjamin Benoît, qui s’est formé en Bourgogne (notamment aux domaine Arnoux-Lachaux et Berthaut Gerbet) et en Nouvelle-Zélande a repris le domaine familial au décès de son père au début de l’année 2019, à seulement 23 ans. Il est exactement de la même génération que Marin Fumey, avec qui il était d’ailleurs à l’école ! Et ce qui nous a d’emblée frappé, c’est la maturité et l’expérience du jeune vigneron, son travail au cordeau qui donne des vins d’une précision remarquable et d’un niveau impressionnant et d’autant plus lorsqu’on songe qu’il ne s’agit que de son 3e millésime ! En seulement trois ans à la tête du domaine, il a déjà beaucoup fait évoluer les choses et les vins : passage au bio, aux vinifications parcellaires, nouveau chai qui semble extrêmement moderne et bien conçus, où tout semble avoir été pensé au millimètre près…

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La dégustation

Chardonnay, savagnin, poulsard, trousseau et pinot noir : tout est travaillé à la perfection et rend difficile l’établissement de coups de cœur. On est clairement dans le très haut niveau sur ces millésimes 2021 et 2022 goûtés sur fût. La production parcellaire de ce domaine est vraiment intéressante et permet d’apprécier toutes les subtilités du terroir grâce à une déclinaison d’un même cépage. C’était par exemple particulièrement le cas sur le poulsard, isolé dans les vinifications dans les terroirs du Grapiot sur marnes du Trias en haut et du lias en bas de parcelle – un vin élevé sous bois, doté d’une grande gourmandise mais aussi d’une belle structure -,  de la Côte de Feule, une parcelle exposée plein sud sur marnes irisées du Trias (plus vieille couche du Jura) et avec un sol très mince, tout de suite sur la roche ; des Chambines – un vin au nez un peu plus animal avec de la matière en bouche et de la puissance – et de la Ronde – tout en gourmandise et élégance, au beau jus acidulé.

Vous l’aurez compris, il s’agit d’un énorme coup de cœur pour nous, le genre de vins qui nous font vibrer et de découvertes qui nous rappellent pourquoi on aime tant ce métier. La production est malheureusement très limitée et les vins commencent déjà à être très recherchés, mais patience, la prochaine allocation viendra sur votre caviste en ligne préféré et croyez-nous ça vaut le coup d’attendre ! 😉

François Rousset-Martin : l’un des chefs de file  des nature jurassiens

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Si l’on connaît très bien les vins de ce vigneron chez iDealwine car il a fait de nombreux afficionados dans l’équipe qui dégustent régulièrement ses vins, nous n’avions pourtant jamais eu la chance de nous rendre au domaine.

Direction donc Nevy-sur-Seille. Nous sommes accueillies par le vigneron, devant une maison donnant sur une vue sublime, aux portes de Château-Chalon. On discute du parcours du vigneron, assez atypique – même s’il est loin d’être le seul dans ce cas-là – : il a créé son domaine à partir de quasiment rien en 2007. Quasiment rien, car il n’a pas hérité d’un domaine familial, mais qu’il avait quand même un lien familial avec la vigne puisque son arrière-grand-père était vigneron jurassien et que son père faisait un peu de vin pour lui, « pour s’amuser », à partir d’une vigne de 0,50 ha que François Rousset-Martin a récupérée. Son père, professeur de micro-biologie à l’université, l’a peut-être orienté, puisqu’il a étudié l’œnologie, avant de faire un master en droit viticole. « J’aimais bien étudier » plaisante-t-il. Il a donc commencé par travailler dans la réglementation viticole et l’agrément des vins.

Après avoir vécu plusieurs années en Bourgogne, à Beaune et à Dijon, il retourne dans le Jura dont est originaire sa famille pour créer son domaine en 2007, à 30 ans. Il commence par vendre sa récolte à la cave coopérative, tout en gardant une petite partie pour la vinifier lui-même. A partir de 2018, il vinifie l’intégralité de sa récolte et ça, c’est une bonne nouvelle pour les amateurs ! Il vend ses vins en grande partie à l’export et aussi beaucoup à Paris, dans des adresses prestigieuses comme le restaurant l’Astrance (ancien trois macarons Michelin). Le domaine vend 90% de sa récolte à l’export.

Le vignoble s’étend sur 10 hectares dont seulement 1ha de rouge, situés en majorité sur Château-Chalon. Il dispose de six caves de stockage dans le village. Petite originalité : il fait surtout des vins ouillés à partir de ses vignes de Château-Chalon. Le vignoble est conduit selon les principes bio sans certification.

Six personnes travaillent à l’année sur le domaine où beaucoup de travail est effectué à la main y compris à la cave. Il embouteille notamment ses vins à la main, pour le faire de la manière la plus douce possible et ne pas brusquer les vins. « C’est très long comme travaille, mais c’est bien pour les vins, ils goûtent bien directement. » nous explique-t-il. Ce domaine travaille sans aucun ajout de sulfites.

Quid du millésime 2021 ?

Il a gelé et le vignoble a ensuite surtout était beaucoup touché par la maladie (mildiou). Le triste résultat est une récolte de 10hl/ha, qui ne va pas être commercialisée pour le moment puisqu’il va lui réserver des très longs élevages et des sorties exclusives.

La dégustation

Nous avons goûté de beaux chardonnays 2019 comme la cuvée Terre Blanche, élevée durant trois ans sur lies et se livrant tout en légèreté avec une matière aérienne, de beaux amers et une agréable salinité, ou la cuvée Beaumont, dans un style plus purement jurassien. De très beaux savagnins 2018 également avec notamment la cuvée Clos Bacchus, un savagnin ouillé rond et riche, subtilement épicé avec des notes de poivre blanc ; ou la cuvée Oxy More, un vin oxydatif avec 4 ans d’élevage sous voile, offrant de beaux arômes de noix fraîche et une grande subtilité dans l’oxydation, une belle acidité. Coup de cœur pour le sublime château-chalon 2012 avec la aussi une oxydation très fine et une bouche d’une grande élégance.

Le moins que l’on puisse dire c’est que nous sommes ici à l’opposé des vins standardisés et que l’on a au contraire affaire à des vins à l’identité marquée, avec des styles bien différents selon les cuvées, mais toujours comme dénominateur commun la finesse et la gourmandise. Chapeau l’artiste !

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