Rapport-encheres-vins-ete-2026-Raveneau

Les mois de juillet et août sont traditionnellement perçus comme une période plus calme pour les enchères de vins. Pourtant, l’été 2026 a réservé une belle surprise : le marché s’est montré particulièrement dynamique, avec plusieurs progressions spectaculaires. Les très vieux millésimes de grands bordeaux ont notamment tiré leur épingle du jeu, tout comme les chablis du domaine Raveneau âgés de plusieurs décennies. Dans le Rhône, la rarissime cuvée Cathelin de Jean-Louis Chave a franchi un nouveau cap, tandis qu’un phénomène se confirme en Auvergne autour des vins naturels de Benoît Rosenberg.

Les très vieux millésimes de grands bordeaux tirent leur épingle du jeu

Les amateurs le savent, à Bordeaux, les valorisations se font dans le temps long, la moindre rareté des vins l’expliquant. Néanmoins, il s’agit bien de la région championne pour les longues, voire très longues gardes. Ainsi, de nombreux GCC âgés de 40, 50 ans ou plus encore voient leur prix nettement progresser. C’est par exemple le cas d’un magnum de château Cheval Blanc, adjugé 1 174 € (+ 47 %). Âgée de plus de 70 ans, une bouteille de château Lafite Rothschild 1953 a été adjugée 3 271 € (+ 124 %) à un amateur irlandais ! Légèrement moins vieux, une bouteille de château Mouton Rothschild 1959 s’est vendue 2 390 € (+ 171 %) ; les autres exemples du même type sont nombreux dans le rapport de vente.

Des cours dynamiques sur les vieux millésimes de Raveneau

L’icône de Chablis, Raveneau a vu ses vins particulièrement bien performer cet été dans les millésimes des années 1980-1990. Ce domaine demeure l’un des noms les plus convoités de Chablis. Fondé en 1948 par François Raveneau, issu d’une famille unie aux Dauvissat, le domaine s’est progressivement imposé comme une référence absolue de l’appellation. Les vins des années 1980 et 1990 sont aujourd’hui particulièrement recherchés : avec l’âge, leur minéralité et leur trame saline se fondent dans des notes de miel, de fruits secs et de cire, sans perdre la tension qui fait la signature des grands chablis. La Revue du vin de France estime que les vins de Raveneau expriment pleinement leur potentiel après quinze à vingt ans de garde.

Une bouteille du Chablis GC Clos 1990 a ainsi été adjugée 2 837 € (+ 327 % – sachant que ce vin n’avait pas été vendu depuis un certain temps). Dans le millésime 1988, ce même vin s’est vendu 2 705 € ; tandis que le Chablis GC Blanchot 1992 a lui atteint 1 265 € (+ 151 %).

Hermitage : la rarissime cuvée Cathelin dépasse les 10 000 €

Dans la vallée du Rhône, l’un des vins les plus rare, la fameuse cuvée Cathelin de Jean-Louis Chave a dépassé pour la première fois le seuil des 10 000 € dans son millésime 1990. Elle s’est ainsi vendue 10 316 € à un amateur français (+ 53 %).

 Seul le millésime 2009 de ce vin avait fait mieux : il s’était adjugé 12 652 € en juin 2018.

La cuvée Cathelin est l’un des vins les plus rares de l’Hermitage. Elle doit son nom au peintre Bernard Cathelin, ami de la famille Chave, qui a également dessiné son étiquette. Produite uniquement dans les années jugées exceptionnelles, elle ne représente qu’environ 2 000 à 2 500 bouteilles selon les millésimes. Son style repose sur une sélection très confidentielle de raisins issus des grands terroirs de l’Hermitage, avec une affinité particulière pour l’expression granitique des Bessards. La cuvée Cathelin n’étant plus commercialisée, les bouteilles encore présentes sur le marché secondaire sont particulièrement convoitées. Cette disparition progressive de l’offre contribue mécaniquement à tendre les prix.

Auvergne : phénomène autour de Benoit Rosenberg

Un nouveau phénomène s’observe sur les enchères de vins d’Auvergne : un engouement fort autour des vins de Benoît Rosenberg. Installé en Auvergne depuis 2012, le vigneron, originaire de Sancerre, a notamment travaillé plusieurs années en Champagne avant de s’installer dans le Puy-de-Dôme. À Saint-Maurice, au sud-est de Clermont-Ferrand, il élabore des vins de France à partir de raisins cultivés et vinifiés dans une approche nature.

Cette trajectoire correspond pleinement au renouveau actuel du vignoble auvergnat. Longtemps restée discrète, la région attire depuis plusieurs années déjà de nombreux vignerons à la recherche de terroirs volcaniques et de vins frais, digestes et peu marqués par le bois. Les sols de basalte, de pouzzolane, d’argiles ferrugineuses et de calcaire peuvent notamment donner des vins dotés d’une belle énergie et d’une trame minérale.

Le vin de France Loup des Vignes 2018 s’est vendu 503 € le magnum (+ 67 %) et 176 € la bouteille dans le millésime 2019. Enfin, son vin de France Rat de Cave 2021 a atteint 101 € (+ 15 %).

L’été 2026 confirme donc que le marché des enchères ne se concentre pas uniquement sur les appellations les plus célèbres. Les grandes signatures historiques continuent de progresser, tandis que de nouveaux noms gagnent rapidement en visibilité. Une dynamique qui devrait continuer à profiter aux bouteilles rares, aux vieux millésimes et aux domaines dont la production reste très limitée.

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