Domaine Guillot-Broux | Un beau récit bourguignon

(Matthieu Cellard)

Les premières lignes de l’histoire du domaine Guillot-Broux s’écrivent en 1954, lorsque Pierre Guillot, vigneron en avance de son temps et créateur de l’agriculture biologique, s’établit sur les terres de Cruzille en Bourgogne. Quelques années plus tard, son fils, Jean-Gérard quitte la propriété familiale pour faire ses armes dans d’autres domaines, à Brouilly, puis à Meursault. Avec sa femme, ils écrivent leur propre chapitre en 1978 en créant le domaine Guillot-Broux. De retour à Cruzille, le vigneron utilise alors des techniques bourguignonnes comme la vinification parcellaire. Le vigneron a transmis à ses fils, Emmanuel et Patrice, qui sont aujourd’hui à la tête du domaine familial, sa passion du vin et son amour pour la littérature. Rencontre avec Emmanuel Guillot, un vigneron passionnant et passionné, un véritable « créateur d’émotions ».

(Matthieu Cellard)

Avec des parents et des grands-parents vignerons, Emmanuel Guillot s’est orienté assez naturellement vers le monde du vin. Après un diplôme en biologie, il part deux ans à Londres avec sa femme, d’origine anglaise. En Angleterre, il goûte des grands vins et des vieux millésimes dans le restaurant étoilé où il travaille. Grâce à cette éducation gustative ; Emmanuel comprend alors exactement le type de vins qu’il aime et qu’il souhaiterait produire. En 2000, il rejoint son père au domaine pour commencer son aventure de vigneron.

Aujourd’hui, le domaine atteint les 17 hectares qui s’étendent sur trois appellations : Bourgogne, Mâcon Cruzille et Mâcon Chardonnay. Ces terres, au fil du temps, ont été plantées et replantées, classées et déclassées, marquant les époques.  Avec plus de 10 000 pieds de vignes cultivées en agriculture biologique, le domaine emploie huit personnes à temps plein. Compte tenu des complications de cette année, entre intempéries, gel et parasites, le vigneron aurait rajouté quelques têtes à son équipe. Mais qu’importe les difficultés, le vigneron reste d’une positivité sans faille. Pour lui, l’aventure bio est avant tout une aventure humaine. Pour mener à bien un tel projet, le vigneron considère qu’il est essentiel de s’entourer de personnes passionnées, qui aiment éperdument la vigne et le vin.  Inspirés par les techniques prônées par leur grand-père et leur père avant eux, son frère et lui-même sont sur le chemin de la transition en biodynamie.  Sans certification pour l’instant, le domaine est pourtant mené selon ces principes respectueux de la terre et des hommes. Pourtant, avec les destructions engendrées par le phylloxéra à plusieurs reprises, il aurait été facile pour les vigneron de se replier sur des solutions moins coûteuses en temps et en argent. Mais les descendants de Pierre Guillot tiennent le cap de leurs convictions, sans en démordre.

Le respect de la nature se retrouve aussi dans le travail à la cave. Pas question de dénaturer les baies, l’origine même de tout bon vin ! S’il ne produit pas de vins nature, le vigneron cherche à utiliser le moins d’intrants possible, afin de restituer et de sublimer au mieux le terroir. Pour lui, un vin doit procurer une émotion forte. Et impossible de procurer cette émotion avec des artifices. « Le vin doit être le reflet du terroir et de son millésime » nous assure Emmanuel Guillot. Ses blancs sont donc réalisés dans la plus grande simplicité, de façon traditionnelle, aux levures indigènes et sans débourbage, Pour les rouges du domaine, une attention particulière est portée sur les millésimes, tandis que la vinification s’adapte aux variations de températures. Le vigneron nous avoue avec malice : « Si vous me demandez de quelle manière je vais vinifier ce nouveau millésime, je ne pourrai pas vous répondre pour l’instant, bien que j’aie ma petite idée … » Mais comme rien n’est jamais gravé dans la roche, le vigneron prendra sa décision en temps et en heure.

(Matthieu Cellard)

En 2014, le domaine s’est élargi en créant une maison de négoce. A l’origine de ce projet, un simple constat : les vignerons n’étaient plus capables, à cause des aléas climatiques, de produire des vins dont ils étaient satisfaits. Ils ont donc voulu mutualiser leur production dans un réseau de commercialisation intégré, afin de lutter contre ce phénomène. Mais très vite, Emmanuel et son frère y ont vu un intérêt plus grand : inciter les domaines à se convertir en bio en les aidant à faire leur transition. En achetant les raisins plus chers auprès des producteurs, ils permettent ainsi d’alléger les coûts importants de la conversion. Ce système de négoce a ainsi fait naitre des partenariats, ouvrant aux propriétaires du domaine Guillot-Broux des portes qu’ils pensaient closes, tel que des vignes sur l’appellation Pouilly Fuissé située à plus de 40 kilomètres, inaccessible à cause de la distance et du prix. Ainsi, grâce à ces collaborations avec d’autres domaines – qui partagent la même philosophie qu’eux- les deux frères ont pu élargir la gamme des terroirs qu’ils subliment.

Lorsqu’on lui demande ce qu’il aime déguster, Emmanuel est très clair : il aime les vins « droits dans leur bottes », proches de leur terroir et authentiques. Lui-même amateur de vins, sa collection personnelle est remplie de références différentes qu’il aime adapter aux saisons et selon ses envies. Fidèle à son passé de sommelier, il est très porté sur les accords mets et vins. Il a d’ailleurs une page dédiée dans le livre « 20 déjeuners autour du vin » de Jean Patrick Menard et du chef meilleur ouvrier de France Sebastien Chambru. Pas étonnant de voir le nom de ce vigneron cité dans un livre, la littérature accompagne sa vie depuis longtemps.  Lui-même auteur, il a co-écrit la bande dessinée « Un grand Bourgogne oublié », un livre à la fois didactique et plein d’humour, qui permettent de découvrir les coulisses du monde du vin. 2022 marque l’année de la sortie du tome 3 de la saga, qui vous emmènera dans une aventure folle sur les traces de Napoléon, de la Bourgogne jusqu’à Madère.

En plus de cette sortie littéraire, le vigneron prévoit de mener à bien des projets qui lui tiennent à cœur, telle que la réhabilitation de certaines de ses parcelles, notamment le clos de la Mollepierre. Soutenus par une association de vignerons en biodynamie, d’importants travaux d’arborisation et d’entretien devraient être réalisés dans les mois à venir, nourrissant ainsi la belle histoire de ce lieu, très cher aux yeux des deux frères.

Le récit de ce domaine continue à s’écrire, les vignerons ont les yeux fixés sur leurs objectifs avenirs, tout en restant attachés à leur passé et à leur histoire, auxquels ils veulent faire honneur. Le pari est réussi.

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