Victor Gardiés

Propriété historique, l’histoire du domaine Gardiés remonte au XVIIIème siècle. Le renouveau du domaine est marqué en 2003, lorsqu’il s’implante avec un nouveau bâtiment dans la vallée de l’Agly et qu’il passe en bio l’année d’après. Depuis, Jean Gardiés et son fils Victor (en photo ci-dessus) signent sur près de 38 hectares des vins de garde, riches, d’une intensité rare et portés par une fraîcheur exceptionnelle. Partez à la découverte de notre nouveau domaine partenaire du Roussillon, par notre équipe.

Une propriété viticole depuis le XVIIIème siècle

Au XVIIIème siècle, le Mas Farine, propriété de la famille Castany, abrite quelques hectares de vigne. Pendant deux siècles, la production est, comme souvent à l’époque, vendue au négoce de Perpignan et de Rivesaltes. Pendant l’entre-deux-guerres, le domaine est renommé Gardiés, Noëlle Castany, héritière du domaine (après une formation viticole), épousant Henri Gardiés.

Au fil du temps, ils décident de concentrer leurs efforts sur la vigne, arrêtant notamment la production d’oliviers. Dans les années 1960, Jean Gardiés reprend le domaine et l’agrandit jusqu’à 30 hectares. Porteur du même prénom, son fils lui succède dans les années 90 et conçoit, en 2003, l’actuel bâtiment à partir de matériaux locaux qui n’absorbent pas la chaleur. Petite anecdote : le toit de ce bâtiment flambant neuf est frappé par la foudre et brûle au mois d’août alors que la vendange n’avait pas encore commencé… Inutile de préciser qu’en cette période estivale, la France vit au ralenti et qu’aucune entreprise de toiture ne peut venir aider les Gardiés. La vendange se fera donc dans des conditions difficiles, avec des bâches sur le toit qui ne seront changées qu’au mois de février suivant.

Joyeuse mosaïque de sols, climats et cépages

2004 sonne le glas de l’utilisation des traitements chimiques au domaine. Conduit en agriculture biologique certifiée, le vignoble s’étend 38 hectares et ses 46 parcelles sont travaillées en fonction de leurs caractéristiques. Caractéristiques d’ailleurs mises en lumière à travers des vinifications parcellaires.

Situé au cœur de la vallée de l’Agly et entouré de montagnes qui s’entrechoquent, le domaine domine des sols de calcaires brûlés ressemblant aux schistes. Ses plus grands terroirs se situent en altitude, entre Vingrau et Tautavel, et se définissent par des terroirs frais composés d’argile et de calcaire balayés par les vents.

Âgées d’une cinquantaine d’années environ, les vignes se partagent entre la syrah, le grenache noir, le mourvèdre, le cinsault et le carignan pour les rouges ainsi que le grenache gris, le grenache blanc, le muscat à petits grains blancs, la malvoisie du Roussillon, le macabeu et la roussanne pour les blancs. Les jeunes vignes des parcelles situées autour du domaine sont palissées, tandis que les vignes en altitude plus âgées sont conduites en gobelet.

La diversité des sols, des climats (altitudes, vents…) et des cépages, donnent donc matière à réaliser des vins de caractères.

Deux mois de vendanges, le souci du détail

Particularité au domaine, les vendanges sont très longues, s’étalant sur deux mois, car les maturités sont différentes et que la récolte se fait tôt dans la matinée pour conserver la fraîcheur des raisins. La chaleur écrasant, les journées sont courtes, débutant à 6h et s’achevant vers 11h. « La maîtrise des températures est primordiale. Lorsqu’il fait 35 ou 40 degrés dehors, il faut être capable de descendre la température de ses raisins. Il y a quelques décennies, on ne pouvait pas maîtriser cette température de vendange aussi bien qu’aujourd’hui, c’est donc la fermentation qui pilotait. Aujourd’hui on est capable de maîtriser le froid, d’où l’usage de camions frigorifiques pour les vendanges : à partir du moment où le raisin est coupé, le chrono tourne. Tout cela vise donc évidemment un objectif clair : faire un départ de fermentation maîtrisé ».

