Les « terroirs qui causent » du domaine Ogereau

Savennières iDealwine vin domaine Ogereau Quarts de Chaume
Le domaine Ogereau, une affaire de famille

Appeler un vigneron relève toujours de la surprise. C’est donc de ses vignes qu’il taillait qu’Emmanuel Ogereau a décroché son téléphone et accepté de répondre avec engouement à quelques-unes de nos questions. Récit.

Emmanuel Ogereau incarne la cinquième génération d’une famille vigneronne depuis la fin du 19ème siècle et, comme il le dit humblement, « s’inscrit dans une histoire qui les dépasse, celle d’un vignoble millénaire, berceau du chenin. » Est-ce lui qui a choisi la vigne en arrivant au domaine en 2014 ? Est-ce plutôt la vigne qui l’a choisi ? Il ne saurait le dire. Ce qu’il sait pourtant, et depuis ses trois ans, c’est qu’il a ce métier dans le sang. Le vin a en effet cette petite chose de magique qu’il procure des émotions aux gens. A cela s’ajoute le plaisir d’être en contact avec la nature et le terroir. Le travail a beau être difficile, la nature cruelle, impossible de s’en détacher : bien l’accomplir produit des instants d’euphorie et de satisfaction sans commune mesure.

Son terroir, parlons-en. Situées au cœur des Coteaux-du-Layon et à Savennières, de part et d’autre de la Loire, les vignes puisent leurs lettres de noblesse sur des lieux-dits au caractère unique. Régnant ici depuis plus d’un millénaire, le chenin s’épanouit sur une terre à l’histoire mouvementée. En effet, le paysage doit son aspect et la variété des sols (sables éoliens, roches volcaniques, poudingues, grès et schistes) à la formation d’une vieille montagne. Et ceci, sur quelques centaines de mètres seulement.

Au domaine, chaque génération construit donc son chapitre dans une histoire qui la dépasse. S’il n’est « qu’un maillon de la chaine », Emmanuel Ogereau entend se réapproprier le chenin dans toute sa diversité d’expression. Ses parents s’en étaient fait une spécialité avec les vins moelleux et liquoreux. Lui, s’adonne au sec en valorisant les terroirs à forte personnalité à coup de replantation. A cela s’ajoute une culture certifiée bio complétée de méthodes biodynamiques. La vie des sols est ainsi garantie. Véritables richesses car abritant de nombreuses plantes dont les racines forment un humus nourricier, ces derniers sont aussi habités par des vaches, à l’origine du compost biodynamique, en hiver. Mais, qui s’y intéresse de près décèlera également une multitude d’insectes, des vers, des lièvres, des chevreuils, des étourneaux, des buses et des chauve-souris. Notons aussi la proximité de la Loire et de ses affluents qui offre une fraîcheur souterraine aux ceps en dépit de la faible pluviométrie et de la sécheresse des terres.

Le chenin est un cépage exigeant qui réclame un travail de qualité et, surtout, une minutie de tous les instants. Complétés d’une équipe de saisonniers pour la saison végétative et les vendanges, huit personnes ainsi que deux apprentis travaillent donc au sein de la propriété. Cela peut sembler beaucoup mais c’est le prix à payer pour travailler avec précision sereinement et récolter, à la main, des baies à maturité parfaite.

La particularité du domaine réside dans le fait que, sur ces terroirs, le chenin s’exprime plus en bouche qu’au nez à travers un beau jeu de matière, une puissance et une structure équilibrées par une certaine vivacité et une finale teintée de beaux amers. Le nez est donc étonnamment plus fin, relevé par des arômes de fruits blancs, de tilleul et de miel. Evidemment, les taux de sucres différents offrent des vins au profil varié, du sec au liquoreux. Désormais, ce sont les grands parcellaires secs qui font l’objet de toutes les attentions à travers des vinifications douces et des élevages longs : « Ce sont les terroirs qui causent, ce n’est pas l’homme qui leur fait dire ce qu’il désire. »

Demander à Emmanuel Ogereau d’évoquer le vin qui lui a procuré le plus d’émotion n’est pas chose aisée : le choix est vaste pour celui qui dispose d’une telle collection de terroirs. Mais c’est sans aucun doute la cuvée Vent de Spilite, à l’expression volcanique saisissante, qui constitue son premier projet, qu’il évoque avec vivacité. Celle-ci provient du terroir des Bonnes Blanches situé en face du domaine et duquel se dessine la faille du Layon. Bonne Blanches n’est pas en reste. Terroir d’exception, il a été planté par son père et le fascine aujourd’hui par tout le travail de replantation entrepris. Emmanuel Ogereau n’oublie pas non plus les rouges dont il dispose de très vieilles vignes plantées par son grand-père.

