Dégustation : la totale du Clos des Fées d’Hervé Bizeul à Paris

BizeulLe 18 mai, Hervé Bizeul, le propriétaire du domaine du Clos des Fées (Roussillon) présentait l’ensemble de ses vins à Paris. Une occasion unique de (re)découvrir une gamme qui ne cesse de se diversifier.

Ceux qui le connaissent un peu savent qu’Hervé Bizeul, en plus d’être un vigneron talentueux est un vigneron malin. Malin et culotté car il fallait oser le cadre prestigieux de l’hôtel Bristol à Paris, à deux pas du Palais de l’Elysée pour ne présenter « que » de « modestes » vins du Roussillon. Culotté, mais malin, parce que convier les cavistes, les journalistes et ses clients particuliers dans un vaste cadre prestigieux, et donc extrêmement confortable, a inévitablement marqué les esprits des uns et des autres. Avec, en prime, quelques magnifiques souvenirs gourmands grâce à la dégustation des salaisons exceptionnelles de Patrick Duler (Domaine de Saint-Géry) dont les jambons, saucissons et autre lard ou ventrèche vous plongent dans un univers gustatif absolument incroyable !

Mais revenons aux vins et au domaine. Pour ceux qui l’ignoreraient encore, avant de s’amarrer aux vignes du Clos des Fées, Hervé Bizeul avait pas mal bourlingué en tournant autour du vin sinon du monde. Comme sommelier, comme journaliste, mais surtout comme fils de cette terre rude et fière du Roussillon. C’est face à ce désert de garrigues, à ces murs de pierre sèche, à ces vignes plantées à coups de pioche au milieu des chênes verts aux branches torturées, qu’il décide un jour, vers la fin des années 1990, d’aller au bout de sa passion pour le vin en devenant lui-même vigneron. Dans ce décor de carte postale, avec, dressées au loin, les falaises calcaires de Vingrau, mais aussi les scintillements tout proches de la Méditerranée, les bourrasques glaciales de la tramontane et, à l’horizon, les sommets parfois enneigés des Pyrénées.

Le premier millésime, 1998, nait dans la douleur, mais les fées retrouvent leur baguette et ce premier bébé étonne, surprend, mais surtout plaît à ceux qui le dégustent. C’est le début d’un formidable succès, dû à un travail colossal mais aussi au sens relationnel d’Hervé Bizeul, un talent pas si courant chez les vignerons.

CirquehbAujourd’hui les parcelles du domaine sont dispersées dans un rayon d’une quinzaine de kilomètres, ce qui n’est pas forcément pratique pour l’organisation du travail au quotidien, mais qui permet à Hervé Bizeul de jouer sur toute une palette de terroirs. L’exemplarité du Clos des Fées vient aussi de la sueur du sang et des larmes qu’il a fallu verser pour arriver à devenir en quelques années une locomotive régionale avec, en prime, cette petite musique d’une communication habile qui a sans doute permis d’accélérer auprès des amateurs la reconnaissance de la grande qualité des vins produits ici. Qualité que nous allons apprécier verre en main !

Dans les blancs, deux vins se distinguent. L’un (Grenache Vieilles Vignes 2014) par son côté très classique pour un blanc du Roussillon (joli nez qui évoque le minéral, bouche assez puissante, riche, belle longueur, un blanc de gastronomie) et l’autre (« Le Clos des Fées » 2012) par son originalité. Un pur sémillon d’une robe jaune foncé, un nez très riche, dense et sensuel, avec des touches boisées agréables, une bouche avec une belle touche oxydative, une fine amertume, une élégance certaine peut évoquer certains blancs traditionnels de la Rioja comme ceux de Lopez de Herredia. Particulier, très original, mais un sacré vin quand même !

Dans la gamme des vins de fruit, la cuvée « Modeste » 2014 (un assemblage de grenache, syrah et carignan) joue parfaitement son rôle de beaujolais sudiste (une fraîcheur croquante de fruits rouges) alors que Les Sorcières 2014 est à coup sûr une des meilleures affaires du Roussillon, un délicieux rouge plein et frais, sur des notes de garrigue, le tout à 12 euros, vous ne serez pas déçus ! Quant au rosé Les Sorcières 2014, il est assez vineux, marqué par des notes de bonbon anglais avec une bouche d’une certaine densité mais très fraîche, qu’on rêve déjà d’associer à des grillades estivales d’agneau ou de porc ! Et il sera bientôt en vente sur iDealwine !

Singapore-Day10-BuffetLes grands rouges classiques du domaine se déclinent en une magnifique triplette. La cuvée « Vieilles Vignes 2012 » est sans doute le vin le plus consensuel pour les amateurs de vins du Roussillon. On y retrouve en une parfaite harmonie et un équilibre magique, tout ce qui fait le charme et l’identité des vins de cette région : un nez de maquis et de baies sauvages, une bouche sur la lignée du nez, complexe et très parfumée, aux tannins fins et élégants, à la finale fraîche où la garrigue se prolonge longuement. La cuvée « Clos des Fées » 2011 est d’une autre ambition, un vin qui s’aborde en l’état plus difficilement, qui évoque au nez les belles syrah fraîches du Rhône nord, un élevage boisé encore un peu marqué en bouche mais bien intégré à la matière, qui se fondra avec les années. Une matière puissante, qui a de la classe, avec une finale sur un joli végétal mûr et floral. Un vin sérieux, à attendre quelques années encore. La Petite Sibérie 2011 offre un nez intense de fruits rouges un peu compotés (fraise et framboise). La bouche est merveilleusement soyeuse avec une matière très dense et puissante enrobée par un boisé assez sensible. La finale offre une pointe d’alcool cohérente avec le millésime et le grenache.

66600-VING-010NDans les cuvées parcellaires, De battre mon cœur s’est arrêté 2014 ne peut pas renier la syrah qui la compose à 100% et ça ne séduira peut-être pas ceux qui sont peu sensibles à l’expression généreuse de ce cépage. Images dérisoire 2013, une cuvée de tempranillo, est un vin très intéressant, épicé et original, très sudiste dans son esprit, avec une bouche nette et dynamique, tendue et dense, dont l’équilibre frais donne immédiatement envie de passer à table ! Enfin la cuvée « Un Faune avec son fifre sous les oliviers sauvages » 2013 à majorité de cabernet franc (complété par 20% de merlot), surprend par son côté vin de Loire très mûr, bien fait et agréable mais aussi par un prix qui n’a rien de ligérien…

Enfin, un rapide tour d’horizon de quelques cuvées 2014 prise sur cuve pendant leur élevage laisse augurer de jolis vins quand ils seront en bouteille. Le Vieilles Vignes rouge dans un registre élégant et dense, Le Clos des Fées dans une certaine puissance avec une belle masse tannique mais de jolis tannins fins, et La Petite Sibérie se présente très gourmande avec une superbe finale dynamique, pure et nette.

 

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