
Ronan Laborde à la tête d’un domaine de plus de six siècles, continue d’écrire l’histoire du Château Clinet, en signant des vins élégants et veloutés, portés par un assemblage singulier de merlot et de cabernet sauvignon, rare sur la rive droite. Découvrez nos échanges passionnants avec Ronan Laborde
Une histoire vieille de 600 ans

« C’est un vieux domaine viticole […] avec 600 à 700 ans d’antériorité », nous confie Ronan Laborde, qui dirige aujourd’hui la propriété familiale. Les traces d’un potentiel vigneron du moyen-âge, appelé « clinet » aurait été retrouvé par des historiens. Situé sur le haut plateau, à proximité immédiate de l’église, le domaine se trouve également sur un lieu de passage de pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Arrivé en 2003 à seulement 23 ans, le vigneron a progressivement façonné l’identité du domaine. Une identité marquée par un détail devenu signature : le fameux rouge « lipstick ». « J’ai peint les volets en rouge […] c’est devenu l’identité de Clinet », raconte-t-il, en nous confiant que la mairie avait préféré fermer les yeux sur cette entorse au règlement tant le résultat était joli. Aujourd’hui, le domaine s’étend sur une dizaine d’hectares, auxquels s’ajoutent d’autres activités, notamment le Château de Lecuyer à Pomerol, une maison de négoce et les marques « by Clinet » et « Ronan by Clinet » ainsi que le domaine Pajzos d’une cinquantaine d’hectares en Hongrie, dans la région de Tokaj. Malgré cette diversité, Clinet reste avant tout une aventure familiale, menée par Ronan et son épouse. Ronan a également été président de l’union des grands crus de Bordeaux durant 2 mandats, de 2019 à 2025.
La conduite des vignes sur mesure

Ronan Laborde nous explique la typicité des sols du plateau de Pomerol : « Ce sont des terres froides, argileuses, avec une forte proportion de fer ». Cette particularité des argiles ferrugineuses de Pomerol joue un rôle clé dans la texture des vins, « Le fer facilite le lien entre les tanins […] ce qui contribue à la douceur et au velouté. » Le travail à la vigne s’inscrit dans une approche adaptée à son terroir, que Ronan Laborde qualifie de « bio-raisonnée ». Le cahier des charges de l’appellation proscrit d’ailleurs le désherbage chimique. Le vigneron choisi donc d’enherber les inter-rangs, de travailler mécaniquement les sols et de limiter les intrants afin de préserver l’équilibre naturel. Le domaine est certifié Haute Valeur Environnementale depuis 2021.
Face au changement climatique, les pratiques ont évolué. « On est passé d’une course à la maturité à une recherche d’équilibre et de fraîcheur », souligne-t-il. Les vieilles vignes, certaines dépassant les 90 ans, constituent un atout majeur, grâce à leur enracinement profond. Ronan Laborde adapte la hauteur du feuillage de ses vignes, en rognant plus haut, le domaine adapte la vigne aux conditions du millésime, favorisant tantôt la maturité, tantôt la protection contre la chaleur. « Cela garantit une ombre portée […] et participe au style velouté de nos vins. »
Des vinifications en douceurs
En cave, les vendanges sont manuelles, avec un tri minutieux, avant une vinification par gravité dans un cuvier souterrain. « C’est comme une boîte de caviar que vous déposez dans la cuve », partage Ronan Laborde pour décrire la délicatesse apportée au raisin. Les vinifications débutent par une macération à froid d’environ une semaine, favorisant l’extraction des meilleurs arômes fruités, suivie d’une fermentation douce autour de 22-23°C, « On extrait doucement […] ce n’est plus la recherche de puissance d’il y a 25 ans. » L’élevage se déroule majoritairement en barriques, avec une proportion élevée de bois neuf (60 à 80%). Grâce à un système permettant de travailler les lies sans ouvrir les fûts, l’usage du soufre reste limité. « On est souvent dans les normes des vins biologiques », précise le vigneron.
L’assemblage, dominé par le merlot (75 à 80%), se distingue par la présence de cabernet sauvignon, plus inhabituelle pour l’appellation, un caractère qui différencie le château et qui confère aux vins une structure et une complexité uniques. Le soin apporté dans les vignes, dans le cuvier est également apporté aux bouteilles, qui sont personnalisées avec le « C » de Clinet sur l’épaule, enveloppé dans un papier de soie et glissé dans une boite sublimé par le fameux rouge « lipstick ».



- Château Clinet : ce vin assemble une majorité de merlot complété par du cabernet sauvignon. Les vinifications sont faites par parcelles avant d’être assemblées petit à petit au fil de l’élevage. Un vin qui offre une jolie robe pourpre, des notes de fruits rouges et un caractère ample et velouté en bouche.
- Fleur de Clinet : Ronan Laborde n’apprécie pas que l’on nomme ce vin « second vin », car il y met autant de soin que dans le « grand vin ». Assemblage majoritairement de merlot et de cabernet sauvignon, il est élevé en barriques neuves ou en barrique d’un vin. Il offre des notes très velouté avec une jolie structure marquée par l’élevage.
Ce qu’en disent les guides :
« La famille Laborde, propriétaire du cru depuis 1999, produit un pomerol de grande plénitude, dense, coloré, toujours charmeur mais qui a su ces dernières années se faire plus élégant, collant ainsi davantage à l’air du temps après une période de “modernité” un peu outrancière. Le cru dispose d’un superbe terroir, au cœur du haut plateau de Pomerol, sur des sols argilo-graveleux qui confèrent au vin puissance et intensité, ainsi que d’un outil de vinification dernier cri. Notons l’acquisition, en 2022, du château voisin Lécuyer, dont une partie du parcellaire intègre l’assemblage. »
La Revue du vins de France
Au sommet du plateau de Pomerol, les 11,27 hectares de Clinet sont au cœur des meilleurs terroirs de l’appellation, situés sur de vieilles graves profondes, mêlées d’argiles et de crasse de fer. Le vin, charnu et caressant est toujours séduisant. Il progresse ces derniers millésimes sous l’impulsion de Ronan Laborde, le propriétaire de ce vignoble, également président de l’Union des Grands Crus de Bordeaux.
Bettane & Dessauve