Un petit mot sur les liquoreux ? Le vigneron vous dirait que les avoir délaissés ces derniers temps était une « incroyable erreur ». Ils disposent effectivement d’une vraie tension qui permet de grands accords avec une cuisine épicée et de la pâtisserie. « Ils sont dotés d’une telle acidité et d’une telle texture que de beaux mariages peuvent être créés avec une simple pêche pochée ou une tarte tatin. » En bref, ne craignons pas le sucre !

Domaine Ogereau, ce qu’en disent les guides

Guide vert de la Revue du vin de France – 1* sur 3

Vincent Ogereau est associé à son fils Emmanuel, doté d’une solide formation internationale, bien décidé à poursuivre la voie des grands chenins de terroirs, en sec comme en liquoreux. Le domaine récolte avec rigueur des raisins sains (sans botrytis sur les secs) et offre une large gamme tricolore et homogène, reflet de la mosaïque des schistes. Citons le terroir des Bonnes Blanches, qui donne l’un des coteaux-du-layon les plus complets et onctueux, se bonifiant sur quinze ans minimum. Le Clos Le Grand Beaupréau (sur les sables éoliens au sommet de la butte d’Épiré) et L’Enthousiasme (veine de grès en haut de la butte d’Épiré) s’inscrivent parmi les blancs les plus ambitieux de l’appellation. Une parcelle de chenin a été plantée en 2017 sur un coteau de roche carbonifère à Ardenay, afin d’explorer une nouvelle expression de blanc angevin.

Les vins : ouvrons la dégustation avec En Chenin 2020 : le vin se montre bien sec, sans grande envergure, mais mené avec précision pour en faire jaillir un fruit ciselé et gourmand. Vent de Spilite 2019 nous électrise le nez et le palais avec sa trame légèrement rugueuse et sapide. Une belle sensation élancée dessine la finale identitaire de Bonnes Blanches 2019, exubérant et charmeur de tendresse. La richesse s’accentue dans Clos le Grand Beaupréau 2019, vif et précis, qui pourrait toutefois nous offrir un peu plus d’épaisseur de chair. L’Enjouée 2020 reste fidèle à son profil de rouge ligérien, gouleyant, marqué par les notes de poivron mûr du cabernet franc. Le finesse du cabernet franc de la cuvée Les Tailles 2019 se révèle avec cette note fumée typique des rouges du secteur. Tout comme Côte de la Houssaye 2018, un cabernet-sauvignon saillant, d’une maturité juste et à l’extraction modérée. Ces deux derniers rouges sont parés pour une dizaine d’années de garde. À son habitude, Quarts de Chaume 2018 brille par sa profondeur et sa réserve, tout en exprimant le charme complexe du chenin botrytisé. Un grand vin de méditation taillé pour une longévité sereine.

Guide Bettane + Desseauve 2020 – 3* sur 5

Vincent et Emmanuel Ogereau sont à la manœuvre, bichonnant leurs terroirs d’Anjou, de Savennières et de Coteaux-du-Layon Saint-Lambert. Ces passionnés de musique livrent une partition juste du chenin et du cabernet, cultivant sereinement leurs 23 hectares en agriculture biologique. Cette adresse attachante, hautement représentative du vignoble angevin connaît une progression remarquable depuis quelques millésimes : c’est bien simple, tout est bon ! On est abasourdi par la définition des vins, leur finesse, leur élégance. La gamme combine avec brio la gourmandise, le plaisir immédiat mais également la garde, avec de beaux élevages en barriques de 400 litres qui donnent du relief aux vins. Le coteaux-du-layon offre un magnifique équilibre, les blancs secs se distinguent par leur fruit pur et scintillant, les rouges sont aimables et enjoués. C’est l’adresse à surveiller de très près.

