Laurent David, quand le vin et la Tech unissent leurs forces.

Laurent David. Dans le monde du vin et de la Tech, vous ne pouvez passer à côté de ce bergeracois d’origine qui n’hésite pas à porter plusieurs casquettes en même temps sur sa tête : Président de La WineTech, Co-propriétaire du Château Edmus, Fondateur des Wine Angels… Il est à l’origine d’une vente 3.0 qui fait beaucoup de bruit actuellement sur iDealwine, une première mondiale, les enchères de 10 magnums NFTisés du Château Edmus et ornés d’une œuvre d’art unique dessinée par le célèbre tatoueur Dimitri Hk.

« Un jour, je serai vigneron »

Laurent David est assis à côté de moi dans la salle de réunion de chez iDealwine. De son sac, il sort un ordinateur qu’il ouvre aussitôt, un téléphone qu’il place tout près, et un ou deux prototypes de bouteilles. Le rendez-vous est fixé pour en savoir plus sur le projet fou de ce passionné de la Tech et du vin, qui a réussi à associer ces deux univers. A mesure de mes questions, l’homme esquisse tantôt un sourire, me regarde avec ses petits yeux vifs, me montre une vidéo sur son téléphone, une plaquette sur son ordinateur, et ébauche un visage digne de ceux qui ont des nouvelles idées à mesure qu’ils parlent.

Originaire de Bergerac en Dordogne, Laurent se rappelle de ses premiers souvenirs du vin dans cette région qui produit de beaux nectars mais qui est nettement moins réputée que sa voisine bordelaise. Son grand-père habite alors à la campagne et possède une dizaine de rangs de vigne dont il s’occupe pour une consommation simplement familiale. Au moment des vendanges, Laurent s’y rend en famille pour récolter les grappes et participer à la vinification, des souvenirs joyeux, de raisins foulés, de guêpes attirées par le jus sucré, de grand banquet convivial pour fêter la fin de la récolte… Laurent est alors fasciné par cette magie, la transformation du jus de raisin en vin, « un jour, je serai vigneron ». Ce rêve le suit toujours à 18 ans, alors qu’il vendange chez des amis viticulteurs de Bergerac, puis à 28 ans, 38 ans, 45 ans et qu’il s’est orienté dans la Tech et travaille chez Apple. « A 45 ans, je me suis dit que, ça y est, j’étais grand, et qu’il fallait que ce rêve devienne réalité ». Laurent David se penche alors sur le sujet : comment se former, acquérir des parcelles… ? Rapidement, il se rend compte qu’il n’est pas un vigneron né et qu’il lui faudra plusieurs années pour faire un vin correct, alors sagement il en conclue : « autant laisser cela à ceux qui savent le faire ». Lui, pourrait apporter ce qu’il sait bien faire, organiser une équipe, parler et vendre un produit qu’il connait et qu’il aime. Le métier de vigneron est aussi un travail d’entrepreneur : prendre des microdécisions tous les jours, lourdes de conséquences, de véritables risques, c’est donc là qu’il peut intervenir. « Je compare beaucoup le monde du vin à une équipe de rugby. Dans une équipe de rugby, il faut les avants, le demi de mêlée, le demi d’ouverture, les ailiers… Pour travailler aux vignes, vinifier et élever le vin, en parler et le vendre, l’équipe doit aussi être bien constituée, et c’est à cela que je me suis employé. Notre Antoine Dupont à nous, c’est Stéphane Derenoncourt ».

Le Château Edmus, un coup de cœur

Pourquoi Edmus ? Le Château Edmus est né de deux noms, Philip Edmundson et Eric Remus, qui rachètent en 2006 5,8 hectares au Château Lescours, en appellation Saint-Emilion et Saint-Emilion grand cru. Dès l’origine, ils œuvrent avec Stéphane Derenoncourt et font un travail fabuleux, tout en restant dans l’ombre. Lorsque Laurent David part en quête de parcelles à racheter, il découvre ce domaine qui devient pour lui un véritable coup de cœur : le terroir, le climat, la qualité des sols (depuis 2006, pas une seule goutte de glyphosate n’a foulé cette terre) la finesse et la précision des nectars… La rencontre a lieu en 2015 mais « ce n’est pas le bon moment ». En 2018, « l’on se recroise à l’occasion de l’échange de nos vœux, et je présente de nouveau mon projet aux deux propriétaires, celui-ci a alors bien évolué et convainc mes interlocuteurs. A ce moment, j’ai en effet réalisé que si je souhaitais produire un grand vin, il fallait voir les choses en grand et réaliser des investissements importants ». L’idée ? Penser le domaine comme une startup, ouvrir le capital pour permettre à des investisseurs qui partagent la même philosophie, la même passion et les mêmes valeurs que Laurent d’y entrer, bénéficier des idées, du temps et du réseau de chacun. Les Wine Angels étaient alors nés. Lors de cette campagne de levée de fonds, parmi les 178 candidats, 33 sont sélectionnés pour participer au projet, dont Laurent David, Philip Edmundson et Eric Remus. Un nouveau chai est créé et les idées de chacun affluent, bousculent, pour arriver au résultat que l’on connait aujourd’hui.

