vin aurélien petit

Aurélien Petit, jeune vigneron français, est tombé amoureux du terroir du Swartland. Ses vins sont produits à partir de vieilles vignes de chenin, palomino, cinsault, syrah et grenache. Ce passionné est aujourd’hui l’une des voix du Swartland, région chaleureuse où il a choisi de faire du vin « là où l’on se dépasse ».

Comment avez-vous commencé à découvrir le vin ?

« J’ai grandi dans une famille d’oléiculteurs, de trufficulteurs et de viticulteurs. Pourtant, on m’a plutôt dissuadé de faire ces métiers : l’idée était plutôt de chercher une certaine sécurité. J’ai donc commencé par une école de commerce. Mais très vite, j’ai cherché des stages qui me ramenaient à mes racines. L’été, je travaillais dans l’œnotourisme, je faisais goûter des vins. J’ai compris assez tôt que ma place dans le vin ne serait pas forcément en France.

En 2017, je suis allé pour la première fois à Cape Town. J’ai aussi passé un an en Nouvelle-Zélande et j’ai fait une vinification en Argentine. Puis, je suis revenu en France pour suivre un master technique et agronomique, avec des formations à l’étranger, en anglais, au Portugal et en Italie. Je n’avais pas la contrainte de reprendre une exploitation familiale, ce qui m’a laissé une grande liberté. J’en suis à 11 vinifications dans ma vie et toutes ces expériences ont construit ma vision du vin.

Pendant toute cette phase d’apprentissage, c’est l’Afrique du Sud qui m’a le plus marqué. C’est, pour moi, le pays du Nouveau Monde qui a le plus d’histoire, avec près de quatre siècles de viticulture. J’y ai trouvé une vraie manière de parler d’un lieu et d’un cépage. J’aime particulièrement le chenin, que j’ai beaucoup étudié en Loire : c’est un cépage plein d’énergie, très chaleureux, floral. »

Aurélien Petit a eu l’occasion de vinifier aux côtés de vignerons et vigneronnes comme Sylvain Pataille, Cellier Saint Benoît, Santa Duc, Matias Riccitelli, Isabel Ferrando, Barthassade, Mas de Daumas Gassac

aurélien petit vigneron

Dans quelle région d’Afrique du Sud sont produits vos vins ?

 « Les vignes sont dans le Swartland, qui signifie terre brûlée en afrikaans. C’est une région où les plantes poussent difficilement, exposée au soleil, où les vignes peuvent manquer d’eau, à environ une heure au nord de Stellenbosch et du Cap, dont les climats sont plus frais.

Dans le Swartland, on trouve des vieilles vignes sur des sols de schistes, de granite et de grés décomposés, à seulement 15 km à vol d’oiseau de l’Atlantique. C’est là que j’ai choisi de faire du vin. C’est un combo entre des vieilles vignes préservées, de super terroirs et des vignerons qui se donnent pour mettre cette région sur la carte. Il y a une vraie âme vigneronne, comme dans le Jura ou en Corse.

Tout a débuté avec l’ancienne maître de chai du domaine AA. Badenhorst, Hanneke Krüger, qui m’a fait confiance pour les accompagner elle et son mari, Thinus, dans leur nouveau projet. On a produit 45 tonnes de raisins avec des conditions « très outsider » mais pourtant très évidente. J’ai vraiment adoré cette expérience et je suis devenu très ami avec eux. J’ai pu faire mon propre vin dans leur chai en débutant avec 4 barriques de chenin, cinsault, pinotage et grenache gris. J’étais donc engagé à revenir pour la mise en bouteille. Hanneke et Thinus m’ont présenté à tous les swartlandais, ce qui m’a permis d’avoir des contacts, des conseils et vraiment commencé à m’engager sur place pour produire mes vins. »

Aujourd’hui où en-êtes-vous ?

