Interview BFM | Un point sur les Hospices de Beaune

BFM-Vente-Hospices-de-BeuneA la veille de la 159ème édition de la vente des vins issus du domaine des Hospices de Beaune, Angélique de Lencquesaing intervenait sur BFM Business dans l’émission Intégrale Placements. Elle répondait aux questions de Cédric Decoeur et Guillaume Sommerer en livrant son analyse des tendances du marché sur les grands vins de Bourgogne. Retrouvez son interview.

  • Traditionnellement, le 3e week-end de novembre est consacré à la Vente des vins des Hospices de Beaune. Un moment attendu par les amateurs, et aussi un baromètre de l’état du marché.

Oui, ce week-end est jalonné de dégustations et de célébrations autour du vin, un moment très festif qui braque les projecteurs du monde entier sur une région adulée par les amateurs aux quatre coins de la planète. La particularité de la vente des vins, qui se déroule le dimanche, est que l’on y adjuge les vins du millésime qui vient tout juste d’être récolté, le 2019. L’autre particularité, c’est que ces vins ne sont pas encore « finis », ils débutent à peine la phase d’élevage. Ils sont donc commercialisés par « pièce », et non pas à la bouteille. Pour mémoire, une pièce bourguignonne compte 228 Litres de vin, vous achetez donc environ 288 bouteilles d’un même vin, qu’il vous faudra confier à une maison bourguignonne à l’issue de la vente. Celle-ci veillera sur votre vin jusqu’à la fin de l’élevage et procédera à la mise en bouteille avant de vous l’expédier.

  • D’où proviennent les vins vendus lors de ces enchères ?

Les vins proviennent du domaine des Hospices de Beaune. Ce vignoble couvre une soixantaine d’hectares répartis sur  les grandes appellations de la Côte de Beaune et de la Côte de Nuits. Ce vignoble est le fruit de donations successives, il est exploité au profit des œuvres des Hospices, et une pièce, dite Pièce du Président, est vendue au profit d’une (ou de plusieurs œuvres caritatives), représentées par des personnalités qui font monter les enchères. Cette année le basketteur Tony Parker, la journaliste Ophélie Meunier et l’acteur François-Xavier Demaison seront les parrains de la vente. Cette pièce des Présidents sera vendue au profit de l’Institut du cerveau et de la moelle épinière et de l’association Autour des Williams, qui soutient la recherche contre le syndrome des Williams, une maladie génétique.

  • Les volumes mis en vente dépendent de la qualité de la récolte et des conditions climatiques du millésime. Qu’en est-il du millésime 2019 ?

C’est effectivement l’une des spécificités de la vente et c’est ce qui crée une forte attente. C’est en effet la première fois que les vins d’un millésime sont mis sous le feu des projecteurs. La vente proposera cette année 589 pièces de vin. Un volume en nette baisse par rapport au record de 2018 où 828 pièces avaient été adjugées (-29%).

  • Pourquoi cette baisse ?

La Bourgogne a, une fois de plus, connu une succession d’épisodes de gel, localement quelques averses de grêle, une forte sécheresse et la canicule.

  • La qualité de la récolte est-elle impactée par tous ces accidents climatiques ?

Le soleil bien présent à la fin de l’été et jusqu’aux vendanges a permis de rentrer une belle récolte, très saine, mais peu volumineuse. Les spécificités du millésime ont imposé des choix techniques à Ludivine Griveau, régisseur des Hospices : des macérations assez longues pour les rouges afin de recueillir d’intenses arômes de fruits frais, et des extractions poussées pour les blancs, très concentrés. Il en résulte des pinots raffinés, intenses, précis. Quant aux chardonnays ils se révèlent opulents mais sans lourdeur, bien équilibrés, et dotés d’une belle tension et de vivacité.

  • Une belle récolte, donc, peu abondante… En ce qui concerne les prix on ne s’oriente donc pas franchement vers une année de modération ?

En Bourgogne il est difficile de parler de modération tant le déséquilibre est important entre l’offre et la demande. Pour tenter d’imaginer quels vont être les niveaux de prix atteints il faut considérer deux types de facteurs. Les facteurs intrinsèques que vous évoquez (qualité conjuguée à rareté) ne sont pas de nature à laisser penser que les prix vont baisser par rapport à l’année dernière, au contraire.

N’oublions pas que la vente des Hospices de Beaune a une vocation caritative, et que, outre la gestion du vignoble, elle finance une dotation pour l’hôpital public de Beaune. Les promoteurs des Hospices attendent donc un revenu minimum pour financer leur budget, indépendamment des volumes disponibles. Certes, on n’atteindra peut-être pas les montants records de 2018 : 14,2M€ en incluant la Pièce des Présidents (+ 18,5% par rapport à 2017). Mais les grandes maisons bourguignonnes sont toujours attendues au tournant pour garantir bon an mal an, le succès de la vente. Rappelons, au passage, qu’elles totalisent l’immense majorité des achats réalisés lors de la vente (la maison Bichot a acheté 164 pièces en 2018 !). Les particuliers achetant en direct n’ont représenté que 17% du produit de la vente l’année dernière.