Toutefois inutile de préciser que le « bon sens » prime : les raisins des vignes vendangées autour du domaine vont directement au pressoir (et non pas en camion pour faire 200 mètres au frais).

Des vinifications peu interventionnistes mais pas que…

Les Gardiés travaillent en famille : père, mère, sœur, Victor et sa compagne. En plus de la vigne, Victor et Jean Gardiés s’occupent tout particulièrement des vinifications. Ils sont bien entendu accompagnés car leurs 38 hectares demandent beaucoup de travail. « Les vinifications sont simples » dit Victor. Accueillant souvent des jeunes au domaine, forts d’expériences dans différentes régions ou pays, ceux-ci sont souvent déstabilisés car ils pensent pouvoir faire de nombreuses étapes de manipulation des jus… Victor doit alors calmer leurs ardeurs pour laisser certaines étapes de vinification se faire toutes seules.

En bref, les fermentations se déclenchent naturellement, grâce aux levures indigènes. Le suivi est rigoureux, même si on laisse faire. Pour les blancs, le pressurage est doux, avec un débourbage plus ou moins grossier (ne pas trop débourber pour garder une certaine structure et richesse). « Il y a naturellement de la puissance et de la concentration, donc pas besoin d’aller chercher plus à travers des remontages et des bâtonnages ». Pour les rouges, la vinification s’assimile plus ou moins aux blancs, l’étape de macération différant, bien entendu. L’objectif est de puiser une fraîcheur équilibrante tout en faisant parler le terroir. La fermentation malolactique est systématique (ce qui est rare dans le coin) et permise car les vins sont justement portés par cette fraîcheur exceptionnelle.

« En cave, l’objectif premier est de connaître ses parcelles, de les travailler de manière à ce que les vins se suffisent à eux-mêmes. » La dégustation des fûts nous confirme cette ambition. Les vins sont bien en place, absolument délicieux, avant d’être assemblés. On voudrait presque que chaque fût soit embouteillé séparément… mais attendons la dégustation !

Au domaine, les cuves béton sont préférées aux cuves inox, ces dernières étant uniquement utilisées pour les assemblages et quelques transferts. Les fûts sont lavés à l’eau chaude (pas d’utilisation de mèche de soufre, une technique assez courante).

Des vins bien élevés, ça change tout !

Victor est un passionné d’élevage (lancé sur le sujet, il ne saura plus s’arrêter) : « Le plus gros du travail se fait lors de l’élevage ». Il ne cesse d’expérimenter sur ses cuvées des élevages longs, dans différents contenants afin de voir les profils obtenus.

Au domaine, il n’y a que de grands contenants : fûts de 500 litres, Stockinger … L’objectif d’ailleurs de l’élevage chez les Gardiés repose plus dans l’apport du contenant en bois que l’aromatique boisée. Les élevages longs apportent une micro-oxygénation essentielle aux vins et assurent un collage naturel. Les lies nourrissent les vins tout au long de leur cycle. Le parc de fûts de vins blancs est divers : chauffes différentes, quelques tonneliers distincts, vieux fûts. Seulement quelques nouveaux fûts entrent chaque année dans le chai (les fûts à vins blancs durent jusqu’à 7 ans, tandis que ceux à vin rouge vont jusqu’à 15 ans). « En somme, la maîtrise de l’usage des fûts est comparable à celle d’un maître sushi qui découpe simplement du poisson, on en oublie parfois simplement qu’il faut 10 ans d’expérience pour en arriver là. »

Nos notes de dégustation

Domaine Gardiés dégustation

Les Glacières 2022 : absolument magnifique, le premier vin blanc du domaine ouvre le bal avec son assemblage de vieux grenaches blancs et gris, de roussanne, de macabeu et de tourbat. Mis en bouteille en avril 2023, son potentiel de garde est de 5-8 ans. Après quelques années de garde, le vin révèlera un peu plus de complexité et un caractère brioché.