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Anjou sec La Martinière d’Emmanuel Ogereau

Cette cuvée doit son nom au lieu-dit dont elle provient et qui se situe au pied de la butte de Chaume, au sein des grands terroirs du Quarts de Chaume. Là, les vignes de chenin puisent leurs lettres de noblesse dans des sols composés de schistes et de poudingues et bénéficient d’une orientation vers le sud, sud-ouest. Cultivées avec soin selon des principes bio certifiés et biodynamiques, elles sont taillées de façon courte et plantées à une densité de 5 000 pieds par hectare. Vendangées à la main, les raisins font l’objet d’un pressurage de quatre heures en grappes entières. La vinification se caractérise par une fermentation alcoolique enclenchée par les levures indigènes, une fermentation malolactique enclenchée spontanément (les fermentations se font en barriques de 400 et 500 litres) et un élevage de dix mois en fûts.

La dégustation dévoile à l’amateur un vin doté d’une jolie robe jaune pâle teintée de reflets verts. De celle-ci s’échappent des notes délicates de fruits blancs et de miel qui introduisent une bouche à la fois charnue et soyeuse marquée par une minéralité et une grande fraîcheur. Voici donc le vin idéal à marier à des mets simples comme des poissons, des fruits de mer, des viandes blanches ou des fromages de chèvre.

Savennières La Saponaire d’Emmanuel Ogereau

Le saviez-vous ? Le nom de cette cuvée, La Saponaire, est à l’origine du nom de la commune de Savennières et de ces habitants nommés les saponariens. Le chenin qui la compose a été cultivé avec soin, selon des principes bio certifiés et biodynamiques. Et ce, au sein du Clos Le Grand Beaupréau qui se caractérise par des sols faits de schistes et de sables éoliens ainsi que par une exposition idéale vers le sud-ouest. Ces rendements sont relativement faibles puisqu’ils atteignent les 20 hectolitres par hectare. <br> En cave, la vinification se définit par un pressurage en grappes entières ainsi que par un léger débourbage. La fermentation alcoolique enclenchée par les levures indigènes est lente et a lieu dans des cuves de terre de 12 hl, trois fûts de 500 litres et un fût de 228 litres. La fermentation malolactique est spontanée et l’élevage sur lies, en fûts, s’étale sur onze mois. <br> La dégustation dévoile un vin doté d’une jolie robe jaune pâle teintée de quelques reflets verts. Le nez exhale des notes de fruits blancs particulièrement mûrs ainsi que celles de fleurs blanches. Le terroir de sables duquel le vin provient lui offre ce petit aspect fin et aérien qui promet de très beaux accords avec des mets délicats, aux saveurs peu relevées.

Anjou sec Vent de Spilite d’Emmanuel Ogereau

Emmanuel Ogereau l’avoue sans hésitation, ce vin figure parmi ceux du domaine qui lui offrent le plus d’émotion. Il faut dire qu’il est son premier projet et provient d’un terroir d’exception. Il doit d’ailleurs son nom au sol d’où le chenin qui le compose a puisé ses lettres de noblesse : un sol de spilites, des roches volcaniques relativement rares dans la région. Ce terroir se définit par une situation en haut de coteaux, un bon ensoleillement, un vent océanique assainissant ainsi qu’un sol très drainant. Les vignes sont cultivées avec soin, selon des principes certifiés bio et d’autres biodynamiques. Le sol est au centre de toutes les attentions. La faune est donc préservée et les rangs sont enherbés. Les baies sont donc très soignées. Vendangées manuellement, ces dernières sont sévèrement triées avant la vinification. Celle-ci se caractérise par une fermentation enclenchée par les levures indigènes et une fermentation malolactique partiellement enclenchée. Le vin repose ensuite quinze mois dans de grands contenants (500 litres) et la proportion de bois neuf est bannie afin de laisser le chenin s’exprimer avec éclat. La dégustation nous dévoile ainsi un vin d’une belle fraîcheur entre minéralité, notes florales, végétales et délicatement fruitées (pomme, poire, agrumes). Nous vous recommandons de marier ce vin à des mets délicats comme des poissons nobles.