Par ailleurs, il faut considérer les facteurs exogènes. Plusieurs questions se posent actuellement. Certes, les vins de Bourgogne, par leur rareté, attirent l’appétit des amateurs du monde entier. Mais on constate actuellement sur la plateforme d’enchères d’iDealwine, une stabilisation – au plus haut niveau – des prix des grands vins de Bourgogne, des flacons iconiques. Les arbres auraient-ils atteint le ciel ? Par ailleurs, il reste une inconnue concernant la réaction du marché américain aux récentes mesures de taxation des vins importés aux USA.

Bon, une fois qu’on a dit ça, le facteur rareté, conjugué au prestige de la marque Hospices de Beaune et à la médiatisation de cette vente, risque malgré tout d’emporter la mise et de faire grimper les prix des vins.

  • En 2018, même dans une année abondante, les prix n’avaient connu aucune accalmie. Peut-on encore considérer cette vente comme un indicateur des prix des vins de Bourgogne, notamment dans la perspective d’un investissement dans le vin ?

Jusqu’au milieu des années 2000, la vente des vins des Hospices remplissait vraiment ce rôle de baromètre pour la fixation des cours d’achat des raisins entre négociants et producteurs. Aujourd’hui, la vente joue un autre rôle : elle devient un amplificateur des tendances générales, auquel toute l’organisation mise en place – dégustations préalables, forte médiatisation – offre une résonnance unique.

L’effet millésime avait autrefois un impact sur le produit global de la vente. Depuis 2005 ce n’est plus le cas. Songez que le prix de la pièce a été multiplié par 3,5 entre 2005 et 2018 ! (le multiple ramené en euros constants s’établit à 3,2).

Produit vente des Hospices de Beaune

Prix moyen vente des Hospices de Beaune

  • Alors, faut-il acheter dans cette vente ?

Tout dépend de votre objectif. Si vous achetez en vue d’ouvrir ces bouteilles d’ici quelques années, la qualité est bel et bien là, et il faut  souligner que d’importants progrès ont été réalisés ces dernières années, tant dans la vigne qu’en matière de vinification. Mais dans une perspective patrimoniale, attention au prix !

Dans le passé, les maisons de négoce avait pour habitude de fondre certains de leurs achats réalisés durant la vente des Hospices dans leurs cuvées de négoce. Ce qui avait du sens lorsque les prix d’achat reflétaient la réalité des cours.

Aujourd’hui, les prix étant dé-corrélés du marché pour les raisons que nous avons évoquées ces vins sont plus volontiers vendus sous l’étiquette des Hospices, donc potentiellement plus présents sur le marché secondaire.

Compte tenu des prix atteints ces dernières années on note, d’une manière générale, qu’il est rare de voir les vins s’apprécier de manière significative sur le court, voire le moyen terme. Songez qu’en moyenne, le prix de la pièce vendue l’année dernière atteignait 16 848 euros contre 4803€ en 2005 ! Il est donc important de bien choisir la maison à qui la pièce achetée aux Hospices sera confiée en vue d’achever l’élevage des vins, pour renforcer l’attractivité de la bouteille dans une éventuelle perspective de revente à terme.

  • Vous avez évoqué les prix qui se stabilisent parmi les vins de Bourgogne, comment faut-il interpréter cette tendance dans la perspective des grandes ventes de fin d’année ?

Attention, j’ai parlé d’une stabilisation au plus haut niveau !

Quand vous avez des magnums du grand cru La Tâche qui franchissent le seuil des 8000€ aux enchères sur la plateforme d’iDealwine (8026€ pour un magnum 2004), on ne peut pas véritablement parler de récession…

Toutefois, des étiquettes plus classiques, moins rares, et dont les prix ont explosé à la sortie du domaine, sont aujourd’hui plus difficiles à vendre. Les asiatiques sont certes de grands amateurs de pinot noir, mais nous le constatons au travers de notre bureau de Hong Kong, leur connaissance des vins et de leurs prix est précise, et ne cesse de s’affiner. Par ailleurs, cette population d’amateur, en quête de rareté, s’oriente aujourd’hui vers des modes de vinification plus naturels, ce qui réduit le spectre de leurs recherches.

  • Des vins nature ? Ils ne sont pas l’apanage de quelques producteurs jurassiens ?

On en trouve dans le Jura, effectivement, qui est l’un des épicentres des vins natures (chez Overnoy, un vin jaune d’Arbois Pupillin 1999 a été adjugé 1155€, domaine des Miroirs). Mais vous avez un autre foyer nature dans le Beaujolais (dans la mouvance de Marcel Lapierre, un magnum de fleurie l’Ultime Yvon Métras 2009 adjugé 353€), dans la Loire, un peu partout en fait, même à Bordeaux ou en Corse, et également en Bourgogne.

  • On trouve des vins nature en Bourgogne ? Quelques noms à suivre ?

Oui, il faut suivre de près des signatures telles que Prieuré Roch (un chambertin Clos de Bèze 2013 adjugé 1216€), Bizot, Philippe Pacalet, Chandon de Briailles, le Domaine de Chassorney – Frédéric Cossard à Nuits Saint-Georges, ou encore Alice et Olivier De Moor à Chablis.

Voir les ventes de vins de Bourgogne

 

 

 

 

 

 

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