domaine Inebriati

Installé à Vacquières, dans l’Hérault, au nord de l’aire du Pic-Saint-Loup, le domaine Inebriati élabore des vins vivants, précis et digestes. À sa tête, Victor Beau perpétue une histoire familiale intimement liée à la biodynamie et au renouveau des vins naturels du Languedoc. Présentation et récit de notre entretien avec le vigneron.

Sommaire

Inebriati : une histoire entre héritage familial et renouveau

Le domaine Inebriati est créé au début des années 2010 par Victor Beau, initialement sur un petit parcellaire d’environ 1,5 à 2 hectares. Le vigneron reprend progressivement les vignes de son père, Christophe Beau, jusqu’à atteindre aujourd’hui environ 9 hectares. La transmission s’est faite progressivement jusqu’en 2021 où Victor a repris les derniers hectares de son père prenant sa retraite.

Son parcours n’était pourtant pas tout tracé. Après une première carrière de masseur-kinésithérapeute, Victor Beau ressent le besoin de revenir au travail de la terre et à la vie du domaine. La crise sanitaire accélère ce changement de trajectoire : il abandonne progressivement son ancien métier pour se consacrer entièrement à la vigne et au vin.

Son père, Christophe Beau, figure parmi les pionniers de la biodynamie dans la région. Il travaillait déjà ses vignes selon les principes de l’agriculture biologique et biodynamique dans les années 1990, notamment au sein du domaine Beauthorey. Victor Beau bénéficie ainsi de parcelles anciennes, déjà équilibrées, et d’une culture familiale particulièrement précieuse.

Un vignoble entre Vacquières, Corconne et Pic-Saint-Loup

Les vignes d’Inebriati sont réparties sur une quinzaine de parcelles, entre Vacquières et Corconne, à proximité du Pic-Saint-Loup. Cette dispersion offre au domaine une grande diversité de situations : certaines parcelles peuvent connaître des écarts de température importants, de parfois 10°, notamment entre les secteurs abrités et les zones plus froides du lieu-dit Patus. « Ça m’arrive de vendanger des syrahs début octobre sur certains secteurs tellement ils sont froids, ça me permet aussi d’avoir de pleines maturités tout en conservant des degrés d’alcool très raisonnables. » nous explique-t-il.

Le paysage est caractéristique de la garrigue languedocienne, avec ses falaises calcaires, ses bois, ses oliviers, ses arbres fruitiers et sa végétation spontanée. Les sols sont principalement constitués de :

  • gravettes de Corconne, des cailloutis calcaires issus de l’érosion des falaises ;
  • sables et limons ;
  • terres argilo-calcaires ;
  • sols argilo-limoneux.

La gravette est un terroir particulièrement recherché du secteur. Très drainante, elle conserve néanmoins une certaine fraîcheur en profondeur, un atout important dans un contexte méditerranéen marqué par des étés chauds et secs.

Domaine-Inebriati-sols

Le domaine possède plusieurs parcelles de vieilles vignes conduites en gobelets. Cette taille traditionnelle, sans palissage, maintient les ceps près du sol et favorise un feuillage protecteur. Les grappes sont plus espacées et bénéficient d’un ombrage naturel qui aide à préserver la fraîcheur des raisins.

Parmi les parcelles les plus emblématiques figurent notamment :

  • les vieux cinsaults plantés à la fin des années 1950 ;
  • la parcelle complantée de carignan, cinsault, aramon et grenache noir qui donne naissance à Naïa ;
  • les vieux ceps de terret bourret blanc destinés à Oréa.

Une viticulture biologique et biodynamique

Le vignoble familial est conduit en agriculture biologique et biodynamique depuis 1991 (certifiée Demeter), une grande chance pour Victor Beau qui poursuit cette approche avec une attention particulière portée à la vie des sols et à l’équilibre naturel des parcelles. « Les équilibres à la vigne étaient déjà là, je m’estime chanceux d’avoir récupéré ces parcelles là qui étaient très bien menées, ce n’est pas la même chose que de récupérer un vignoble qui a connu des années de chimie. ».

Les pratiques mises en œuvre comprennent notamment :

  • l’utilisation des préparations biodynamiques 500 et 501 ;
  • le recours aux décoctions de prêle ;
  • l’emploi raisonné du cuivre et du soufre ;
  • la présence de bovins dans les vignes durant une partie de l’année ;
  • la formation des équipes à la taille douce ;
  • la vendange manuelle en petites caissettes.

La taille douce vise à limiter les plaies de taille et à respecter les trajets de sève. Le domaine adapte également l’enherbement parcelle par parcelle. Au printemps, l’herbe peut être conservée puis couchée avant les fortes chaleurs afin de former un paillage naturel et de préserver l’humidité des sols.

Cette recherche d’adaptation est devenue essentielle face au changement climatique. Victor Beau joue sur la diversité des terroirs, la gestion de l’herbe, l’ombre naturelle du feuillage et la maturité des raisins pour maintenir des degrés alcooliques mesurés et une belle tension dans les vins.

Des vinifications naturelles et peu interventionnistes

Au chai, Victor Beau et son associé Hervé Guillard recherchent une expression la plus directe possible du raisin et du terroir.