Clos des vignes blanc 2021 : c’est l’un de nos coups de cœur de dégustation. Porté par une fraîcheur exceptionnelle, avec une belle rondeur, des notes florales et de fruits blancs se dévoilent. L’allonge est éternelle. Un vin délicieux dès maintenant, même s’il dispose d’un grand potentiel de garde.

Torreta blanc 2021 : ici le tourbat (ou malvoisie du Roussillon) évolue sur le terroir d’Espira et est complété par du macabeu. Des notes de fruits mûrs, de fruits confits, d’agrumes (pamplemousse mûr) introduisent une fraîcheur et une minéralité qui ne manquent pas au rendez-vous. Beaucoup d’énergie dans ce vin qui, dès un an de bouteille, montre presque des notes d’évolution à travers des touches de fruit secs (notes en réalité typiques du cépage).

Macération de Tourbat 2020 – « Attendre et boire » : macération d’une douzaine de jours puis élevage en amphore. Trame fraîche et légèrement tannique avec un côté orange amère.

dégustation Domaine Gardiés

« On s’en fish » rouge 2022 : assemblage de cinsault et carignan. Comme un délicieux jus de fruit, mais travaillé et complexe ! Un élevage en fût assouplit les tannins.

Millères rouge 2021 : assemblage des calcaires de Vingrau. Grenache, syrah, carignan et mourvèdre se livrent dans un ensemble porté par des notes de garrigue, d’épices, de fruits rouges et noirs. Extraction douce, de type infusion. Vinification et élevage majoritairement en béton. Très fin, c’est un vin à garder quelques années. Un grand coup de cœur.

Les Clos rouge 2020 : tannins présents mais fins. Notes de myrtille avec une belle fraîcheur. On sent une réelle puissance retenue. L’ensemble des parcelles entrant dans les assemblages des Clos s’étendent sur 4 hectares (avec un peu plus de vin rouge que de vin blanc). Le millésime 2020 est un peu plus pur que le 2019. Il y a moins d’épices et de caractère que le millésime précédent.

La Torre rouge 20 : mourvèdre sur schistes. Complexe, tannins présents mais fins et délicats. Il y a moins de fruit que Les Clos, plus d’épices et un côté terrien valorisé. C’est un vin puissant mais pas lourd, porté par une touche mentholée et cette fraîcheur caractéristique du domaine. D’après Victor Gardiés, « c’est le terroir et le cépage où on pourrait faire les vins les plus démonstratifs !». Mais, vous l’aurez compris, ça n’est pas l’idée ! Même si vous le trouvez délicieux aujourd’hui, laissez-le reposer en cave pendant une dizaine d’années.

Les Falaises 2020 : un peu plus austère, serré au début. Son immense potentiel de garde (20 ans) nous dévoile sons caractère très pur, terrien et minéral.

Rivesaltes ambré – hors d’âge VDN : vinifié à l’ancienne. Notes variées de pruneaux, d’abricots confits et de poivre. L’élevage de ce vin est très long. Concentré et frais, ce vin doux naturel garde une salinité et une finale serrée portée par des touches de caramel.

Ce qu’en disent les guides

La Revue du Vin de France **

Jean Gardiés profite de la diversité géologique locale entre sols argilo-calcaires et de schistes pour produire une gamme de vins précis. Il travaille désormais à quatre mains avec son fils Victor. La proportion de Vin Doux Naturels a diminué au profit des secs. Les progrès en blanc se confirment, avec de plus en plus de pureté, de longueur et de justesse dans les élevages. Les rouges restent très bien construits, de jolis classiques, avec de la charpente mais des tanins mûrs et un beau potentiel de garde.

Bettane + Desseauve ***

Jean Gardiès a repris le domaine familial en 1990, mettant l’accent dès le départ sur les rouges qui sont vite devenus des références de la région. Depuis, il livre régulièrement une fine interprétation de son terroir de Vingrau, cultivant un vignoble (…) au parcellaire très éclaté qui se reflète dans la philosophie des cuvées. (…) l’accent est mis sur une vinification au plus près du fruit, avec moins d’extraction et plus de subtilité. Que ce soit en vins secs ou vins doux naturels, on trouvera ici aisément son bonheur (…).

Les vins du Domaines Gardiés

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