« J’ai continué à prendre contact avec des producteurs de raisins et je travaille aujourd’hui avec 4 viticulteurs différents que je connais personnellement et avec qui je suis en contact tous les mois pour le suivi des parcelles. J’ai des amis qui achètent des raisins sur ces parcelles également et qui me proposent d’effectuer les travaux à la vigne (paillage, éclaircissage, griffage, effeuillage…) en même temps que sur les leurs. Même si je ne suis pas sur place, c’est un peu comme un fermage, il y a beaucoup de confiance entre les viticulteurs. Et je reviens plusieurs fois par an pour suivre les parcelles et bien sûr pour la vinification. »

Quel est votre volume de production annuel ?

« Je produis entre 6 à 7 tonnes de raisins par an ce qui équivaut à 6000 bouteilles environ. Dans les années compliquées, on se partage la production entre viticulteurs avec ce qu’il y a pour ne pas remplir qu’une demi-barrique, on garde une certaine équité. »

Les certifications en agriculture biologique ou en biodynamie font-elles partie de votre philosophie ?

« Il faut savoir que la pression maladie est quasi inexistante dans le Swartland, les terres sont très sèches et le climat est méditerranéen, tempéré. Il y a eu peut-être une dose de cuivre cette année qui a été appliquée sur les vignes. Mais aucun désherbant ni produit phytosanitaire. Les chenin et cinsault sont certifiés en agriculture biologique. Il y a beaucoup de main-d’œuvre donc le travail est très précis. On peut parfois utiliser du paillage pour protéger les vignes. »

swartland vignes

Comment sont conduites les vignes avec lesquelles vous produisez vos vins ?

« Les vignes sont conduites en gobelet et sont quasi toutes âgées de plus de 30 ans. Dans ce climat chaud, ce mode de conduite protège les raisins, crée un puits de fraîcheur, avec le vent qui passe à travers, et permet une maturation lente. J’aime bien travailler avec des vieilles vignes, avant 30 ans c’est le cépage qui parle après, c’est le terroir. Les vendanges en verts se font « naturellement » et permettent un rendement équilibré. »

Aurélien ne revendique pas de label strict, mais a des convictions : valoriser les veilles vignes, pratiquer une viticulture durable, limiter les intrants, favoriser les fermentations alcooliques avec les levures indigènes, refuser des excès de bois lors de la vinification et les cépages cloner internationaux. Une éthique partagée par toute une génération de vignerons du Swartland à travers un label appelé Swartland Independent Producers (SIP).

Les blancs

Le chenin est au cœur de son travail. Cépage historique en Afrique du Sud, Aurélien l’aime pour sa capacité à exprimer le terroir. Le palomino est un cépage qu’il peut comparer à l’aligoté, travaillé chez Sylvain Pataille. « C’est vraiment un lecteur de terroir, il exprime vraiment l’endroit où il se développe, avec une certaine salinité dans le Swartland. »

En blanc, les raisins sont pressés en grappes entières, sur un cycle long, ce qui permet de pré-filtrer le moût naturellement. Aurélien n’utilise pas de fouloir ni de pompe à marc. Les bourbes sont gardées et les presses sont assemblés dans une cuve tampon. Un soutirage est effectué en fonction des besoins pour en mettre une partie des bourbes dans les fûts. La fermentation alcoolique se déroule en demi-muids de 7 à 8 ans en levures indigènes. L’élevage démarre en fût pour une durée de 6 mois et ensuite une partie est soutirée et une autre est laissée sur lies en fonction du millésime, des réductions et des textures de bouche. « Je veux de la complexité mais je ne veux pas m’émanciper du terroir. » Il n’y a pas de risque de fermentation alcoolique qui s’arrête au vu du climat, les hivers sont doux. Pour le contact à l’oxygène avec le travail sous-bois, Aurélien souhaite faire des tests avec des contenants en céramiques pour resserrés ses vins. Le soufre est ajouté uniquement à l’entrée de la vendange en dose « homéopathique » et il n’est plus présent une fois que la fermentation malolactique se déclenche… ou pas. L’azote reste central pour un bon déroulement des fermentations, ce qui est contrôlé à la vigne pour éviter les moûts carencés. Des ajouts de soufre au moment de l’élevage peuvent toujours se faire si besoin. En fonction des millésimes, Aurélien adapte la vinification.