Les fermentations se déroulent avec les levures indigènes, sans ajout de produits œnologiques. Le domaine utilise très peu de soufre : certaines cuvées en reçoivent une dose minimale (de l’ordre d’un gramme), tandis que d’autres sont élaborées sans soufre ajouté lorsque l’analyse, la dégustation et l’évolution du vin le permettent. Comme pour la plupart des vignerons nature, le réchauffement climatique vient cependant encore plus compliquer la donne : « Nous avons des problèmes d’azotes moins présents dans les moûts, qui oblige parfois à ajouter des doses homeopathiques de soufre. En SO total, nous sommes aux alentours de 15 mg. »

Les rouges

Les rouges sont vinifiés en cuves béton brut ou en amphores de grès. Le domaine n’utilise pas de bois, afin de ne pas marquer les vins et de préserver au maximum le fruit et la fraîcheur. « Mon père n’a jamais travaillé avec le bois et moi non plus, ça ne m’a jamais attiré », précise-t-il.

Les vinifications privilégient :

  • des macérations plutôt courtes, à l’exception de certaines cuvées ;
  • une extraction douce, de type infusion ;
  • peu de remontages et de pigeages ;
  • une proportion variable de grappes entières ;
  • un travail d’infusion plutôt qu’une extraction excessive.

La rafle, lorsqu’elle est suffisamment mûre, apporte de la fraîcheur, de la tenue et une trame délicatement végétale. L’objectif est d’obtenir des tanins fins, sans dureté. « Je tiens ça de mon père, j’en laisse toujours un peu sur le haut de la cuve, ça m’amène ces grains de tanins assez fins, de beaux amers. »

Les blancs

Les blancs sont vinifiés en cuves inox, généralement en pressurage direct. Les fermentations sont conduites à température modérée afin de préserver les arômes et la précision des jus.

Victor Beau recherche des blancs cristallins, salins et tendus, sans élevage marqué sur lies ni bâtonnage systématique. Les vins sont soutirés après la fermentation afin de conserver leur netteté aromatique.

Les vins du domaine Inebriati

La gamme d’Inebriati évolue selon les millésimes. Le domaine propose aussi bien des cuvées en Vin de France que des vins rattachés au Pic-Saint-Loup. Les maitres-mots qui guident le travail de Victor sont « la finesse et la fraîcheur ».

CuvéeProfil
NaïaCo-vinification de carignan, cinsault, aramon et grenache noir, complantés sur une parcelle de gravette plantée en 1958. Vendange entière.
Oréa100 % terret bourret blanc, cépage local tardif issu de vieux gobelets sur gravette. Pressurage direct.
Néréi100 % ugni blanc sur terroir argilo-limoneux. Un blanc tendu, minéral et salin.
Ourami100 % grenache blanc, vin blanc de macération avec quinze jours de macération carbonique.
Blanc de NoirMourvèdre pressé directement en blanc, provenant d’un secteur froid sur sol argilo-calcaire. Vignes conduites en échalas.
Grenache3Co-vinification de trois parcelles de grenache noir afin de réunir plusieurs climats et terroirs.
DryaAssemblage de syrah, cinsault et grenache sur terroir argilo-calcaire. Une cuvée emblématique du domaine.
 
ThyiaAssemblage de syrah et grenache issu d’un secteur froid au milieu de la garrigue. La macération plus longue lui confère davantage de profondeur.
Cinsault100 % cinsault provenant de vieux gobelets plantés en 1958 sur la gravette. Vendange entière.
Rouge Clair100 % syrah issue d’un terroir calcaire au cœur de la garrigue, élaborée en pressurage direct.
Pétillant naturel100 % vermentino en pressurage direct, selon la méthode naturelle, avec dégorgement manuel.
QuintetteCuvée blanche d’assemblage, notamment composée de grenache blanc, roussanne, vermentino, clairette et bourboulenc selon les millésimes.

Les vins d’Inebriati se distinguent par leur fraîcheur, leur digestibilité et leur précision. Ils s’éloignent des expressions les plus solaires, puissantes ou alcooleuses que l’on peut parfois associer au Languedoc.

Le style du domaine repose sur plusieurs équilibres :

  • une maturité aboutie, mais sans recherche de surmaturité ;
  • des degrés alcooliques maîtrisés ;
  • une extraction modérée ;
  • des tanins fins ;
  • une tension calcaire et saline ;
  • une expression nette du fruit et du terroir.

Les blancs, en particulier Néréi et Oréa, peuvent évoquer par leur minéralité certaines expressions de la Loire, tout en conservant une identité méditerranéenne. Les rouges privilégient le jus, la fraîcheur et l’infusion plutôt que la puissance.

Comme beaucoup de vins naturels, certaines cuvées peuvent présenter une phase de réduction à l’ouverture. Une aération en bouteille ou un passage en carafe peut alors permettre au vin de gagner en définition.

Accords mets-vins et potentiel de garde

Les blancs d’Inebriati s’accordent naturellement avec les produits marins et les cuisines méditerranéennes : coquillages et crustacés ; poissons grillés ou rôtis ; ceviches ; fromages de chèvre ; volailles aux épices douces ; cuisine végétale et herbes fraîches.

Néréi et Oréa pourront être servis avec des fruits de mer ou un poisson délicat. Les cuvées blanches de macération, comme Ourami, se montreront plus à l’aise avec une cuisine relevée, des légumes rôtis ou des plats asiatiques.

Côté rouges, Drya, Naïa et Grenache3 accompagneront une cuisine de caractère, tandis que Cinsault ou Rouge Clair pourront être servis légèrement rafraîchis avec une charcuterie fine, une volaille rôtie ou des légumes grillés.

En matière de garde, le domaine recommande notamment :

  • Quintette, qui peut évoluer favorablement en bouteille ;
  • Naïa, grâce à la profondeur de ses vieilles vignes ;
  • Drya, pour sa structure et son équilibre ;
  • Thyia, dont la macération plus longue demande davantage de temps.

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