La naissance de PHi

A ce jour, le domaine est planté sur 1,6 hectare sur des veines de graves, des galets roulés qui proviennent tout bonnement du lit de la Dordogne. L’écosystème est idéal : les vignes de merlot et de cabernet franc sont entourées d’arbres, et travaillées en bio et biodynamie (labellisé bio, la certification biodynamique est en cours). Depuis son arrivée au domaine, Laurent David cherche à produire des nectars toujours plus vivants, avec encore moins d’intrants et de sulfite. La recherche du fruit est nette, et Stéphane Derenoncourt enjoint alors à Laurent de se procurer un « œuf de Beaune », un contenant unique et ovoïde, fait à la main en Bourgogne, qui respecte les proportions parfaites définies en géométrie, le nombre d’or, Phi. Elle permet au vin d’être toujours en mouvement et réalise une micro-oxygénation, donc le nectar s’y développe rapidement. En 2020, un peu au hasard, une cuvée de cabernet franc y est placée : « le cabernet franc est vraiment un cépage que j’aime. Qu’il est dommage de le ramasser trop tôt, car lorsqu’on ose pousser sa maturité, il fait de véritables merveilles, et c’est ce que nous essayons de faire chez Edmus ». Jusqu’ici, une cuvée de Saint-Emilion grand cru est produite au château, à partir de l’assemblage de ces deux cépages, merlot et cabernet franc et une seconde voit bientôt le jour, la cuvée PHi.

« PHi est né d’une décision collégiale des Wine Angels. Nous étions alors tous en train de déguster les Primeurs 2020 du château Edmus, une vingtaine des co-propriétaires, et nous avons tous été marqués par ce nectar de cabernet franc élevé en cuve de Beaune. Il était nettement plus développé que ses pairs, comme s’il avait quelques années d’avance… Acidité, salinité, tanins fondus, fruit éclatant… Nous avons alors décidé de l’embouteiller à part sous le nom de PHi, avons voté par Whatsapp pour l’étiquette, et avons choisi de ne produire que 200 ou 300 bouteilles pour notre propre consommation, en vendant quelques bouteilles à des restaurants et seulement 20 flacons sur notre site. Celles-ci ont été dilapidées en 15 minutes, alors qu’elle étaient tout de même à 80€.. Cela nous a mis la puce à l’oreille, nous avons donc fait passer une bouteille ou deux à des critiques en vin, et avons reçu 94/100 par Antonio Galloni et Andreas Larsson. Incroyable, des notes encore jamais reçues au Château ! La conclusion est que nous avons refait cette même cuvée en 2021 ! ».

Vous n’êtes pas sans savoir, chers amateurs, que 2021 a été une année à la météo capricieuse. Au moment des vendanges, les merlots n’ont pas mûri et Les Wine Angels décident alors de pousser les cabernets francs (vendangés le 7 octobre, alors que les feuilles des vignes sont déjà rouges) et de produire exclusivement la cuvée PHi, 693 bouteilles exactement. La cuvée a tout pour se distinguer : un saint-émilion bio et nature, composé à 100% de cabernet franc, élevé en œuf de Beaune « j’aime que mon vin me ressemble, qu’il soit différent » confie Laurent David. L’idée est de trouver également une façon disruptive de le faire connaître, quitte à prendre des risques. Parmi les clients d’Edmus, notre entrepreneur a rencontré Dimitri Hk, célèbre tatoueur. Pendant le confinement, cet artiste lance une série de NFT avec son frère. Laurent David découvre alors un monde, ces œuvres numériques uniques et infalsifiables sécurisées sur la Blockchain, dont le propriétaire peut décider de céder la possession à un autre individu. Laurent lui en achète un et propose alors à Dimitri Hk de se lancer dans la création d’étiquettes de vins NFTisées.. Celui-ci accepte, et prend comme inspiration Alphonse Mucha avec l’idée de le « punkiser » un peu. Le projet est lancé : vingt magnums de PHi 2021 sont mis en bouteille (en magnum si vous suivez), chacun est habillé d’une étiquette unique et accompagné de l’œuvre NFTisée. L’entrepreneur fait appel à iDealwine qu’il connaissait de la WineTech, notamment pour sa technologie du WineDex, application d’authentification et de traçabilité des grands vins. Nous convainquons Laurent David de ne pas mettre de prix de réserve sur les 10 magnums qu’il nous confie, ils seront vendus aux enchères à partir d’1€ sur le site… Le risque est total… mais payant ! Aujourd’hui, le succès est au rendez-vous, les magnums dépassent largement l’estimation du prix de ces lots 3.0, le premier lot a ainsi été adjugé 5 268€ TTC. Le souhait de Laurent David ? « Que les gens les boivent, les partagent et les apprécient ».

En savoir plus sur cette vente 3.0

  • Voir les commentaires (0)

Your email address will not be published. Required fields are marked *

commentaire *

  • name *

  • email *

  • website *

Vous aimerez aussi

Une journée en Champagne, en visite chez Jacquesson

En compagnie de quelques restaurateurs et sommeliers, nous avons eu la chance de visiter la maison Jacquesson à Dizy, près d'Epernay.

Henri Bonneau, une légende à Châteauneuf du Pape

Les vins d’Henri Bonneau sont uniques en leur genre. Le domaine minuscule (à peine 6 hectares), est planté à plus ...

Foire aux vins iDealwine – Le vin du jour : Château Le Sartre 2008

« Les vins du Sartre sont remarquables, ils peuvent rivaliser avec les grands crus de Léognan… ». Voilà ce que disait le Guide Féret des vins de bordeaux en… 1922. ...