Soirée Vinexpo : féérie bordelaise au Château Haut-Brion

Dimanche dernier, le château Haut Brion accueillait le dîner organisé par le Conseil des Grands Crus Classés pour la presse internationale. Raffinement exquis, harmonie délicieuse et intense volupté d’une soirée « 9 étoiles », dont seul Bordeaux semble encore détenir le secret.

Ce soir, on baisse les armes. Certes, Vinexpo a ouvert ses portes quelques heures auparavant, les affaires vont pouvoir commencer. Mais dans le parc du Château Haut Brion, le temps est suspendu.  Les invités sont accueillis par le Prince Robert de Luxembourg, propriétaire des lieux, Philippe Castéja, Président du Conseil des Grands Crus Classés en 1855, et Jean-Philippe Delmas, Directeur d’exploitation du Château Haut Brion.

Un écrin : le château Haut Brion, ancré à proximité immédiate de Bordeaux. Et pourtant loin, si loin de l’agitation qui embrase la ville tous les deux ans à l’approche de ce salon vers lequel converge la planète vin. Une tente entièrement transparente, éclairée de lustres de cristal semble avoir été posée, en apesanteur, au milieu des arbres du parc, avec vue sur les fenêtres illuminées du château.

Une ambiance : un piano de concert, installé aux portes du château, égrène quelques notes qui se fondent dans le léger brouhaha des conversations. Smocking, robes du soir et bijoux : les invités qui ont (presque) tous respecté le dress-code se remettent du choc esthétique de l’arrivée en dégustant quelques gorgées de sauternes. Pour moi la volupté commence avec le Château Suduiraut 2005. Petit spectacle avant le dîner : les danseurs de l’Opéra National de Bordeaux s’élancent. Puis vient le ballet des invités qui gagnent la tente, encadrés d’une haie d’honneur formée par les serveurs en queue de pie.

Une lumière : dorée comme la robe d’un sauternes, celle d’une fin de journée de juin. A l’heure où le soleil se couche sur les vignes, le Ministre des Affaires étrangères Alain Juppé, maire amoureux de sa belle ville de Bordeaux, se fait lyrique dans son allocution d’introduction.

Une famille : celle des propriétaires des grands crus classés de Bordeaux, réunis pour la traditionnelle photo. Leurs vins seront apportés en procession et servis au cours du dîner, à chacune des tables où ils ont été placés. Tables et tente décorées d’une explosion de roses anciennes qui semblent avoir été fraîchement cueillies dans le jardin du château.

Neuf étoiles : le Conseil des Grands Crus Classés les connait bien, qui avait édité l’année dernière en livre de recette d’anthologie, associant les crus bordelais aux plats concoctés par les chefs du monde entier. 18 heures de préparation par plat au minimum. Ce soir, trois chefs auréolés de leurs nuef étoiles cumulées sont venus déployer leurs talents à Bordeaux. Anne-Sophie Pic (Maison Pic à Valence), Yannick Alléno (Le Meurice à Paris) et Alain Passard (L’Arpège à Paris) deviennent ainsi les chefs d’orchestre d’un incroyable ballet de saveurs, rythmé par l’arrivée des grands crus servis avec soin par les maîtres d’hôtel.

2003 affichent une éclatante jeunesse et une belle vigueur. Nous avons droit aux fameuses betteraves d’Alain Passard, néo-converti aux légumes venus tout droit de ses deux potagers. Anne-Sophie Pic nous livre ensuite une somptueuse interprétation du homard bleu, servi sur un lit de fèves, relevées de quelques fruits rouges. Du rouge, du vert. Un régal pour le palais autant que pour l’œil. Sur ce plat, un château un saint-pierre 1996 pleinement fondu et un château lafon-rochet 1995 d’une parfaite élégance. Rien n’accroche.

Point d’orgue de la soirée : alors que les maîtres d’hôtels s’affairent et découpent un le carré de veau rosé à la perfection (une gageure) de Yannick Alléno, Château Haut Brion 1975, conservé en double-magnum, est présenté aux convives dans des carafes au chiffre du domaine. Celles-ci ont été spécialement créées par Riedel pour célébrer le 75e anniversaire des domaines Clarence Dillon. Les voix divines du Stabat Mater de Pergolèse s’élèvent. Le temps s’arrête. Stabat Mater… A ce stade, plus personne ne souffre vraiment, le château haut-brion 1975 tapisse nos palais d’une texture en dentelle. La finale, sur de délicates notes fumées, est somptueuse.

Quelques instants plus tard, le Château d’Yquem 1990 fait son entrée. Il accompagnera une assiette de dessert alliant les douces saveurs d’un soufflé au citron, de fraises des bois à l’huile d’olive et d’un délicat vacherin framboise café … Vertige de textures et d’arômes, chaque ingrédient a été choisi pour se fondre voluptueusement au vin qu’il sublime.

Elégance : ce mot sera sans doute le fil conducteur de la soirée. On a beau chercher, pas la moindre trace d’un défaut de goût, ni de ce luxe parfois tapageur destiné à impressionner  le plus grand nombre.

Au cours du dîner, Olivier Poussier, appelé à commenter l’un des millésimes servi, prend la parole et lance un vibrant appel à la modération des prix. Léger froid. Poliment, mais fermement, il sera rappelé à l’ordre en fin de soirée : élégance oblige, ce n’est ni le lieu, ni le moment de parler d’argent. Nous en prenons bonne note. Surtout moi, l’analyse des prix restant tout de même l’une des spécialités :).

Quintessence de l’art de vivre à la française, grand moment de raffinement jusque dans les moindres détails, la soirée s’achève tout en délicatesse, au pied du château, devant un verre de Cognac ou un nectar de café. Suprême élégance : alors que les invités s’apprêtent à reprendre le chemin du retour sur terre, le Prince de Luxembourg, hôte des lieux, trouve un mot personnel pour chacun.

Les soirées organisées dans le cadre de Vinexpo sont décidément de celles dont on se souvient toute une vie. Celle-ci n’a pas failli à la réputation d’élégance des grands crus bordelais. Et, au-delà, elle incarne cette tradition de l’excellence à la française que le monde entier continue à louer.

En savoir plus sur le château Haut Brion

A lire également :

Vinexpo 2011 :  c’est parti !

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  • Voir les commentaires (7)

  • Claude C

    Dans l’humidité équatoriale, je me frotte les yeus … J’ai imaginé lire un article de Gala !!

  • Jac

    Grandiose !

  • tiuscha

    grande classe !

  • VACHINO RAYMOND

    Les discours n’étaient pas en anglais?

    • adl

      @VACHINO RAYMOND : les intervenants (le Prince de Luxembourg, M. Alain Juppé, M. Philippe Castéja) se sont exprimés en français et en anglais.

  • cassagnes

    Qui ose dire que le prix est important? Lorsque nos nouveaux millionnaires émergents engrangent 1000€ par heure!! il faut bien dépenser cet argent. Alors pourquoi pas un Haut Brion 2010 à 800,900,1000 ou 2000€ HT? Ou est le problème?

  • CHAUVET

    Le temps de ce somptueux dîner, combien de « petits » vignerons bordelais ont mis la clé sous les ceps ?

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