Interview | Luca Gargano, le défricheur de vins nature

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Nous avons eu la chance de nous entretenir avec Luca Garano, le fondateur du manifeste des vins naturels Triple A, qui, déjà largement reconnu en Italie, commence à s’implanter bien au-delà des frontières nationales. Revenons sur la genèse et le contenu de ce beau projet.

Vous vous souvenez peut-être, il y a quelques jours, nous vous disions notre fierté d’être les distributeurs officiels en France de la sélection Triple A de Luca Gargano, le célèbre collectionneur et importateur de vins et spiritueux. Aujourd’hui, on tente d’en apprendre un peu plus sur ce projet, en en discutant directement avec Luca Gargano.

Parlez nous un peu de la genèse du projet Triple A

Ça a commencé dans la deuxième moitié des années 1990, lorsque j’étais importateur de vins du Nouveau Monde en Italie. Je me suis rendu compte progressivement que je n’arrivais plus à m’y retrouver dans mes dégustations pour sélectionner les vins, car tout finissait par se ressembler. A l’époque, avec ma société Vélier, j’étais pionnier dans l’importation de vins de ces pays, mais je n’arrivais plus à m’y retrouver. Et en faisant des verticales sur de longues périodes, par exemple sur des château musar (Liban), j’ai bien vu qu’à partir des années 1980, les vins n’avaient plus grand-chose à voir avec leurs parents des années 1960 ou 1970. On assistait à une standardisation massive et donc une perte d’authenticité.

C’est en partant de ce constat que je me suis mis à faire des recherches, mais j’étais dans le brouillard le plus complet. Mon travail de sélection des vins m’a obligé à explorer, à trouver des moyens de m’y repérer. Et je me suis progressivement rendu compte que c’était parmi les vins faits proprement et de manière peu interventionniste que j’arrivais à trouver les plus belles expressions des terroirs. Donc les débuts de Triple A, c’était un but purement égoïste, pour m’aider mo à sélectionner les meilleurs vins et c’était une démarche purement expérimentale. C’est ainsi que j’ai créé mon protocole Triple A, puis par hasard il a été publié sans une revue de Milan et a eu un certain écho. On m’en a parlé et dit que ça se rapprochait beaucoup du discours de Nicolas Joly en France (Coulée de Serrant). C’est ainsi que je suis rentré en contact avec lui pour échanger à ce sujet. En fait, on a chacun créé nos démarches (très similaires) en même temps, lui le mouvement « Renaissance des appellations » et moi « Triple A », sans se connaître !

A partir de là, j’ai abandonné presque tout mon catalogue de vin pour créer une nouvelle gamme qui suivait ce protocole. C’est ainsi que je me suis mis à importer les vins de Mark Angeli, Overnoy dès 2002. Le nom Triple A, c’était en référence à la Bourse et aux agences de notation ! J’ai créé des salons dédiés aux vins naturels et à l’époque, il n’y en avait pas tant que ça, c’était des survivants, de la résistance ! J’ai donc recommencé mon travail de sélection, patiemment et méthodiquement. Parfois, je ne sélectionnais pas du tout de vin dans une région si je n’en trouvais pas au niveau.

Et avec tout ça, du jour au lendemain, je suis devenu le diable dans le monde du vin, j’étais attaqué par des producteurs, des professeurs… mais je savais que j’étais dans le vrai. Aujourd’hui, les vins sains et naturels sont bien installés, mais à l’époque, c’était un mouvement quasi révolutionnaire ! A l’époque tout le monde s’était jeté dans les levures sélectionnées et les divers intrants. Nous on a accompagné de nombreux domaines qui travaillent bien mais avaient du mal à se faire connaître, qui étaient mal financièrement, surtout en Italie.

Quels sont les avantages de Triple A ?

La force de Triple A, c’est la cohérence, la rigueur de la sélection. Le protocole, c’est les frontières à l’intérieur desquelles on peut choisir des vins, mais tous les vins naturels ne sont pas forcément bons, mais aucun bon vin n’est pas naturel.

La sélection, opérée par mon équipe et moi est très exigeante, 80% des vins sont refusés. Il est nécessaire de travailler selon les principes bio, qu’on soit labelisé ou non, même si c’est mieux pour les amateurs qu’il y ait la certification. Mais nous on va visiter les domaines concernés, on sait comment ils travaillent, on vérifie les conditions… Mais d’abord il faut passer l’étape de la dégustation, et cette dernière peut déjà nous apprendre beaucoup sur les conditions de production d’un vin, si par exemple les levures sont naturelles ou pas. Il y a toute une procédure pour rentrer dans la sélection, on déguste, on demande les analyses, on vient visiter le domaine… Un mélange de critères objectifs et subjectifs.

La sélection est assez réduite et n’a pas vocation à augmenter énormément : pour vendre des vins il faut très bien les connaître, ce qui nécessite plusieurs années, pour bien connaître un producteur et son domaine. On apporte 4 à 5 nouveautés par an, mais pas plus, on veut que ça reste petit. On pourrait très bien trouver plus de vins qui répondent à nos critères, mais le travail serait moins bien fait. Aujourd’hui, on est fiers d’avoir contribué à la reconnaissance mondiale de certains producteurs qu’on accompagne depuis des années.

Accéder à la sélection Triple A

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