Les rouges

L’encuvage des raisins rouges d’Aurélien se fait en gravité, dans des petites cuves inox de 10 hl, très pratique à manipuler. Une partie des raisins est gardée en grappes entières et une partie est éraflée mais non foulée en fonction du cépage et de la maturité de la rafle. « Elle permet d’apporter de la fraîcheur et des épices que je trouve intéressante pour le vin. » La syrah aura plus de rafles que le cinsault. En fonction des profils des vins l’extraction sera plus ou moins forte. « Le cinsault étant plus timide, je vais être un peu plus interventionniste en faisant des remontages et des pigeages, le grenache je vais remonter 30% de la cuve seulement tous les jours et la syrah qui est plus expressive, je vais jongler avec du mouillage mais si je ne dois pas la toucher un jour ou deux si elle n’est pas réductive je le ferai. En fait, la cuve est fermée hermétiquement les premiers jours, pour un travail intracellulaire. Une fois sortie de sa macération carbonique, qui n’est pas très active, je rentre dans la cuve et je foule aux pieds les raisins ce n’est pas pour extraire mais c’est pour éviter qu’ils ne restent trop longtemps sur leurs sucres. Et la fin de la vinification de la syrah ce sont des mouillages quotidiens du chapeau. L’état des raisins, leur sol et l’épaisseur de la pellicule sont vraiment des bons indicateurs pour la vinification. » La presse est réintégrée dans tous les jus, les fermentations malolactiques sont dans l’idéal finies en cuves et l’élevage débute en fût pour une durée de 11 mois avant la mise en bouteille.

Les vins d’Aurélien Petit sur iDealwine

  • Swartland chenin blanc – Under a Chenin sky : issu de vieilles vignes de chenin blanc du Paardeberg, Under a Chenin Sky est élevé 11 mois en fûts français et offre un vin frais et tendu, aux agrumes juteux, aux épices et aux notes mélifères.
  • Cistrusdal Mountains petit palomino – Oosterland 1688 – Solera : issu d’une vieille vigne de Palomino de 60 ans du Skurfberg, Oosterland est vinifié en solera sur trois millésimes et élevé 30 mois en vieux fûts, révélant un vin profond, salin et vibrant, aux accents umami rappelant les vents de la côte ouest. Rendant hommage au navire néerlandais qui, en 1688, amena les premiers huguenots au Cap, porteurs d’un savoir-faire viticole fondateur.
  • Cistrusdal Mountains petit cinsault – Bushveld : issu de vieilles vignes de cinsault du Skurfberg, Bushveld est vinifié en grappes entières puis élevé 18 mois en vieux fûts, révélant un vin frais et croquant, aux notes de cerise mûre, de goji et d’épices.
  • Swartland petit syrah – Renosterblom : issu de Syrah en gobelet du Paardeberg, Renosterblom est vinifié en grappes entières et baies éraflées puis élevé 11 mois en fûts, révélant un vin pur et tendu aux épices douces et aux herbes sèches.
  • Swartland chenin blanc – Reisende Siel : issu d’une collaboration avec Anne-Sophie Bonnard, amie du Bugey, avec qui Aurélien a fait trois vinifications dans le monde. L’idée était de créer une cuvée, de chenin, leur cépage préféré, inspiré de leurs rencontres avec les vignerons pour qui ils ont travaillé. Les âmes voyageuses est vinifié avec des chenins provenant d’une parcelle de 1984 sur granite. Un vin de gastronomie !

Les grenaches seront disponibles pour le millésime 2025.

Un ambassadeur français dans le Swartland

Aurélien Petit se voit comme un passeur. « Je suis heureux d’apporter ma pierre à l’édifice sud-africain avec mes connaissances du marché français. » Il souhaite amener ces vins à un public de connaisseurs et d’amateurs et montrer la richesse des terroirs africains. En France, il est aujourd’hui présent sur de grandes tables, notamment chez Maison Trois Gros, Anne-Sophie Pic ou à l’Auberge du Père Bise.

Convaincu du potentiel du Swartland, il s’intéresse désormais aux terroirs du nord de la région, jusqu’à 700 mètres d’altitude. Des projets de plantations en franc de pied, de sélection massale de chenin, et des essais en céramiques pour la vinification sont en cours.

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