Quarts de Chaume Single Barrel d’Emmanuel Ogereau

Le quarts-de-chaume d’Emmanuel Ogereau est un vin liquoreux, typicité qui a fait le succès de la propriété au cours des générations précédentes. Le chenin qui le compose a été cultivé avec soin, selon des principes bio certifiés et biodynamiques. Récolté à la main, il a fait l’objet d’un tri minutieux avant la vinification souhaitée douce et un élevage sous bois volontairement long. La dégustation dévoile à l’amateur un grand vin de garde (d’une vingtaine d’années environ) doté d’une belle robe dorée de laquelle s’échappe un bouquet aromatique complexe et intense. Nous décelons ainsi des notes gourmandes de miel, d’agrumes confits, de fruits exotiques et de fleurs comme la rose. La bouche révèle ces mêmes saveurs ainsi qu’une minéralité transcendante et une finale portée par de beaux amers. Nous vous recommandons de laisser cette cuvée reposer quelques années en cave et de la marier avec des mets sucrés comme une pêche pochée ou une tarte tatin. Un accord avec un fromage bleu est aussi une belle option.

Savennières Clos le Grand Beaupréau d’Emmanuel Ogereau

Ce savennières provient d’une parcelle de deux hectares que le domaine familial Ogereau possède sur une pente douce et, plus particulièrement, sur un des plus beaux terroirs de l’appellation. Le chenin qui le compose a été planté il y a une vingtaine d’années environ et puise les nutriments nécessaires à son épanouissement dans un sol composé de schistes, de grès et de sables. Une grande variété de sols due à une histoire géologique mouvementée.

Les ceps sont cultivés avec soin, selon des principes bio certifiés et biodynamiques. La vie des sols est préservée notamment par un enherbement entre les rangs. Les baies sont vendangées à la main à juste maturité avant une vinification douce qui se caractérise par une fermentation alcoolique enclenchée par les levures indigènes. Le vin est ensuite élevé longuement (15 mois) en demi-muids et en foudres usagés.

La dégustation nous dévoile un vin doté d’une robe intensément colorée de laquelle s’échappent des notes complexes de fruits blancs, de fruits exotiques, de fleurs comme la rose, d’agrumes, de miel et de vanille. Ainsi introduite, la bouche déploie une texture soyeuse et ample, dirigée par une grande minéralité et une belle salinité en finale. Nous vous recommandons de conserver cette cuvée quelques années en cave et de la marier à du poisson en sauce ou une volaille, par exemple.

Savennières L’Enthousiasme d’Emmanuel Ogereau

Ce savennières provient du lieu-dit Clos Le Grand Beaupré et le chenin qui le compose a puisé ses lettres de noblesse dans une roche faite d’une veine de grès et d’une orientation vers le sud-ouest. Les ceps ont été plantés à une densité de 5 000 pieds par hectare et ont fait l’objet de soins tout particuliers grâce à une culture bio certifiée et biodynamique. Les baies ont été vendangées à juste maturité avant une vinification qui se définit par un pressurage en grappes entières, un léger débourbage, une lente fermentation alcoolique enclenchée par les levures indigènes et un élevage d’un an, sur lies, dans des foudres de deux vins. La dégustation dévoile à l’amateur un vin doté d’une robe jaune claire teintée de reflets verts. De celle-ci s’échappent des notes aromatiques délicates portées par les herbes aromatiques (aneth), les agrumes, les fruits blancs et les fleurs blanches. Ainsi introduite, la bouche se révèle fraîche, minérale et dotée d’une finale saline.

  • Voir les commentaires (1)

  • art4964

    Cela fait quelques décennies que j’ai eu la curiosité et la chance d’apprécier les Saint Aubin du domaine Vincent Ogereau. Ce n’est pas une étoile dite montante …, car il y a trente ans, ce domaine était un des leaders des vins de St Aubin, et une adresse sans cesse recherchée.
    Gouter un chenin des Bonnes Blanches de vingt ans et plus montrera, que le savoir faire de Vincent Ogereau n’est pas récent.

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